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L’école en Afrique : plus d’argent, moins d’école.

Par Louis-Martin Essono , le 30 novembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

L’Afrique, un continent riche de pauvres, d’analphabètes et de mendiants

La formation des personnels enseignants avait semblé, un moment, une solution pour la démultiplication de l’instruction en Afrique. La communauté internationale a construit des écoles d’instituteurs, des écoles normales, des centres d’alphabétisation, des écoles tout court afin de réduire l’illettrisme et l’analphabétisme dans nos pays que décime le sida.

Différents projets ont été initiés et financés par le Banque Mondiale, l’ Unesco et la coopération internationale. Mais ces entreprises tournent à vide et deviennent exsangues alors que les financements coûtent de plus en plus chers, on se demande pourquoi. Si quelques écoles surgissent, il faut les pourvoir d’enseignants. Quand sont formés les enseignants, ils ne sont pas payés. S’ils sont payés, leurs élèves ne disposent pas de livres.

Les planificateurs, les bailleurs de fonds, les dirigeants, les chefs de projets semblent se complaire dans cette circularité qui commence à susciter quelques réflexions. Que fait-on véritablement de cet argent ? qui en est le véritable bénéficiaire ? quel pourcentage va où pour que, depuis des décennies, on n’ait pas de résultats palpables ? Une nouvelle source de revenus vient de s’ouvrir à travers la vulgarisation des TIC dans l’enseignement. En effet, le site Zdnet a signalé que la dernière Assemblée générale de l’ONU du 17 et 18 juin derniers, spécialement consacrée aux technologies de l’information. avait évoqué le gouffre qui subsiste en matière d’équipements informatiques et télécoms dans les pays du Sud. En Afrique, les opérateurs privés comme France Télécom ont leur part de responsabilité.

Kofi Annan a alors averti que le fossé numérique ne cesse de se creuser entre les pays du Nord et du Sud, des milliards de personnes n’étant toujours pas connectées à une société qui, de son côté, l’est de plus en plus. Dans ce discours , le SG de l’ ONU a ajouté que ses efforts doivent reposer sur les besoins réels de ceux que nous cherchons à aider, et, pour cela, nous devons garantir la participation des pays en développement à toutes les étapes. En clair, sans argent, sans contributions étrangères, l’Afrique ne pourra jamais rattraper son retard dans le domaine des nouvelles technologies. On sait combien d’argent l’ ONU a déjà déversé pour l’école en Afrique. Mais, qu’en fait-on ? qu’en a-t-on fait ? mais où va-t-il ? pourquoi tant de pauvreté alors qu’on dépense tant d’argent ?

Les objectifs de l’ONU,déjà fixés lors du sommet du Millénaire, le 13 septembre 2000 sont loin d’être atteints malgré l’engagement pris par les 189 États membres de réaliser, d’ici à 2015, à travers les huit grands objectifs dont celui de "mettre en place un partenariat mondial pour le développement", visant notamment "en coopération avec le secteur privé, à mettre les avantages des TIC, en particulier, à la portée de tous".

L’Afrique, le gouffre des sous ou la mangeoire de tous ?

Peu à peu, Thot l’a révélé à plusieurs occasions, la formation à distance de la quatrième génération s’établit en Afrique. Mais, l’acquisition des équipements demeure, magré des efforts réels, un handicap certain suivant le constat de Michel Kafando, le délégué burkinabè selon qui, dans les pays en développement et en Afrique notamment, l’informatique demeure "un luxe réservé aux seuls nantis". Encore de l’argent, toujours de l’argent.

En effet, alors qu’on crève de faim, qu’on n’a pas de livre, qu’il n’y a pas de route, qu’on attend le téléphone et l’électricité, "Le plus urgent en Afrique est d’adopter des mesures permettant d’acquérir du matériel informatique de base", explique à ZDNet Mersadier, vice-président de Globenet Internet et chargé de programme pour Inter-réseaux développement rural inter reseaux , une association de réflexion sur le développement en Afrique.

Mais, en fait, le problème concerne chaque pays, notamment en matière de taxes douanières sur le matériel. "Au Burkina Faso, elles peuvent atteindre 40% du prix d’un PC neuf et encore plus pour les pièces détachées, ce qui dissuade les petits assembleurs locaux", indique ce responsable dont les propos valent pour l’ensemble de l’Afrique. L’argent intervient encore pour les coûts d’accès aux services Internet et la connexion puisque la connexion pour un particulier en Afrique coûte très cher.

L’école, aujourd’hui, a besoin d’Internet. Pour ses capacités et ses facilités d’apprentissage. Pour son interactivité. Pour sa profusion d’informations. Pour sa liberté d’apprentissage et sa guidance à l’autoformation. Pour sa nécessité. Mais, il faut de l’argent. Quand on vient en aide à l’Afrique, on vient y puiser sa part. On va à la mangeoire. On donne d’une main. On retire de l’autre. Ce que dénonce Mesardier. Honnêtement. Qui pointe du doigt les opérateurs étrangers, dont FranceTélécom, qui profitent de la situation. Via France Câble et Radio, cet opérateur, dit Mesardier à ZDNet "prend des participations importantes dans de nombreux fournisseurs d’accès Internet locaux, comme au Sénégal, où il détient 42 % de la Sonatel," "Mais ses prix sont exorbitants, d’où une plus value gigantesque (47 milliards de Francs CFA, soit 71 millions d’euros de bénéfice en 2001).

Des voix se lèvent, elles s’élèvent aussi pour que l’argent aille où il doit aller et que des efforts certains se concrétisent. Tel le collectif Coordination Sud qui déclare : "en dépit des engagements répétés pris par la France dans les instances internationales", son aide publique au développement (APD) n’a cessé de diminuer au cours de ces dernières années tant en volume financier qu’en pourcentage du PIB. Elle a baissé de 5,7% par an en moyenne depuis 1992. La France est le pays qui a le plus réduit son aide depuis 1994. Elle ne versait en 2001 que 32,5 milliards de francs soit 4,97 milliards d’euros au titre de l’APD."

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