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Langues vivantes : une méthode pour apprendre à écrire sans faute

Comment apprendre aux élèves à se poser les bonnes questions avant d'orthographier un mot ?

Par Christine Vaufrey , le 27 mai 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 26 juin 2013

Comment développer la compétence écrite dans une langue étrangère ou seconde ? À côté de la mémorisation de formes fixes, il faut développer des réflexes d'interrogation qui permettront à l'apprenant de se poser les bonnes questions avant d'opter pour une graphie plutôt que pour une autre. Par exemple, les apprenants de français langue étrangère doivent pouvoir choisir entre "entré", "entrés", "entrée", "entrées", "entrez" et "entrer". Pour cela, ils doivent interroger les autres termes de la phrase et la fonction du mot à orthographier correctement. En anglais, les homophones parfaits sont moins nombreux qu'en français, mais une personne en cours d'apprentissage aura des difficultés à distinguer, après une seule écoute, "world" de "word" par exemple, ou même "two" de "to". 

La dictée, cette institution scolaire, vise précisément à habituer l'apprenant à transcrire par l'écrit ce qu'il entend, et donc à apliquer les règles de l'orthographe d'usage et gramaticale. Si la dictée est encore fréquemment employée, avc ce multiples variantes, dans l'apprentissage de la langue maternelle, elle jouit d'une moins grande popularité dans l'apprentissage des langues étrangères ou secondes. Pourtant, une dictée d'un certain genre, appelée "la dictée 0 faute", peut jouer un rôle important dans l'apprentissage de la compétence d'expression écrite. C'est ce qu'explique Dominic Chartrand dans un article de son blogue portfolioFLS.ca

Dominic Chartrand a expérimenté la dictée 0 faute dans des classes de 3e et 5e secondaires en immersion française. Les lecteurs peu familiers avec les systèmes éducatifs québécois et canadiens se demanderont sans doute ce que sont ces classes "en immersion française" : il s'agit de classes dans lesquelles une partie des cours est réalisé en français, y compris (et surtout) dans les disciplines non linguistiques (mathématiques, sciences, etc.). Ces classes en immersion française existent tout au long du parcours éducatif de l'élève, de la maternelle à la dernière année de secondaire et ont bien sûr pour objectif de favoriser le bilinguisme complet des jeunes, nativement anglophones dans leur grande majorité, qui les fréquentent. En Europe, de nombreux pays pratiquent "l'immersion anglaise" sans que cela porte toujours ce nom : dans les pays d'Europe du Nord par exemple, des cours sont donnés en anglais dès l'école primaire. En France, les sections dites européennes suivent ce même principe, mais au lycée seulement (5e à 7e secondaire), sauf cas particuliers.  

Apprendre à poser les bonnes questions avant d'orthographier

 

Revenons à la dictée 0 faute. Comment fonctionne t-elle ?

L'enseignant dicte un texte à ses élèves. Ensuite, plutôt que de ramasser les feuilles pour correction ou de faire corriger les dictées par chacun des élèves, ces derniers peuvent poser à l'enseignant toutes les questions susceptibles de les aider à orthographier correctement les mots. Evidemment, il s'agit moins d'autoriser des questions du genre "il y a un S ou deux S dans "paresse" ?" que celle-ci : "est-ce qu'il faut mettre 2 S pour faire le son [s] entre deux voyelles ?", ou, plus simple : "Est-ce que dans "paresse" le son [s] s'écrit comme dans "caresse" ?". Autrement dit, le but est de développer chez les apprenants le "doute orthographique" et le "doute grammatical" systématiques. Bien entendu, plus les questions sont nombreuses et spontanées, meilleur est le résultat, car tous les pièges potentiels sont décelés. L'autre objectif de cette activité est de développer le "vocabulaire méta-linguisitque" chez les apprenants, pour qu'ils apprennent à parler de la langue qu'ils utilisent et à la mettre à distance, comme un objet d'étude et pas uniquement un outil de communication. Lorsqu'il n'y a plus de questions, l'enseignant ramasse les feuilles, corrige et évalue les travaux. Ils les rend au cours d'après et les élèves font la nouvelle disctée avec l'ancienne (corrigée) sous les yeux. 

On s'en doute, il faudrait au moins une heure pour traiter de cette manière un texte d'une dizaine de lignes ou plus. Dominic Chartrand préfère pour sa part dicter un texte très court (2 phrases), mais le faire au début de chaque cours. De cette manière, même de jeunes élèves parviennent à rester concentrés sur le texte, et le groupe passe en revue toutes les difficultés orthographiques potentielles en un temps restreint. Ces courtes dictées sont notées sur 10, avec un barème classique : un point en moins pour une faute d'usage, deux points en moins pour une faute de grammaire.

Le choix du texte de la dictée a aussi son importance : D. Chartrand a pour habitude de composer un texte à partir des nouvelles entendues le matin à la radio. Les textes ainsi composés paraissent plus proches aux élèves que les extraits littéraires dont sont généralement faites les dictées. 

Des résultats importants, rapidement

 

Grâce à cette activité, les élèves de D. Chartrand ont largement progressé dans leur capacité à écrire en français : "Au bout de 2 ou 3 semaines, la quasi totalité des élèves avaient de meilleures notes que dans les premières dictées. Après la 5e semaine, les résultats étaient particulièrement éloquents dans mon groupe de 3e secondaire où certains élèves réputés pour être très faibles en écriture et avoir obtenu des notes très basses lors des premières dictées obtenaient désormais des 10/10 !". De plus, les élèves apprécient cet exercice, qui leur permet de progresser rapidement : "tous les élèves (ou presque) voyaient la dictée 0 faute comme un moyen d’apprentissage utile et nécessaire". 

Dominic Chartrand ne se trompe pas sur les avantages de l'activité : elle ne permet pas aux élves d'apprendre à écrire des textes en autonomie dans une langue seconde ou étrangère, mais elle développe leurs stratégies d'autocorrection et leurs connaissances métalinguistiques. Des compétences utiles dans toute pratique linguistique, y compris dans sa langue maternelle. 

RÉFÉRENCE :

Chartrand, Dominic. "Dictée 0 faute à chaque cours en immersion française au secondaire." Portfolio d'enseignement du français langue seconde. 27 décembre 2012. http://portfoliofrancaislangueseconde.ca/2012/12/dictee-0-faute-a-chaque-cours-en-immersion-francaise-au-secondaire/#more-754.

Illustration : A_Berkut, Shutterstock.com

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