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Données ouvertes et liées : dans la tête aussi

Dans la tête ou sur le web, le constat est le même : le sens naît du réseau.

Par Christine Vaufrey , le 08 avril 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 08 mai 2013

Figurez-vous que dans quelques mois, le 5 octobre 2013 exactement, nous célébrerons le tricentenaire de la naissance de Denis Diderot, philosophe des Lumières, auteur notamment du Neveu de Rameau, de Jacques le Fataliste et son maître, directeur de l'Encyclopédie, bref, un homme "reconnu pour son érudition, son esprit critique et un certain génie", comme l'exprime si joliment Wikipedia.

Lorsque je lance une recherche sur Google à propos de Denis Diderot, la première page de résultats (que je dépasse rarement, en bonne googleuse que je suis) me propose 7 mentions directement liées à ce philosophe, sa vie, son oeuvre, et dès la 8eme, je suis dirigée sur le lycée Denis Diderot d'Aix en Provence. Comment, Denis Diderot ne mérite t-il pas plus de 7 mentions sur Google ? Non, c'est juste que Google est bête à manger du foin, et fait à peine la différence entre Denis Diderot le philosophe, le lycée et la rue Diderot. Car le web sémantique n'est pas encore né. Mais on s'en rapproche.

On s'en rapproche, par la grâce des données ouvertes et liées.  En effet, le "sens" des données n'est pas contenu dans chacune des données, mais dans leurs inter-relations. Encore faut-il que les méthodes d'échange de ces données soient partagées.

Des réseaux de données pour faciliter la création de sens

 

Tim Berners-Lee mène le mouvement en faveur de la systématisation de la création de données ouvertes qui peuvent être inter-reliées et enrichir l'information. L'animation suivante, réalisée pour le compte d'Europeana qui a passé un accord avec les institutions patrimoniales européennes pour que leurs données soient mises à disposition sous une licence ouverte, explique clairement les avantages et le mode de création de ces données ouvertes :

Le web des données ouvertes et liées. Qu'est-ce que c'est ? from Europeana on Vimeo.

 

Ce qu'il faut retenir, c'est que jamais l'ordinateur ni les algorithmes ne pourront créer du sens. En revanche, ils peuvent considérablement nous faciliter la création de sens, en nous apportant des données liées les unes aux autres dans des réseaux complexes, qui feront passer les données au statut d'entités. Les premiers essais réalisés sur le corpus de Wikipedia à travers le projet DBpedia sont extrêmement prometteurs.

On accroît ses connaissances en établissant des liens entre des éléments disjoints et parfois éloignés. Ce qui est de plus en plus vrai sur le web grâce à l'accroissement des données ouvertes et liées l'est aussi d'une manière plus générale. Nous pouvons nous en rendre compte de manière empirique à chaque fois que nous avons le sentiment d'apprendre quelque chose : le nouvel élément vient enrichir notre propre base de connaissances non en y ajoutant une petite pièce comparable à un morceau de sucre supplémentaire, mais plutôt en enrichissant tout un réseau de savoirs lié, comme si on ajoutait par exemple une dose de café à un jus noirâtre et fade. 

Les réseaux sémantiques du cerveau

 

Eh bien, c'est aussi comme cela que ça se passe dans notre cerveau. Une équipe de recherche de l’Institut de neurosciences Helen Wills de l’université de Californie à Berkeley a récemment publié un article dans lequel ses membres expliquent qu'ils ont réussi à visualiser les espaces de notre cerveau activités lorsque nous reconnaissons une notion, une image, bref, une entité déjà connue, et où se placent les entité nouvelles. "La principale découverte des chercheurs, c’est qu’il n’existe pas de zones isolées pour chaque catégorie d’images mais un “espace sémantique continu”. Pas de tiroirs donc mais un tissu, un maillage imbriqué…", lit-on dans l'article de Michel Alberganti publié sur son blog Globule et télescope, hébergé sur Slate.fr. 

L'équipe de Berkeley a, après une expérience simple, repéré 1705 catégories d'objets et d'actions, dont la vue provoque une activité dans le cortex. Plusieurs personnes ont participé à l'expérience, et les zones activités étaient les mêmes. Assez logiquement, les entités proches par leurs caractéristiques se trouvent à proximité les unes des autres sur l'espace cérébral et créent un continuum à travers leurs connexions. Mais alors qu'on pensait jusqu'à une époque récente connaître la localisation de la parole, de la vue, du goût, etc. dans le cerveau, ces nouvelles expériences ont montré que la vue d'une entité donnée pouvait activer jusqu'à 20 % de la surface totale du cerveau, dans de multiples zones liées entre elles. 

La notion de réseau a donc encore de très beaux jours devant elle. Non seulement dans le monde informatique, mais aussi dans celui des neurosciences. Il semble bien que les avancées en termes de web sémantique surviennent en parallèle à celles qui apparaissent dans le champ des neurosciences. Ce qui n'est pas vraiment étonnant, et donnera sans aucun doute du grain à moudre aux tenants du connectivisme... 

À essayer : semantic movies, le site qui vous permet de faire apparaître les zones actives du cerveau selon les éléments vus. Utiliser le navigateur Chrome de préférence, car le site ne fonctionne pas avec tous les moteurs.

Alberganti M. : Y a t-il un Google dans notre cerveau ? Globule et télescope, 28 décembre 2012

À lire également : 

Lamontagne D. : Entités : le nouvel eldorado des moteurs de recherche. Thot Cursus, 3 avril 2012.

Illustrations :

Capture d'écran de la vidéo Le web des données ouvertes et liées. Qu'est-ce que c'est ? d'Europeana sur Vimeo

Capture d'écran du site http://gallantlab.org/semanticmovies/

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