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AUF : 20 ans de FOAD

Un ouvrage qui retrace 20 ans d'efforts en faveur de la FOAD, et explore les voies d'avenir pour développer encore cette modalité de formation en francophonie

Par Louis-Martin Essono , le 13 mai 2013

Du 07 au 09 mai 2013, l’AUF a tenu, à Sao Paulo au Brésil, sa 16è assemblée générale  dont l’agenda, chargé, comportait des échanges sur les problématiques-clés du milieu universitaire francophone : marchandisation et massification de l’enseignement supérieur, financement des universités, professionnalisation des formations, échange de bonnes pratiques de gouvernance, place du numérique éducatif.

Cet agenda prévoyait aussi la présentation d’un récent ouvrage intitulé Un détour par le futur Les formations ouvertes et à distance à l’Agence universitaire de la Francophonie 1992–2012

En lisant l’ensemble des trois parties de ce livre, structurées en 12 chapitres, on comprend la satisfaction du préfacier pour qui, « quelles que soient les solutions technologiques, les modalités pédagogiques, les théories de l’éducation, ce qui me paraît le mieux caractériser l’action de l’Agence en matière de formation ouverte et à distance et de réflexion sur les usages des technologies en éducation, c’est justement la Constance ». Cette persévérance a conduit l’AUF à investir dans la formation des enseignants, à la dissémination des CNF (Campus numériques francophones) et à l'amélioration des dispositifs de FOAD.

Une telle  opération a permis de développer un savoir-faire en encadrement administratif et ingénierie de formation qui sécurise l’apprenant dans ses démarches d’inscription et de suivi des cursus et qui garantit aux établissements le bon déroulement des examens passés dans ses CNF, élément indispensable à la crédibilité des diplômes proposés. Et ce, par le biais d’une expérimentation et d’une expérience éprouvées par les praticiens et des concepteurs toujours à la recherche toujours plus proche d’une métonymie de l’apprentissage réel et au bénéfice de l’apprenant.

La première partie du livre, « dynamiques d’un dispositif de formation »,  compte cinq chapitres animés, pour le premier, par P-J. Loiret et D. Oillo et consacrés à l’histoire d’un dispositif de FOAD francophone. Cet espace se révèle utile pour comprendre le détour par le futur, sur la base du passé que retracent ces deux administrateurs de l’AUF. Les quatre autres chapitres traitent d’abord des CNF en Afrique : entre politique d'intégration et modèle d'appropriation des Tice, puis du parcours réalisé à travers les campus numériques francophones de Niamey et de Dakar.

Au chapitre suivant, S. Villeret analyse les données recueillies de 2006 à 2012. Selon elle, l’AUF a reçu 69 500 candidatures depuis 2004 et 7 315 apprenants ont été régulièrement inscrits dans une université pour suivre un diplôme à distance, le profil type d’un apprenant foad [étant] celui d’un homme, jeune, africain, en activité professionnelle et résidant en milieu urbain. En 2012, les candidatures émanant d'Afrique subsaharienne représentaient 80,2 % du total (45,6 % d'Afrique de l'ouest, 30,5 % d'Afrique centrale et 4,1 % d'océan Indien). Pour l’auteure la prédominance des candidatures africaines s’explique par une offre de formations locales moins diversifiées que dans les autres zones géographiques [tandis que] la faiblesse des candidatures asiatiques s’explique par le niveau de maîtrise du français, plus faible. Par ailleurs, depuis 2008, Camerounais et Burkinabés sont les plus nombreux à déposer leurs candidatures, sans qu’il soit vraiment possible de l’expliquer.

Le chapitre 5 traite  de l’expérience de 2 416 étudiants à distance. Une équipe conduite par T. Karsenti livre les résultats d’une enquête longitudinale sur les formations à distance soutenues par l’AUF. La motivation principale des apprenants relève « avant tout d’un choix centré sur le développement personnel de l’individu avec toutefois une visée d’avancement professionnel liée au diplôme convoité », mais l’inscription à une foad vise à répondre à des lacunes de formation ou à des besoins conjoncturels.

La deuxième partie de l’ouvrage est réservée aux innovations pédagogiques mises en œuvre dans divers espaces géographiques. Si le chapitre 6  de Ch. Depover détermine et examine la place et l’importance du tutorat dans les nouveaux dispositifs de formation à distance, Peraya, Depover et Jaillet livrent, au chapitre 7, le contenu  d’un master à distance très prisé pour une formation aux technologies éducatives: le diplôme Uticef–Acredite créé par l’AUF. Dans ce même sillage, les témoignages d’E. Tonyé au chapitre 8 sur les caractéristiques prisées du master en Télécommunications au Cameroun et de S. Khelifa  sur le master ouvert à distance en écotourisme en Tunisie (chapitre 9), soulignent l’enracinement de ce type de formation dans nos pays et justifient l’investissement de l’AUF dans la formation des enseignants. Ces deux formations, qui connaissent un succès réel sur le terrain, amènent P-J Loiret à se demander si la FOAD à l’école des bibliothécaires, archivistes et documentalistes de Dakar [n’est pas] une « bonne pratique » reproductible.

La dernière partie, formée du seul chapitre 12, réserve à J. Wallet la possibilité de proposer des pistes pour faire évoluer l'apport des CNF au développement des technologies dans l’enseignement supérieur. Ce succès ne sera constant et efficace que si les enseignants des universités retournent sur les bancs de l’école pour se former à de nouvelles modalités pédagogiques et s’inscrivent à un master à distance en ingénierie de formation. Mais, à l’heure où l'AUF n'est plus seule à proposer un certain nombre d'éléments liés à la FOAD et que, demain, elle sera encore de moins en moins seule, que les allocations pourraient prendre fin, il y a lieu de reconnaître qu’ il existe des modèles très sophistiqués de programmation didactique, très automatisés. Mais quel développement peuvent-ils atteindre ? Comment réutiliser et modifier les ressources dans des contextes différents ? Des questions auxquelles Wallet, Baron et Oillo répondent très clairement et très simplement dans ces mots croisés qui vont du bilan à la prospection de la FOAD à l'AUF.

Si l’on célèbre la clarté des exposés et la solidité des arguments, on peut comprendre que, pour des raisons de place, cet excellent ouvrage n’ait pas toujours pris en considération tout l’espace francophone où se sont installés des CNF : en Asie, en Europe de l’Est, en Amérique du sud; ceci aurait aussi permis de ne pas donner de l’Afrique une image condescendante qui bénéficie seule des offres de l’AUF. On eût aussi voulu comprendre la stratégie et la réaction de l’AUF face au rôle des autres structures de FOAD à ses côtés ou contre elle. Et une réflexion sur l'impact vérifié ou espéré de la formation des enseignants sur le volume et la qualité de l'offre de FOAD locale aurait été la bienvenue. Ce sera sans doute l’objet d’une nouvelle production.  

Collectif : Un détour par le futur - Les formations ouvertes et à distance à l'Agence universitaire de la Francophonie. AUF - Editions des archives contemporaines - 2013. Consultable et librement téléchargeable à cette adresse : http://www.bibliotheque.auf.org/doc_num.php?explnum_id=822

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