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Des employés ? Dites plutôt des entrepreneurs!

Comment le statut d'employé fidèle disparaît au profit d'une vision entrepreneuriale de sa carrière

Par Alexandre Roberge , le 16 juin 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 11 septembre 2013

Le monde du travail a été pendant des décennies dominé par la figure de l'employé espérant travailler toute sa vie dans la même boîte et celle de l'employeur qui cherchait des travailleurs efficaces et compétents qu'il pourrait garder aussi longtemps que nécessaire. Aujourd'hui, le paysage s'est considérablement modifié. Des emplois à vie ? Pratiquement impossible. Des employés toujours fidèles à leur entreprise ? De moins en moins vrai.

Aujourd'hui, il faut revoir toutes ses représentaitons sur les salariés. À l'ère du phénomène des « start-ups », les employés sont des entrepreneurs potentiels. Conséquemment, les relations avec les employeurs s'en trouvent modifiées.

Le modèle Silicon Valley

En juin 2013, Reid Hoffman, Ben Casnocha et Chris Yeh écrivaient dans la Harvard Business Review un long article sur les nouvelles relations employeurs-employés. Deux des auteurs (Hoffman et Casnocha) avaient déjà publié un ouvrage en 2012 appelé « The Start-up of You: Adapt to the Future, Invest in Yourself, and Transform Your Career ». Dans les deux textes, la théorie des coauteurs est que les employés se perçoivent comme des entrepreneurs et que l'entreprise, c'est eux. Désormais, avec les réseaux sociaux, ils établissent des liens autant avec leurs collègues qu'avec des concurrents. Ils ont beaucoup moins de scrupules à aller voir ailleurs si les défis (et les conditions) offerts sont avantageux à leurs yeux.

Alors, comment doivent réagir les employeurs ? Naturellement, il serait facile de songer à des contrats avec clause de non-concurrence, de surveiller les salariés pour qu'ils n'aient aucun lien avec d'autres employés du même secteur, de les punir s'ils le font, etc. Mais pour les 3 coauteurs, c'est l'erreur à éviter. Il faut dire qu'ils vivent dans la Silicon Valley, un environnement professionnel où les contacts entre compétiteurs sont monnaie courante et loin d'être interdits. Évidemment, ce laisser-faire peut aussi provoquer des départs spectaculaires qui font mal. Mais la plupart des employés restent plutôt fidèles puisque dans ce secteur, les patrons ont un réflexe primordial : ils donnent leur chance aux salariés afin qu'ils laissent leur marque dans l'entreprise. On se souvient peut-être du tollé qui avait entouré la publication du contrat léonin liant Apple aux développeurs des applications pour iPhone, en 2010 : la célèbre entreprise, qui imposait le secret total aux développeurs, avait sérieusement écorné son image de "boîte cool" et avait été contrainte de réviser ses conditions de collaboration avec des développeurs qui ne peuvent concevoir leur métier autrement qu'en réseau.

De nouvelles habitudes à prendre

L'époque des fidèles salariés avec 30 ans de service dans la même compagnie est pratiquement révolue. Désormais, pour les auteurs, l'heure est venue de proposer aux employés des mandats. Le travailleur est fortement encouragé à innover et proposer de nouvelles idées dans l'entreprise. Au bout d'une période de 2 à 4 ans, il rencontre son employeur et tous deux voient ensemble si la collaboration mérite d'être renouvelée et quels défis l'employé pourrait relever dans les prochaines années. Cette méthode, selon les auteurs, permet de garder une dynamique motivante pour les salariés qui ne sont plus de simples exécutants, mais des leviers d'innovation dans l'entreprise qui les emploie.

De plus, si un employé détient un compte dans un réseau social professionnel, il ne faut surtout pas le décourager. Les membres de LinkedIn, par exemple, peuvent s'avérer des atouts précieux dans l'entreprise. Leurs contacts permettront peut-être à la compagnie de régler divers problèmes ou, mieux encore, d'avoir des liens avec divers talents qu'il sera possible d'embaucher. Évidemment, cela comporte aussi le risque que l'inverse se produise et que l'employé soit attiré ailleurs.

Si cela devait arriver, que faire ? Selon les auteurs, si après avoir tenté une contre-proposition, l'employé désire toujours partir vers un concurrent ou démarrer son propre business, il faut... le féliciter et accepter sa démission. En revanche, il est suggéré à l'ex-employeur de conserver des liens avec l'ex-employé grâce aux réseaux sociaux professionnels, entre autres. D'ailleurs, chaque salarié qui quitte son poste devrait avoir un entretien de départ qui permettrait de rester en bons termes et de conserver des rapports amicaux. Qui sait, l'ancien employé pourrait bien aider encore la compagnie, voire revenir après un certain temps.

Les auteurs admettent que ces nouveaux réflexes sont difficiles à prendre et qu'ils ne s'appliquent pas à tous les secteurs d'activité. On constate aussi que les relations de travail ainsi décrites appartiennent à un monde idéal, sans tensions internes ni externes, ce qui est loin d'être le cas dans la vie réelle. Néanmoins, dans un marché du travail déjà en pleine métamorphose, les relations entrre employeur et employé ne pouvaient échapper au changement. Bienvenue dans le monde des entrepreneurs aux collaborations ponctuelles.

Références :

Kasperkevic, Jana. "Why Everyone Is an Entrepreneur Now." Inc.com. Dernière mise à jour : 24 mai 2013. http://www.inc.com/jana-kasperkevic/in-the-post-loyalty-world-all-employees-should-be-entrepreneurs.html.

Yeh, Chris, Reid Hoffman, and Ben Casnocha. "Tours of Duty: The New Employer-Employee Compact." Harvard Business Review. Dernière mise à jour : 24 mai 2013. http://hbr.org/2013/06/tours-of-duty-the-new-employer-employee-compact/ar/1.

Illustration : DeoSum, shutterstock

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