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Sauver la tradition orale : contes et légendes du monde en ligne

En même temps que l'Afrique veut sauver ses traditions, des sites étrangers mettent en ligne les contes et les légendes pour des visées pédagogiques

Par Louis-Martin Essono , le 04 août 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 17 mai 2016

Au mois de juin, les élèves du primaire des pays francophones ont rangé leurs cahiers et leurs livres pour trois mois de vacances. Cette période, en Afrique de l'Ouest, est à la fois celle des récoltes et aussi l’occasion, pour les jeunes couples, d’envoyer les enfants chez les grands parents pour se ressourcer au village, y pratiquer la langue maternelle et s’imbiber des cultures locales.

Le matin, toute la maisonnée accompagne grand-mère à la plantation pour récolter le manioc, le maïs, l’arachide, le macabo mais, davantage, pour faire la fête aux fruits de saison, ramasser toutes sortes de chenilles comestibles et colorées et décimer les longues tiges de canne à sucre juteuses qui appellent à se débarrasser de leur abondante eau sucrée.

Lorsque, vers 13 heures, le soleil alourdit les corps, grand-mère prépare, pour chacun, une petite charge à rapporter au village où attend grand-père, assis sous la véranda, le chasse-mouche à la main, racontant des histoires aux plus petits qui se gavent de grosses bananes douces en comptant les cheveux blancs qui ornent la tête de "papy".

C’est le soir, en cette grande saison sèche, que tout le village se réunit dans la cour, éclairée de la pleine lune et du grand de feu bois d’où éclatent et s'envolent les étincelles qui effraient les mômes accrochés au sein de leur mère et qui égaient les plus grands, plus courageux et habitués à la scène.

La rencontre du soir est quotidienne. Les enfants déclament les histoires apprises chez grand père, déroulent les légendes et chantent les épopées célèbres qui commencent désespérément à disparaître, les grands-pères devenant de plus en plus jeunes. Pour remédier à cette perte, les pays regroupés par zones ont mis sur pied, avec l’aide de l’Unesco et des partenaires divers, des centres de recherche pour la sauvegarde des traditions orales.

On dénombre ainsi :

  • le Centre de Recherche et de Documentation sur les Traditions Orales et pour le Développement des Langues Africaines - Cerdotola,
  • l’Observatoire des politiques culturelles en Afrique, OCPA ,
  • le Centre for Black and African Arts and Civilization, CBAAC
  • le Centre international des civilisations bantu, CICIBA
  • le Centre d’Études Linguistiques et Historiques par Tradition Orale, CELHTO et aussi,
  • l’Académie Africaine des Langues Acalan, déjà plusieurs présentée dans nos colonnes.

Tous ces centres ont pour mission de sauvegarder les traditions orales africaines. Mais, l’on se rend compte que, entreprise par les grands chercheurs et les universitaires, leur action est fort réduite à cause du manque de démultiplication qui n’atteint ni les jeunes ni les salles de classe.

Or, l’enracinement culturel est une donnée essentielle dans l’évolution de l’enfant surtout en cette époque de mondialisation où l’apport de chacun est indispensable. Plusieurs entreprises se livrent heureusement à la vulgarisation de la culture africaine et mondiale.  Au plan de la recherche universitaire, la plateforme Littérature Africaine, LITAF, constitue une référence générale sur les littératures de l'Afrique noire francophone et abrite une base de données bibliographique offrant des informations complètes sur la production littéraire en langue française de l'Afrique subsaharienne.  

Mais, c'est au niveau des enfants qu’il faut initier aux cultures basiques du village.

Tel est le cas des contes africains, un site ludo-éducatif et pédagogique structuré de manière à motiver les jeunes apprenants à connaître les histoires, les contes et les légendes du continent. En même temps qu’il sélectionne les livres dédiés, il propose aussi le conte du mois.

Un deuxième site, très prisé par les petits anges des classes du primaire et de la maternelle allie les contes et les dessins allumés (animés). Ce petit site, abondamment illustré et coloré « est dédié à tous ceux, petits et grands, qui ont gardé une âme d'enfant et veulent encore rêver » car y affirme-t-on, représentant la plus typique des traditions orales, les contes et légendes circulent dans tous les pays et sont la base même des traditions. Entre leur aspect moral et la perpétuité d'histoires ancestrales, les contes et légendes se transmettent de génération en génération. Base de notre société actuelle en véhiculant des messages toujours emprunts de sagesse, iIs étaient l'occasion de se rassembler et de communiquer à l'intérieur d'un même clan. Le site produit aussi des films , activité qu’il cherche à développer. Les contes filmés sont gratuitement téléchargeables.

Parmi les sites les plus prisés figure le site francophone Conte moi.  On y conte la francophonie  pour connaître les contes traditionnels de plusieurs pays de cette zone linguistique ; on y conte aussi la lecture pour des activités pédagogiques interactives, avec des fiches pédagogiques, visant le travail de la lecture littéraire avec les élèves.  Dans cette perspective, conte-moi l’atelier est une activité pédagogique qui, à partir du conte marocain « Le garçon aux grandes oreilles », ouvre un dossier proposant d’animer une ou plusieurs séances d’atelier avec des enfants migrants accompagnés ou non de leur famille.

Cette rubrique aide aussi à se familiariser avec la langue française en créant une dynamique positive familiale autour des apprentissages et à proposer une approche culturelle complémentaire des approches utilitaires de la langue française. On rencontre également, pour les primo arrivants, des contes numériques à vocation didactique. Cet atelier intergénérationnel,  entre tradition et innovation s’appuie sur l’attractivité du numérique et du conte. Il alterne les phases en binôme autour de l’ordinateur et les phases collectives orales. Il permet  enfin d’initier les participants à Internet et au traitement de texte. Cette rubrique est essentiellement didactique et intéresse les enseignants à plusieurs titres.

Enfin, et sans boucler la liste, un portail universel, théâtre de la source, présente les contes du monde entier où l’on découvre des contes français, chinois, russes, vietnamiens, anglais, danois, etc. Les contes du Burkina y ont une bonne place avec trente contes croustillants.

Pourtant, au-delà de cet inventaire, se pose une question fondamentale. Tous les contes sont écrits en français. Comment pérenniser la tradition orale  en une langue étrangère ? Il nous faut donc maintenant, ethnologues, linguistes, sociologues, etc. tout mettre en jeu pour parfaire l’objectif initial.

Les enfants d’Afrique et du monde connaîtront les cultures de partout et se comporteront en conséquence. La diversité linguistique et culturelle y gagnera énormément, au profit  de la connaissance…

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