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Festivals des cinémas d’Afrique et des Caraïbes

Les réalisateurs africains sont-ils condamnés à ne montrer leurs films que dans les festivals, et pas dans les salles de cinéma de leurs propres pays ?

Par Philippe Menkoué , le 23 juillet 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 25 septembre 2013

S’il est de notoriété publique que le cinéma africain se porte mal, il est pourtant bien plus vivant qu’il n’y parait. Surtout en cette période estivale où on pourra voir nombre de films tournés sur le continent dans différents festivals.

Des cinémas aussi vivants que méconnus

 

De Durban à Lausanne, en passant par Douarnenez, Khouribga ou Yaoundé, les cinémas d’Afrique et des Caraïbes s’affichent aux quatre coins du monde cet été. On est bien sûr loin des fastes des festivals comme Vues d’Afrique de Montréal, du Fespaco, du FEMI ou des non moins célèbres Journées Cinématographiques de Carthage. Mais qu’importe, tous les genres (ou presque) sont à l’honneur, des courts aux long métrages en passant naturellement par les films documentaires. L’occasion pour les cinéphiles de découvrir les œuvres souvent peu et/ou mal connues de ces régions dont l’exotisme est toujours mis en avant certes, mais aussi « de se retrouver pour faire le point sur la dernière actualité de la production locale » comme le souligne Youssef Aït Akdim sur jeuneafrique.com.

Car, qu’il s’agisse des Ecrans noirs, du Durban FilmMart, du Festival de Cinéma de Douarnenez et j’en passe, ces festivals, en plus d’être une vitrine, se revendiquent également d’être des espaces de réflexion sur l’avenir de ces cinémas pluriels. Les nombreuses activités connexes organisées en marge des projections en témoignent : formations à l’intention des jeunes talents, rencontres professionnelles, conférences-débats, etc. Une effervescence qui cache parfois d’autres réalités. Moins glamour celles-là.

Du cinéma et bien plus encore

 

Bien au-delà de la simple célébration de ces cinémas qui cherchent tant bien que mal à s’imposer sur la scène mondiale, ces festivals d’été, comme tous les autres, constituent également des plateformes d’échanges «au cours desquels sont discutés les problèmes que rencontre régulièrement la majorité des réalisateurs du Sud», comme le remarque la journaliste Denise Epoté de TV5 Monde dans son Encyclopédie Du Cinéma Africain.

Et ces problèmes sont légions. Passons sur celui des subventions limitées (presqu’inexistantes parfois) octroyées aux cinéastes dans certains pays comme le Sénégal. L’un des plus gros problèmes des cinémas afro-caribéens (mais d’Afrique surtout) demeure celui de la distribution. Car, à cause de la fermeture progressive des salles de cinéma dans certains pays à travers le continent (Cameroun, Tchad, RDC, etc.), les cinémas d’Afrique et des Caraïbes ont du mal à se vendre. Le cinéaste Idrissa Ouédraogo, dans un article de Brahima Ouédraogo est assez clair à ce propos : « Le problème du cinéma africain, c’est la distribution, nos œuvres ne sont pas achetées, ne sont pas vues, donc on est obligé tout le temps de demander de l’argent parce que quand on n’a pas de distribution, il n’y a pas de recettes, donc pas d’argent pour constituer des fonds de production ».

Des difficultés qui semblent tout de même plus graves en Afrique noire francophone qu’ailleurs, mais dont les acteurs du secteur tentent de venir à bout à leurs manières à travers des initiatives telles que « des cinémas pour l’Afrique » lancée en 2011 par le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako qui vise à réhabiliter les salles de cinémas dans les villes où elles ont disparues et qui mérite d’être saluée.

Comme nombre de leurs confrères de par le monde, les cinéastes africains doivent impérativement compter sur les festivals pour faire connaître leurs films. Le succès critique leur permet, bon an mal an, de financer leurs prochaines productions. Mais un succès public serait une bien meilleure récompense pour tous ceux qui parlent de leurs pays à travers le septième art. 

 

Références :

1. Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe (FEMI), page d’accueil. Lien : http://www.lefemi.com/ (consulté le 22 juillet 2013)

2. 16e festival international du film court et documentaire d’Ismaïlia en Egypte. Présentation du site Euromed Visuel, Lien : http://euromedaudiovisuel.net/p.aspx?t=news&mid=21&cid=2&l=fr&did=1457

3. Aït Kadim, Youssef, in  Maroc : Khouribga, un festival de cinéma pas mineur, publié le 17 juillet 2013 à 14h59. Lien : http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2740p109.xml0/

4. Festivals Ecrans noirs 2013, page d’accueil. lien : http://www.ecrans-noirs.org/, (consultée le 23 juillet 2013).

5. Epoté, Denise in l’encyclopédie du cinéma africain, lien : www.tv5.org/cms/cinema/p-779-Les_cinemas_d_afrique.htm (consulté le 19 juillet 2013)

6. Interview du journaliste et critique de cinéma Baba Diop par Dieynaba Kane pour le magazine en ligne Le Quotidien. Lien : http://www.lequotidien.sn/index.php/component/k2/item/8064-baba-diop-journaliste-sur-la-situation-du-cinema-africain--nos-gouvernants-nont-du-cinema-que-laspect-divertissement (consulté le Mardi 23 juillet 2013)

7. Ouédraogo, Brahima in Le cinéma africain souffre toujours des problèmes de marché, publié le 7 mars 2013. Lien : http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=6409 (consulté le Mardi 23 juillet 2013)

8. Limam, Ziad, in Des cinémas pour l’Afrique, Afrique Magazine, publié le 22 février 2011. Lien : http://www.afriquemagazine.com/cplus/article/des-cinemas-pour-l-afrique/1/3/3 (consulté le 23 juillet 2013)

À lire aussi : dossier spécial FESPACP 2013, sur le site de Radio France International http://www.rfi.fr/afrique/20130221-dossier-special-fespaco-2013-23-fevrier-2-mars

Illustration : capture d'écran du site des Journées Cinématographiques de Carthage

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