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La vraie-fausse problématique de la protection des idées

Dans un contexte où les préjugés sur le vol des idées sont tenaces, nourries à tort ou à raison par les porteurs d'idées et leur entourage, Daniel Solis invite à un changement de mentalités.

Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah , le 24 septembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 23 octobre 2013

Depuis quatre ans maintenant, le réseau Imagination For People organise annuellement InnovAfrica, un forum sur l'innovation sociale en Afrique. Au cours de ce forum, des jeunes viennent présenter leurs idées ou projets d'innovation et sont formés à améliorer leur présentation. A côté de cet événement, le réseau a mis en place une plate-forme de repérage des projets sociaux créatifs et de mise en relation des porteurs de projets.

La peur du vol des idées

 

Jusque-là, rien d'anormal. Sauf que chaque année, cette initiative n'attire pas les foules. Certes, ce réseau ne met pas systématiquement les porteurs de projets en contact avec les sources de financement. Ce qui est probablement un handicap. Mais si l'on creuse un peu, on constatera que les jeunes qui se lancent dans des innovations sociales et techniques craignent avant tout une chose :  le vol des idées. 

Ce n'est donc pas l'incompréhension des avantages de cet évènement qui est à accuser, mais la crainte d'être dépossédée d'une idée originale qui démotive certains participants. Ces derniers ont-il raison ? Non, répond Daniel Solis, un concepteur de jeux qui a toujours publié "ses idées sur son blog avant même qu’elles ne soient susceptibles de se concrétiser un jour".

Dans un billet de Framablog, site qui promeut la culture du libre et l'ouverture, il rétablit la vérité sur les idées. Selon lui, les idées ne sont pas si particulières. Pour qu'une idée soit valable, il faut qu'elle soit mûrie et fasse l'objet d'un travail approfondi permettant d'en faire reconnaître l'originalité. Au-delà, l'idée ne vaut rien si elle n'est pas suivie de réalisation, un processus bien plus complexe.

En outre, une idée n'est pas toujours la propriété d'un individu. Une seule idée peut être portée par beaucoup de personnes à la fois sans qu'elles aient été en contact. Enfin, l'idée relève toujours de l'abstrait. La concrétisation nécessite un investissement de la part du porteur de l'idée. Il termine sa démonstration en affirmant que la valorisation d'une idée prend beaucoup de temps et nécessite du travail.

Et de ponctuer : "Tout ça pour dire… Non, je ne suis pas effrayé par l’idée que quelqu’un me vole mes idées. En fait, c’est exactement le contraire. Je ne serais pas là si je n’étais pas si ouvert au sujet de mes processus de création. Je le fais publiquement depuis maintenant une dizaine d’années. Mais quand j’ai commencé, oui, j’avais peur !".

La protection des idées

 

L'inexistence d'instruments juridiques pour la protection des idées a le mérite de clarifier la situation. Une idée, aussi originale ou nouvelle soit-elle, ne peut être protégée. Seuls l'expression d'une idée et son développement concret peuvent l'être. Grâce à Internet, on peut rapidement trouver des idées portées par d'autres personnes, les faire aboutir ou les adapter. Le combat pour la protection des idées est donc perdu d'avance.

Dans un contexte où les préjugés sur le vol des idées sont tenaces, nourries à tort ou à raison par les porteurs d'idées et leur entourage, Daniel Solis invite à un changement de mentalités. Et quand ceci n'est pas gagné, on peut toujours préserver le confort psychologique de ses interlocuteurs en jouant le jeu.

Voir :

Framablog. "Vous n'avez pas peur que quelqu'un vous pique votre idée ?" Consulté le 24 septembre 2013. http://www.framablog.org/index.php/post/2013/08/29/voler-votre-idee

Illustration : Ivelin Radkov, Shutterstock.com

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