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Publié le 08 octobre 2013 Mis à jour le 21 décembre 2016

Crowdfunding : la confiance comme moteur du soutien

Pourquoi accepte t-on de donner ou de prêter de l'argent à un inconnu ? La réponse n'est pas évidente mais le crowdfunding, ça marche

Page d'accueil du portail Tousnosprojets.fr

La vie moderne nous a t-elle rendus individualistes, égoïstes, méfiants ? Pas toujours, si l'on en croit le succès des sites de financement participatif, ou crowdfunding. Ces plateformes font se rencontrer les porteurs de projets et ceux qui souhaitent les aider à les réaliser, grâce à un don ou à un prêt d'argent. Et ça marche : rien qu'en France, plus de 60 sites sont accessibles. Parmi les plus connus, citons My Major Company, plateforme généraliste tant dans les domaines des projets à financer que dans les modes de contribution (projets avec ou sans retour financier, avec ou sans déduction fiscale, etc.); KissKissBankBank, plutôt spécialisé dans les projets culturels financés grâce à des dons; Tous coprod, spécialisé dans le financement de films; Babyloan, qui met en relation des personnes cherchant à emprunter de l'argent à taux 0 pour créer leur activité professionnelle. Moins connue sans doute, la plateforme Lumo facilite le financement de projets d'énergies renouvelables menés avec des collectivités locales; Anaxago, dédié au financement des startups, avec un tiocket d'entrée au capital de 1000 euros au minimum. Le paysage est devenu si fourni qu'un portail intitulé Tousnosprojets.fr a très récemment vu le jour, qui permet aux donateurs potentiels de faire une recherche par type de projet plutpôt que plateforme par plateforme. 

 

En France, encadrement des pratiques de prêts entre particuliers

Le magazine RSLN, qui a récemment proposé un dossier sur le crowdfunding, estime que cette pratique draîne autour de 80 millions d'euros en France, près d'un milliard en Europe. On comprend alors que les autorités administratives et financières se soient préoccupées de l'encadrement de la finance participative. On comprend aussi que les banques aient envie de protéger leur modèle d'accès au prêt, celui qui, précisément, pousse nombre de porteurs de projets du côté de la finance participative, tant il est actuellement difficile d'obtenir un prêt bancaire à des conditions raisonnables.

Dans un texte dévoilé le 1er octobre dernier et qui fait l'objet de 6 semaines de consultation, la France propose de limiter le montant du prêt sans contrepartie à 250 euros par personne, et le montant global des projets à 300 000 euros. Pour travailler avec des sommes supérieures, les plateformes devront obtenir un agrément bancaire, devenir des banques et être soumises aux mêmes contrôles, en somme.

On note que le don n'est pas touché par ces propositions. Mais déjà, certains créateurs de plateforme se plaignent du plafond trop bas, selon eux, de prêt individuel. 1000 euros serait une somme plus raisonnable, dit le fondateur de la plateforme Prêt d'Union - Younited-credit  (plateforme de crédit entre particuliers).

 

La famille, les amis... et après ?

Au-delà des querelles de chiffre et d'un encadrement sans doute nécessaire pour limiter les risques de fraudes et d'impayés, il faut s'interroger sur les raisons du succès des plateformes de crowdfunding. Pourquoi acceptons-nous de prêter de l'argent, parfois sans aucun retour sur investissement à espérer, à des personnes que nous ne connaissons pas ? Pourquoi accordons-nous notre confiance à tel projet, tel porteur, et souhaitons-nous le voir réussir ?

En fait, l'image n'est pas aussi nette, ni aussi belle. Les projets qui n'offrent pas de contrepartie financière aux contributeurs dépassent rarement le "deuxième cercle", comme on le lit dans un récent article du Figaro : la famille du porteur de projet constitue le premier cercle et ses amis, ou les amis de ses amis, le deuxième cercle. Au final, les inconnus représenteraient quelques % seulement des contributeurs. Quand il y a retour sur investissement, l'audience, la participation et les montants collectés sont évidemment plus importants. 

 

Un gros capital de sympathie pour les entrepreneurs et la webculture

Le succès du financement participatif et du prêt pour aider à la création d'entreprise en particulier, tient aussi au fait que, contrairement aux idées reçues, la création de son propre emploi et de sa "boîte" est chose courante en France, même si les prêts accordés aux créateurs sont de plus en plus difficiles à obtenir. Les entrepreneurs ont bonne presse et sont vus favorablement par les particuliers qui leur donnent un coup de pouce. 

Enfin, il faut parler de la vogue de la désintermédiation, ce phénomène considérablmement accéléré par Internet et ses outils de communication : nous préférons financer des projets présentés par leurs créateurs eux-mêmes, dans une relation de personne à personne, que ceux qui auraient été choisis par notre banque, à partir de critères dont nous ne savons pas grand chose. Les effets de bouche à oreille fonctionnent à plein, dans le crowdfunding : les créateurs d'une web série adorée des Internautes ont ainsi récolté plus de 600 000 euros pour tourner les nouvelles saisons. Et en règle générale, plus le capital de sympathie des porteurs de projet est élévé sur la toile (une utilisation efficace des réseaux sociaux semble incontournable), plus les réalisations auront une chance de voir le jour. 

La pratique du crowdfunding remet un peu de relation interpersonnelle dans le prêt et le don d'argent, depuis longtemps confisqués par les organismes financiers d'une part, les organismes charitables d'autre part. Financer ce que je veux, quand je veux, parce que je fais confiance au porteur de projet, voilà le moteur du succès du financement participatif. Un état d'esprit qui n'assure certes aucune équité dans le traitement des dossiers, mais qui donne leur chance à des projets sur lesquels aucun investisseur sérieux n'aurait parié un centime. 

Références : 

Fumard, Camille. "Une nouvelle peau pour le crowdfunding ?" REGARDS SUR LE NUMERIQUE. 2 octobre 2013. http://www.rslnmag.fr/post/2013/10/02/Une-nouvelle-peau-pour-le-crowdfunding.aspx.

Drif, Anne. "L'Etat encadre strictement la finance participative." lesechos.fr. 1er octobre 2013. http://www.lesechos.fr/entreprises-secteurs/finance-marches/actu/0203035976529-l-etat-encadre-strictement-la-finance-participative-611773.php.

Grandmaison, Pascal. "Crowdfunding : pour tout savoir sur la pêche aux dons." Le Figaro. 31 mai 2013. http://www.lefigaro.fr/culture/2013/05/31/03004-20130531ARTFIG00587-crowdfunding-pour-tout-savoir-sur-la-peche-aux-dons.php.

Lymo. "Blog Lymo • 3 raisons expliquant le succès du crowdfunding en France." http://blog.lymo.fr/3-raisons-expliquant-le-succes-des-acteurs-du-crowdfunding-en-france/.

Jacquet, Julien. "Le succès du crowdfunding s'étend dans le secteur de la culture." BFMTV. 19 septembre 2013. http://www.bfmtv.com/video/bfmtv/societe/succes-crowdfunding-setend-secteur-culture-19-09-147326/.

Plateformes de crowdfunding citées dans l'article : 

My Major Company : http://www.mymajorcompany.com/ 

KissKissBankBank : http://www.kisskissbankbank.com/ 

Tous coprod : http://www.touscoprod.com/

Babyloan : http://babyloan.org/fr/ 

Lumo : https://www.lumo-france.com/ 

Anaxago : https://www.anaxago.com/

Younited Credit : https://www.younited-credit.com/

Tous nos projets : http://tousnosprojets.bpifrance.fr/

 


Mots-clés: Vie Financement Confiance Culture Succès Emploi solidarité Crowdfunding Prêt

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