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Le français a t-il encore de l'avenir ?

Pas de défense du français sans appropriation, et pas d'appropriation sans transformation. Jusqu'où ?

Par Philippe Menkoué , le 02 avril 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 13 août 2014

La langue française est-elle une espèce en voie de disparition? C’est une question à laquelle de nombreux francophiles répondraient par l’affirmative sans hésiter. L’usage fréquent dans la majorité des pays francophones, d’anglicismes et d’autres mots, expressions et locutions empruntés à d’autres langues dans le langage courant, semble en effet l'indiquer. Des anglicismes et autres néologismes perçus à la fois comme un signe du dynamisme et de la vitalité de la langue de Molière et comme une menace pour l’avenir de celle-ci qui, à bien des égards, semble perdre de sa superbe au fil des années.

Le français de plus en plus menacé en France ?

Le français parlé en France même, semble ne pas pouvoir se porter plus mal. Dans un article paru sur Slate.fr, le journaliste et traducteur Micha Cziffra n’y va pas de main morte lorsqu’il affirme que certains anglicismes « squattent l’espace francophone depuis si longtemps que les puristes ont intérêt à se balader en se bouchant les oreilles pour éviter qu’elles ne soient écorchées par ce qui se dit dans les médias, à la télé, à la radio et, en somme, dans la bouche de tous les Français ». C’est dire à quel point le franglais a la côte chez les Français (jeunes et moins jeunes) en ce moment.

Une anglicisation de plus en plus remarquée du français en France qui rejoint cette tendance à la montée des « Français identitaires » dans d’autres pays francophones.

De la montée des « français identitaires » dans les pays francophones d’Afrique

Camfranglais au Cameroun, Nouchi en Côte d’ivoire, Français des jeunes au Burkina Faso, dans la plupart des pays francophones d’Afrique, pourtant considéré comme étant le continent sur lequel se jouera l’avenir du Français (en raison de sa démographie dynamique), l’on observe une montée en puissance de nombreux « idiomes » ayant pour base le français. Une montée en puissance qui se justifie entre autres par le fait que la plupart des francophones aujourd’hui, notamment en Afrique, n’ont pas vraiment le français comme langue « maternelle ». Même si le français dans ces pays est la langue officielle ou fait parties des langues dites officielles, la majorité de ces francophones apprennent généralement le français comme une langue seconde, leur langue maternelle étant l'une des langues vernaculaires parlées dans les pays. 

Les langues ainsi créées, bien que trop souvent assimilées à de l’argot ont le plus souvent une valeur très symbolique au sein de ces sociétés. Comme le souligne Suzy Telep, parlant du camfranglais dans l’émission La danse des mots sur RFI, ces idiomes ont "une valeur identitaire"; c'est-à-dire, qu’elles permettent d’une certaine manière de recréer une certaine identité francophone. Ce sont surtout des "langues véhiculaires, c’est –à-dire, qu’elles assurent la communication au sein d’une communauté entre des gens qui ne parlent pas la même langue, qui n’ont pas la même langue d’origine". Un moyen de resserrer les liens communautaires sans aucun doute.

Ainsi, ces « langues cocktails » mélangeant généralement français, anglais et langues vernaculaires, sont extrêmement utiles dans des pays qui, comme le Cameroun par exemple, renferment une grande diversité linguistique. Elles sont essentiellement orales certes, mais de plus en plus de linguistes s’y intéressent aujourd’hui, comme en témoigne le nombre croissant d'études qui sont menées sur ce sujet.

Quoiqu'il en soit, ces langues témoignent d'une forte appropriation (qui passe toujours par une transformation) du français par les Africains. Jusqu'au point de menacer son existence même sur le continent ?

L’exemple québécois 

Quand il s’agit d’assurer la pérennité du français, les Québécois semblent être de meilleurs élèves que les Français eux-mêmes.

Dans un article paru sur son blog, l’écrivain français Laurent Sagalovitsch, rappelle l’attachement des habitants de la belle province à la langue de Molière, en rappelant par exemple que « tout récemment le tout puissant office québécois de langue française a intimé l’ordre à six grandes marques, Wal-Mart, Best Buy, Costco, Gap, Old Navy et Guess, de modifier leur enseigne afin qu’elles cessent de polluer l’atmosphère avec leurs noms tarabiscotés scandant leur appartenance éhontée à la culture anglo-saxonne ».

Bien qu’il s’agisse du Français québécois, il semble assez difficile, du moins pour l’instant, de l’imaginer envahi par des anglicismes. Pourtant, ce n'est qu'une vision externe de la problématique du français en Amérique du Nord. Sur Twitter, Jacques Rancourt (@cyberprofesseur) nous rappelle régulièrement que le français du Québec est plein de calques de l'anglais et d'angliscismes : que pensez-vous de "elle a un beau tan" à la place de "elle a un beau bronzage", par exemple ?

Et même si certains Québécois se montrent pointilleux sur l'usage du français, est-ce assez pour se rassurer sur l’avenir de la Francophonie ?

Qui s'intéresse à la Francophonie ?

De nombreux projets à l’instar de l’IFADEM mis en place par l’Organisation Internationale de la Francophonie en direction des enseignants du primaire dans plusieurs pays francophones, contribuent à coup sûr à redonner à la langue de Molière ses lettres de noblesse. Toutefois, cela semble pouvoir se faire plus aisément dans des pays francophones autres que la France. Fait assez surprenant car, la France ne semble pas prête à fournir des efforts allant dans ce sens, d’après Abdou Diouf le Secrétaire Général de la Francophonie qui, dans une interview accordée au quotidien québécois en ligne Le Devoir, parle d’une sorte de trahison lorsqu’il affirme : « Nous sommes quand même parvenus à obtenir que les autorités françaises s’intéressent réellement à la Francophonie. Mais, en gros, les universitaires et les intellectuels s’en moquent. C’est la nouvelle trahison des clercs. Et les hommes d’affaires s’en moquent encore plus. Quand vous leur en parlez, vous les ennuyez. On a l’impression que seule la mondialisation les intéresse ».

Dès lors, la question que l’on est en droit de se poser est celle de savoir si la langue de Molière a encore de beaux jours devant elle. A ce propos, tout ce que l'on pourrait se dire c’est just wait and see.

Cziffra M. : Franglais et angliscismes : quand le français se met à parler anglais. Slate.fr, 18 mars 2013.

Illustration : Lasse Kristenssen, Shutterstock.com

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