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L’apprentissage par définitions : méthode, exemples et usages

Simple, puissante et souple, facile à utiliser, à tous les niveaux et pour tous les sujets.

Par Denys Lamontagne , le 23 avril 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2019

L’apprentissage par définitions est une méthode quasi universelle d'enseignement et d’auto-apprentissage que tous peuvent utiliser dans tous les domaines. Si une personne est capable de comprendre la langue, elle peut l'utiliser. Il n'y a pas d'autres restrictions à son utilisation. Elle mène chacun à la compréhension, à son niveau, à son rythme ou au rythme de groupe qui l’emploie. Avec Internet, elle est plus facile que jamais à appliquer.

«Prendre avec»

Le mot «comprendre» vient du latin «cum» - avec - , et «prehendere» - saisir -.  Il ne s'agit pas de seulement prrendre mais bien de prendre et relier avec quelque chose d'autre. Ce quelque chose d'autre est ce que nous savons déjà, ce dont nous sommes déjà certains de savoir. La connaissance est une chaîne de certitudes. S'il y a des doutes dans nos savoirs, nous reconnaissons nous-même que nous ne savons pas. Aussi, «comprendre» implique une activité d'intégration de chaque nouvel élément introduit. Quand nous étudions, ces nouveaux éléments sont des mots et des concepts. Ce sont les briques fondamentales avec lesquelles nous travaillons. 

Nous relions les mots avec ce que nous savons déjà. Si nous ne comprenons pas le sens d'un mot, nous le relions à rien ou, pire encore, à quelque chose qui n'a pas rapport, comme si nous placions des briques dans l'espace d'une fenêtre ou d'une cheminée. Ce qui donnera finalement une construction fragile ou non-fonctionnelle. Au contraire, en liant les mots dans le bon sens et dans le bon contexte, ils sont réellement compris, intégrés, liés et la compréhension est effective, sans doute et fiable : 6 * 9 = 54. L'eau prend de l'expansion en gelant, sa densité diminue, la glace flotte.

La méthode

L’apprentissage par définitions consiste :

1- À obtenir quelques références clés d’un domaine, ce peut être un texte fondateur, un manuel ou un article spécialisé. Une personne curieuse peut prendre simplement un mot. Qu’elle le comprenne ou pas est sans importance.

2- De là, on circonscrit sommairement les limites du contexte du mot; par exemple si on sait que ça concerne la biochimie, on n’ira pas au delà de l’interface entre la biochimie et la chimie ou entre le biochimie et la biologie. On restera dans le champ de la biochimie.

Ces deux étapes prennent moins de deux minutes. Les suivantes peuvent prendre des heures, mais ce n’est vraiment pas du travail perdu.  Ça peut aussi se faire en groupe; ça va plus vite et les débats qui apparaissent stimulent de véritables apprentissages.

3- À partir des références, on prend un mot significatif du domaine et on obtient sa définition complète, qui s’applique au contexte, et son étymologie. Le choix du mot est plus ou moins important. Il est évidemment plus intéressant de prendre un mot juteux. On l’écrit sur un support indépendant ou effaçable quelconque, papier, tableau ou case virtuelle mobile.

Exemple : «Peptide» : Substance protéïque formée d'acides aminés.

4- Ensuite on prend chacun des mots de la définition, à part les mots de liaison, et on obtient leurs définitions et leur étymologie que l’on écrit chacun sur un support indépendant. On les place et les déplace et les regroupe en fonction de leur liens, comme il vous plaît.   (Deux exemples animés sont présentés plus bas dans cet article.)

Substance : Matière caractérisée par ses propriétés

Protéïque : définition : relatif aux protéïnes

          Protéïne : définition : molécule constituée d'une longue chaîne d'acides aminés

Acide : définition : tout corps capable de libérer des ions hydrogène (H+), en solution aqueuse

Aminé : définition : composé obtenu par substitution de radicaux hydrocarbonés univalents à l'hydrogène de l'ammoniac.

Au début, il y aura plusieurs mots non-définis (les mots en gras) dans la définition de chacun des sous-mots et aucune des définitions ne sera complétée.  Chaque mot génère des besoins d'explications et de discussions. Le travail d'intégration, de relier les mots les uns aux autres, demande de l'effort et de l'attention et, pour l'avoir utilisé dans des classes normalement dissipées, l'attention des élèves demeure continue, intense et quasi palpable.

5 - On continue de descendre à chaque nouveau concept rencontré et ainsi de niveau en niveau. Il est courant de se maintenir longtemps entre le quatriéme et le septième niveau de définition. Puis graduellement, les mots définis précédemment se rencontreront de plus en plus souvent dans les nouvelles définitions et permettent de passer aux mots suivants de plus en plus rapidement et de remonter jusqu’aux mots de la définition du premier mot.

Quand tous les mots de la première définition sont complétés en détail, avec les définitions des mots de toutes les définitions des mots de toutes les définitions.... vous aurez obtenu non seulement une compréhension claire du premier concept, mais aussi de toutes ses relations dans un domaine, une véritable toile de relations, ce qui forme une véritable compréhension.  «Comprendre», prendre avec !

L’effet en est radical : la personne ou le groupe qui utilise cette méthode sait intimement de quoi il est question. Ils en auront discuté, ils auront réellement intégré et compris ce sur quoi on s’entend dans ce domaine. Quand ils en parlent ou qu’on leur en parle, ils comprennent et on les comprend sans effort.

Une définition complète.

Une bonne définition comprend à la fois «être, faire et avoir». Ce que c’est, ce que ça fait, où ça s’applique. Il faut souvent obtenir plusieurs définitions de sources différentes ainsi que des images ou des exemples pour en arriver à saisir l’essence du mot dans le contexte qui nous intéresse. Par exemple :

«Onomatopée : création de mot par imitation phonétique.
Exemples : Glouglou, crac, coucou...
Étymologie : onoma - mot ; poiein - faire»

On sait ainsi ce que c'est : une création de mot; comment on la fait : par imitation de sons, et des exemples.

Voici deux exemples concrets sur Prezi de cette méthode appliquée sommairement. L'animateur ou le professeur discute et aide à organiser le tableau au fil de sa construction.

Mot : «Peptide»

Mot : «Didactique»

On peut appliquer cette méthode à n’importe quel sujet, de la plomberie à la médecine en passant par la sociologie.

Il arrive qu’on ait besoin de prendre d'autres mots dans la référence de départ pour compléter un tableau de domaine. Assez tôt vous trouverez la connexion pour les intégrer dans votre premier tableau.

Avec un peu de pratique, on apprend à réduire ou enrichir les définitions selon la portée de l’étude ou le niveau des apprenants.

Limite

Il arrive aussi que des définitions de mots dans des définitions débordent du contexte ou du domaine de départ. C’est le signe que vous arrivez à une interface. Vous définissez le mot mais vous n’allez pas au delà. C’est la limite, que vous déciderez peut-être de franchir, mais seulement une fois que le mot de départ est bien complété... si vous en avez envie; sinon vous ne terminerez jamais la définition du premier mot et il faut compléter les définitions avant de partir dans un autre contexte.  C'est le contexte qui donne le sens et trace la limite.

Un processus d’apprentissage connectif

À la fin, on obtient un tableau, que vous arrangez à votre goût, des mots du domaine dans un contexte précis et de leurs relations avec les autres. Mais plus que le tableau, c’est le processus de connexion et les discussions qu’il génère qui sont importants.

Ce travail est parfois laborieux car comprendre réellement les concepts que quelqu’un essaie de communiquer demande d’aller puiser non seulement dans les dictionnaires et encyclopédies mais aussi dans toutes sortes de références et de confronter plusieurs définitions parfois antagonistes.  Seulement regarder le travail d’un autre n’est pas aussi efficace que de le faire soi-même et de l’organiser.

À partir de là, l’acteur prend conscience des accords consensuels, des limites, des zones de flou, des débats et aussi à quel point les pionniers d’un domaine on pu tâtonner.  Le première fois où je suis tombé sur le mot «phlogistine» j’ai compris que la chimie était partie de loin mais qu’on a su poser de bonnes questions et que la «phlogistine» était une étape nécessaire.

À qui ça s’applique ?

Cette méthode s'utilise dans à peu près tous les domaines, des plus simples aux plus compliqués.

J’ai utilisé cette méthode avec des personnes dans une langue seconde mal maîtrisée, avec des enfants, avec des adultes en difficulté et toujours avec bonheur. Parfois l’effet est littéralement magique, quand vous voyez l’intérêt, l’intelligence et le discernement réapparaître dans les yeux d’une personne là où auparavant il n’y avait qu’ennui, défaitisme et brouillard.

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