Articles

Afrique francophone : radio numérique et objectif pédagogique

Par Louis-Martin Essono , le 17 novembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Depuis près de deux ans, les Africains bénéficient d’une très large libéralisation de l’audio-visuel. Il s’y crée chaque jour, et de toutes obédiences souhaitées, des stations de radio et de télévision qui permettent de rendre la planète abordable au niveau de chaque village, de chaque hameau et de chaque quartier.

Les capitales africaines sont innondées de radios. D’ondes métalliques qui vous accrochent. Des stations qui émettent en modulation de fréquence au confort d’écoute agréable. On n’envie plus ni Londres, ni Paris, ni Berlin, ni Washington et leurs multiples stations qui diffusent tout le jour et toute la nuit. Et la radio numérique envahit le public. Qui s’en réjouit, qui s’en gargarise.

La création de ces stations est facilitée par les ONG, par la coopération bilatérale, par la richesse et la volonté des institutions privées, par la volonté de l’Etat. Le terrain de la rivalité des chapelles politiques se fissure, puisque, partout, on parle de radio d’opposition et de radio du pouvoir.

L’Unesco contribue de beaucoup à l’extension des radios communautaires qui s’ouvrent dans les villages les plus reculées. L’Agence de la Francophonie appuie les efforts des Etats à animer les populations rurales à sortir de la barbarie pour entrer dans la civilisation.

Miracle, les lacunes autrefois dénoncées et relevées pour alphabétiser et scolariser les populations sont comblées. Dans les radios de proximité, l’interactivité est permanente. A toute heure de la journée et de la nuit, les auditeurs échangent avec les animateurs, pour les dédicaces, les forums, les discussions, les débats politiques.

Miracle aussi, miracle encore, personne ne pleure (plus) le prix du téléphone, personne ne dénonce l’absence d’électricité. Tout va bien.

Sauf un autre miracle. Que ce soit dans les chaînes publiques ou dans les chaînes privées, la radio accuse, bénéficie d’un très grand auditoire. Tout le monde écoute la radio, le premier medium avec le livre, toujours absent dans les foyers et dans les bibliothèques. Miracle donc, ces radios ne proposent aucun cours de français, d’anglais, de math ou d’histoire géo bien structuré. Personne n’y pense, pourquoi y penser puisque les autres y penseront à notre place et dans les conditions qu’ils nous imposeront et que nous accepterons pourvu que nous ayons notre part du gâteau. Bizarre, quand quelques radios bien intentionnées veulent s’occuper d’alphabétisation, il s’agira d’émissions pour compte rendu des activités d’un ministère, il s’agira des jeux concours évanescents si quelque sponsor a voulu donner des sous, il s’agira des comptines importées de France ou de Grande Bretagne.

Nos radios sont écoutées pour la bonne musique. Pour la désinformation et l’intoxication. Pour la propagande électorale et la publicité qui rapporte de l’argent. Pas d’école à et par la radio, radio que tout le monde écoute à toute heure. Pas de civisme à la radio pour éduquer les jeunes de la rue qui ont l’oreille collée au transistor de plus en plus minuscule ; pas d’éducation à la santé tant que les ONG n’ont pas financé le programme. Tant qu’ils n’ont imaginé une structure d’enseignement organisé pour la radio et pour tous. L’Australie est si loin que l’on ne peut l’imiter.

Le dernier miracle : nous attendons tous l’Internet : pour la formation des enseignants de la brousse ; pour l’interconnexion entre les différents pays et les différentes villes ; pour donner à tous et à chacun un ordinateur gratuit ; pour recopier les cours dans les sites qui vous les offrent avec des objectifs bien précis...

Alors qu’on peut avoir tout cela, en écoutant une radio très proche, au confort exaltant. Dans un continent à tradition orale, où on apprend par l’écoute et la mémoire, quelle belle occasion pour réciter des poèmes, des épopées de chez soi, pour apprendre les devinettes et les proverbes, pour transcrire une bonne dictée de Maupassant, pour imaginer comment lire les mots de tous le jours, corriger nos accents et notre élocution, c’est encore peut-être possible, à moins d’un miracle...

Enfin, n’oublions ce qui est fait pour l’Afrique au niveau international. Il y a exactement un an, un article de Thot avait analysé le rôle de canalef , la radio numérique francophone et de ses très intéressant programmes. Combien d’utilisateurs ? combien de postes radios, à quel prix, où les voit-on ? comment les utilise -t-on ? où fait-on les examens ? quelle est la portée et la valeur des diplômes collationnés ? Ce ne sont là que les réflexions des gens qui ne sont pas habitués au signal éducatif par la radio. Et nous sommes nombreux.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné