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"C'était mieux avant". En Histoire aussi ?

L'enseignement de l'Histoire fait débat. Faut-il privilégier de solides repères nationaux, ou contribuer à forger une culture transnationale dans un monde globalisé ?

Par Christine Vaufrey , le 16 septembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 16 octobre 2013

Comme il est difficile de faire accepter un changement ! Regardez les programmes d'histoire et de géographie au collège et au lycée en France : dans les classes à examens (Troisième et Terminale, soit 4e et 7e -et dernière - secondaire), de récentes modifications des programmes avaient généré la protestation unanime des enseignants, des parents et même des enseignants. Programmes trop chargés, notions incompréhensibles... Les sujets infaisables et les piteux résultats obtenus aux examens, justement, semblaient donner raison aux protestataires. Ni une, ni deux, pendant l'été les programmes sont allégés. Malheur ! Les profs à nouveau se déchaînent. On n'a pas ôté ce qu'il fallait !, lit-on ici. Ça ne sert à rien ! Il faut tout changer !, lit-on là.

Au-delà du courroux face au changement, ce sont toujours les mêmes questions qui reviennent : à quoi sert d'enseigner l'histoire ? Et comment faut-il l'enseigner ? 

 

Histoire nationale et chronologie

La première question a été remise au goût du jour lorsque, voici quelques années, est apparu un ministère de l'identité nationale et le débat, lui aussi national, qui allait avec. De là à l'édiction plus ou moins avouée de la fiche d'identité du "vrai français" et surtout, de la désignation de tous ceux qui ne l'étaient pas, beaucoup se sont indignés et ont refusé de franchir le pas. Or, les programmes d'histoire constituent un espace privilégié de construction identitaire. Faut-il privilégier l'histoire nationale ? Dans ce cadre, qui fait l'histoire : rois, princes et présidents seulement, ou aussi travailleurs, scientifiques, paysans ? 

Les coupes effectuées notamment dans le programme de la classe de troisième semblent aller dans le sens d'un renforcement de l'histoire nationale et d'une vision traditionnelle de cette dernière, comme le constate avec indignation Bernard Girad, dont le bllet a été entionné plus haut. Adieu, construction de l'union européenne et grands mouvements sociaux. Les deux guerres mondiales, l'interminable suite de régimes politiques qui se sont succédés en France tout au long du XXe siècle, la vie et l'oeuvre de De Gaulle semblent se tailler la part du lion. Le tout est accompagnée de repères chronologiques bien classiques, qui déroulent les règnes des puissants de ce monde au fil des siècles.

On peut s'indigner de cette aproche très traditionnelle, mais n'oublions pas qu'elle est plébiscitée par une majorité de Français (et nombre d'historiens et enseignants d'histoire, comme on a pu le lire dans cet article très partisan du Figaro en 2012), nous fait observer l'historien Fabrice d'Almeida dans un article publié dans le journal La Croix. Il pointe l'opposition frontale qui existe entre les universitaires, "plutôt satisfaits" de l'enseignement actuelle de l'histoire, et les tenants d'une approche plus populaire, qui voient dans les choix actuels et notamment dans le relatif délaissement de la chronologie "l’abandon du récit commun que les Français ont partagé pendant un siècle". Le recentrage opéré cet été indiquerait-ils que les "populaires" ont gagné une manche de leur combat contre les "savants" ? 


Culture commune et globalisation

Il serait évidemment dommage de réduire la réflexion sur l'enseignement de l'histoire à une nouvelle querelle des anciens et des modernes. Plus fondamentalement, il convient de définir à quoi sert l'enseignement de l'histoire dans notre monde. "Au final, à quelle fabrication d’une culture commune l’histoire scolaire peut-elle apporter sa touche ?", se demande Laurence De Cock sur le blog Aggiornamento hist-geo. Une culture qui ne s'inscrit manifestement plus seulement, et plus d'abord, dans le cadre des états. La globalisation, dont la dimension économique est en marche depuis le XVe siècle selon le grand historien Fernand Braudel, se manifeste dans la moindre de nos activités. Internet en est une parfaite illustration...

Faudrait-il nier l'importance de cette réalité dans l'enseignement de l'histoire ? Mais, si l'on s'accorde sur le fait qu'il est nécessaire d'apprendre aux jeunes à "penser global", jusqu'où élargir la vision du monde, dans le temps et dans l'espace ? Certains, tel Fabrice d'Almeida cité plus haut, voient dans la personnalisation, une manière d'échapper à ce dilemne : "En personnalisant les récits apparaît la possibilité de sortir de ce dilemme. Sans doute est-ce pour cette raison que les historiens en reviennent à penser les questions psychologiques et les expériences vécues, à faire attention aux êtres et moins aux choses". 

Comme au Québec actuellement, l'enseignement de l'histoire en France fait débat. La tentation de revenir à "ce qui se faisait avant", san squ'on sache d'ailleurs très bien ce à quoi cela réfère, est toujours présente. Mais pouvons-nous vivre dans une société dynamique avec des méthodes et des contenus immobiles ?

Références :

Girard, Bernard. "Histoire-géographie au collège : des programmes allégés ou réorientés ? | Journal d’un prof d’histoire." Rue89 Les Blogs. 5 septembre 2013. http://blogs.rue89.com/journal.histoire/2013/09/05/histoire-geographie-au-college-des-programmes-alleges-ou-reorientes-231046.

De Cock, Laurence. "Programmes d’histoire, dégripper la machine d’abord ." aggiornamento hist-geo | Réflexions et propositions pour un renouvellement de l'enseignement de l'histoire et de la géographie du primaire à l'université. 5 septembre 2013. http://aggiornamento.hypotheses.org/1556.

Marseillan, Guillaume. "Sujets d’histoire-géo du bac 2013 : entre colère et polémique." Le blog des examens. 19 juin 2013. http://www.blog-examen.fr/bac-2013-sujets-histoire-geo-colere-polemique-1306191030.

Sevilla, Jean. "Qui veut casser l'histoire de France ?" Le Figaro. Dernière modification : 27 août 2012. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/08/24/01016-20120824ARTFIG00298-qui-veut-casser-l-histoire-de-france.php.

D'Almeida, Fabrice. "Des personnes et des histoires." Actualité | La-Croix.com. 13 juin 2013. http://www.la-croix.com/Culture/Actualite/Des-personnes-et-des-histoires-2013-06-13-973054.

Illustration : statue de Vercingetorix à Alesia, Jochen Jahnke, Wikimedia Commons

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