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Conférence pédagogique de 2iE : innover dans l’enseignement supérieur

Système LMD, formation à distance et qualité étaient au menu de cette première conférence riche en échanges.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 19 mai 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 21 mai 2013


Pour la première fois, l’Institut international d’ingénierie de l’eau et de l’environnement (2iE) de Ouagadougou (Burkina Faso) a abrité du 14 au 16 mai 2013 ses premières journées pédagogiques placées sous le thème « innovation pédagogique et enseignement supérieur ».

Une première qui a réuni des enseignants-chercheurs et des spécialistes de l’éducation du Cameroun, du Canada, du Cap-Vert, de l’Egypte, de la France, du Libéria, du Niger, de la Mauritanie, du Togo, et du Burkina, ceux de 2iE notamment. Les trois jours de conférence ont fourni l’occasion de passer en revue quelques innovations dans l’enseignement supérieur, dans la perspective de leur duplication.

Le processus de Bologne et la réforme LMD


Ainsi le premier jour a t-il été consacré au processus de Bologne en général et à la réforme Licence-Master-Doctorat (LMD) en particulier. Les intervenants qui se sont succédés ont présenté la réforme LMD dans le contexte européen et africain. Madame Jacqueline Guibal, ancien expert de Bologne, a effectué un rappel des conditions de mise en place du processus de Bologne comme une concrétisation du souhait commun de faciliter la mobilité des étudants et la qualité de l'enseignement supérieur. Le professeur Bi Irié Zoro de la Commission technique LMD du Réseau pour l’Excellence de l’Enseignement Supérieur en Afrique de l’Ouest (REESAO) a ensuite enchaîné sur les aléas de l'implantation du système LMD en Afrique. Selon le Secrétaire Général du CAMES, Pr Bertrand Mbatchi, « Le LMD est finalement arrivé dans un contexte de contre-performances des universités africaines francophones (et) constitue de ce fait une opportunité que les pays africains doivent saisir pour prendre un nouveau départ et s’inscrire dans les exigences de l’excellence et de la qualité qu’impose le contexte de la globalisation ».

Globalisation pour globalisation, il a aussi été question du système nord-américain d’enseignement supérieur (post-secondary) présenté par Michel Giguère, Adjoint exécutif au président‐directeur général de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ). On retient de son intervention que c’est le système anglo-saxon d’enseignement supérieur, et nord-américain en particulier, qui a inspiré au reste du monde la réforme LMD. Ce système a une tradition d’autonomie très forte. La souplesse et la flexibilité qui le caractérise se traduisent par une grande diversité entre les établissements, qui diffèrent par leur taille, leurs spécialisations, etc.  

Les conférences ont été suivies de retours d’expérience en ateliers sur la mise en œuvre du LMD, la gouvernance universitaire et l’évaluation.

Innovation en formation à distance


La deuxième journée de la Conférence pédagogique a été dédiée à la formation à distance et à l’innovation dans ce secteur. Bernard Dumont a rappelé dans sa conférence que la FAD conservait toujours sa dimension innovante, dans la mesure où l'enseignement en présentiel reste la norme. La FAD fait partie des thèmes chers à la littérature d'anticipaiton depuis longtemps :  en 1890, le romancier Albert Robida (1890) envisageait déjà dans son ouvrage intitulé La Vie Electrique, la possibilité de suivre les cours à distance via un appareil dénommé le téléphonoscope (télé en abrégré). « Estelle, depuis l'âge de douze ans, suivait les cours de l'Institut de Zurich, sans quitter sa famille, uniquement par Télé » raconte-t-il. Plus intéressant, l’auteur fait observer que « Par malheur, elle n'avait pu passer ses examens par Télé, les règlements surannés s'y opposant … »

Du Collège universitaire par correspondance de Grande-Bretagne dès 1836 à la Télé-université du Québec (1970) en passant par le Service d’enseignement par correspondance de France (actuel CNED en 1939), la formation à distance (FAD) a pour vocation première de rendre le savoir accessible à ceux qui ne peuvent suivre les cours en présentiel. Néanmoins, Bernard Dumont a rappelé qu'il n'y avait pas de recette universelle pour créer une bonne formation à distance et que la simple mise à disposition des cours sur un quelconque support ne pouvait pas être considérée comme suffisante. 

Chaque institution devra donc réaliser l’analyse combinée des publics cibles, des contenus d’apprentissage, des supports possibles, des budgets disponibles, et des délais de mise en œuvre. Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est une entrée par l'outil technologique. Autrement dit, la solution en FAD n’implique pas forcément le recours aux outils technologiques et aux médias de dernière génération.

Le MOOC (Massive Open Online Course) comme innovation d’enseignement était au menu de cette deuxième journée à travers la conférence du Dr Dimitrios Noukakis de l’Ecole Polytechnique Fédrale de Lausanne (EPFL) intitulée « MOOCS ? Quelles opportunités pour l’éducation supérieure en Afrique ? ». Après avoir rappelé les caractéristiques des MOOCs, D. Noukakis a présenté l'activité de l'EPFL dans ce domaine, qui concerne directement les étudiants africains : l’EPFL a déjà mis en ligne quatre (4) MOOCS et dix-huit (18) autres sont en préparation pour septembre 2013 et février 2014. Elle entend d’abord faire bénéficier les MOOCs existants aux étudiants africains (20% d’inscrits au premier MOOC français de l’EPFL) et, ensuite, associer certains établissements d’enseignement supérieur africains à la production de prochains MOOCS.

De la qualité en FAD


Enfin, au troisième jour, à la Conférence pédagogique de 2iE, il a été question de qualité : la démarche qualité dans l’enseignement supérieur et le management de la qualité de l’enseignement. Il a été rappelé que tous les établissements d'enseignement supérieur doivent avoir le souci de la qualté afin d'assurer la valeur de leurs diplômes. Des standards qualité existent (par exemple, les Standards and Guidelines for Quality Assurance in the European Higher Education Area, élaborés en2005) , auquel chacun peut faire appel.

Cette première conférence pédagogique de 2iE a tenu ses promesses. Elle a été le lieu du partage d'expériences sur le sujet de l'innovation pédagogique. Une seconde édition est d'ores et déjà annoncée pour l'année prochaine à la même période. Nous verrons tout au long de l'année à venir quels changements seront impulsés dans les établissements, sur les thèmes traités pendant la conférence. Déjà 2iE s'est doté d'une Direction de l'Innovation Pédagogique rattachée institutionnellement à la Direction des Formations. Preuve s'il en était besoin que la gestion des formations ne peut faire l'économie de l'innovation.

Les différentes présentations ayant eu lieu au cours de cette conférence seront mises en ligne bientôt et chroniquées ici.

RÉFÉRENCES :

2iE - Institut international d'Ingénierie de l'Eau et de l'Environnement. http://www.2ie-edu.org/

Centre pour l'Education à l'ère digitale Moocs Factory - EPFL. http://moocs.epfl.ch/

 

 

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