Articles

Apprendre aux activistes à contourner la censure

La censure est l'ennemi numéro un des activistes. Bientôt, ils pourront apprendre à la contourner en ligne.

Par Alexandre Roberge , le 28 avril 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 12 juin 2017

À la fin 2012, la BBC signalait qu'une ancienne prison de Florence en Italie allait devenir un institut d'enseignement pour le Robert Kennedy Center for Justice and Human Rights. L'idée est d'enseigner en ligne aux activistes numériques à adopter différentes tactiques pour contourner la censure.

Internet contre les mouvements sociaux?

Les principaux sites de diffusion de nouvelles en ligne censurent-ils systématiquement la contestation ? Beaucoup en viennent à se poser la question lorsqu'ils se rendent compte que, bien souvent, les mots-dièses les plus populaires sur Twitter concernent les vedettes plutôt que les protestataires. Par exemple, lors du mouvement Occupy Wall Street à l'automne 2011, certains ont affirmé que le site de gazouillis censurait leur action puisque les tweets concernant les Kardashian (famille people des Etats-Unis) étaient plus tendance que le mot-dièse #occupywallstreet.

Mais comme on peut le lire dans cet article traduit en français et publié sur RSLN Mag, Twitter n'avait rien contre les indignés. C'est seulement que l'algorithme utilisé pour calculer les « trending topics » est très particulier. En effet, le texte de Tarletton Gillepsie, professeur au département Communication de la Cornell University, explique que ce calcul prend en compte :«

  • l’accélération de la diffusion des messages comportant tel ou tel hashtag, 
  • le fait qu’il ait — ou non – déjà été identifié comme un sujet « montant », 
  • sa diffusion au sein de plusieurs réseaux distincts d’utilisateurs – contre une simple diffusion massive au sein d’un seul groupe,
  • le fait qu’il s’agisse de plusieurs messages différents – et non un seul message largement « retwitté » »
     

Il arrive donc souvent que la « trending list » ne représente pas véritablement les tendances sur le réseau social. Il faudra améliorer cet algorithme dans les prochaines années pour qu'il reflète réellement les discussions sur Twitter et, ainsi, éviter d'alimenter les diverses théories du complot.

Les moyens de contourner la réelle censure

Mais le réel muselage d'Internet existe encore dans de nombreux pays. La Chine et l'Iran par exemple, n'ont aucun scrupule à censurer une grande partie des sites Internet qu'ils considèrent comme ennemis, déviants ou dangereux. Lors du printemps arabe en Tunisie et en Egypte, les gouvernements en place tentaient de contrôler l'accès à Internet. À cette époque, l'administration du président américain Obama parlait de créer un Internet fantôme s'adressant aux citoyens de ces pays afin qu'ils continuent d'échanger et de s'informer. Deux ans plus tard, le projet n'étant toujours pas amorcé, les activistes actuels doivent user des outils existants pour faire fi de la censure.

Ils sont par exemple nombreux à utiliser les plateformes vidéo pour diffuser des images de ce qui se passe sur le terrain. Et si YouTube et Dailymotion sont parfois censurés, il existe d'autres sites pouvant répondre aux besoins. Human Rights First a créé une plateforme appelée Witness qui à faire connaître des situations scandaleuses. Et il n'est pas nécessaire de venir de régimes dictatoriaux pour pouvoir téléverser des vidéos sur ce site. Récemment, ont été déposés des films d'abus policiers dans des pays comme l'Australie ou le Brésil.

Il est aussi possible de télécharger une vidéo Facebook et de la convertir en mp4 pour la diffuser localement. Ce site en ligne le fait simplement et discrètement.

Les activistes chinois, qui vivent sous l'un des régimes les plus sévères face à Internet, ont trouvé une idée originale pour contourner la censure : les jeux de mots. À la manière des fameux Lolcats, c'est l'Alpaga, une espèce de lama du désert de Gobi, qui sert de cheval de Troie pour les opposants au gouvernement. En effet, le nom de l'Alpaga en chinois (Cao ni ma) peut aussi être une grossière insulte lorsqu'il est mal prononcé. Il y a donc des centaines de photos et de vidéos qui utilisent l'image de l'animal pour se moquer ou dénoncer la situation politique chinoise. Or, les censeurs ont les mains liées : comment justifier la censure de lamas sur Internet ? Qui aurait cru que les « mèmes » Internet serviraient d'arme pour les activistes?

Si le centre Robert Kennedy investit dans un établissement d'activisme numérique, c'est que ses dirigeants croient aux « révolutions des réseaux sociaux ». Or, il ne faudrait pas surestimer le pouvoir de ces sites. Certes, ils ont eu un impact important lors des révolutions arabes pour relayer les informations. Mais comme le rappellent deux sociologues britanniques, les médias ont surévalué le pouvoir des médias sociaux qui n'ont pas tant d'impact sur les manifestations dans le monde. Celles-ci naissent de réels germes de colère au sein des bassins de population. Au mieux, Facebook et Twitter aident à les organiser.

Par contre, pour les deux chercheurs, la censure du Net ne diminue pas la violence. Au contraire, elle l'accentue et provoque davantage de colère et de gestes d'éclats dans les manifestations. Que les gouvernements s'en tiennent pour dit !

Labro, Melodie : "Leçons d'activisme en ligne pour les défenseurs des droits de l'Homme." Consulté le 29 avril 2013. http://www.rslnmag.fr/post/2012/11/05/Lecons-d-activisme-en-ligne-pour-les-defenseurs-des-droits-de-l-homme.aspx.

Source image:damnyeahnich via photopin cc

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné