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Étudiants invisibles et les locaux vides. Présence vs participation.

Des locaux vides 75 % du temps incitent à repenser l’organisation, l’aménagement et l’utilisation des espaces éducatifs.

Par Denys Lamontagne , le 14 octobre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 13 novembre 2013

Alone In University Lecture Hall - Michael Jung- ShutterStock

La présence des étudiants aux cours diminue considérablement dans les institutions qui offrent de l’apprentissage hybride (blended learning) et des cours en ligne. Il est fréquent que seuls quelques étudiants se présentent physiquement à leurs cours réguliers s’ils n’ont aucune obligation pénalisante à le faire. Des classes à moitié vides ne signifient pas pour autant que le cours est ennuyeux ou que la réussite est à la baisse.

Par ailleurs, beaucoup d’institutions tendent à concentrer la présence dans leurs salles de cours entre 10 hres et 14 heures, le reste des activités pouvant être faites ailleurs.

Ajoutez à cela le BYOD (Bring your own device - Apportez vos propres appareils) et nous obtenons un incitatif économique important à repenser l’organisation, l’aménagement et l’utilisation des espaces éducatifs, car une utilisation de locaux et des équipements de l’ordre de 24 % (30 heures (5 jours x 6 heures) sur 126 (14 heures par jour, 7 jours, de 8 à 22 heures) par semaine) parait injustifiable, d’autant moins si à peine 40 % des étudiants se présentent.

La gestion des pics d’achalandage

Mais il y a plusieurs moments où presque tout le monde est là : au début de l’année, lorsqu’il y a des événements spéciaux, des conférenciers, des animations, des laboratoires, des rencontres, des cérémonies et au moment des examens.  Il faut bien accueillir tout le monde à ces occasions.

Les réponses paraissent assez évidentes pour qui remet en question les façons de faire : nombre de ces activités peuvent être réparties dans le temps, d’autres comme les inscriptions, les examens ou l’accueil peuvent être décentralisées, les grands rassemblements vont dans les amphi, les labos dans les laboratoires, ce qui ne change pas, et le reste des activités dans un nombre plus restreint de locaux polyvalents et bien branchés, de la bibliothèque aux espaces publics, qu’il est possible de réserver à toute heure du jour. Il est même possible de louer des locaux externes pour des besoins extrêmes ou très occasionnels.

Le prestige des locaux

La masse des temples et des pyramides témoigne toujours de la puissance de ceux qui les ont érigé même des millénaires plus tard. Difficile pour des institutions prestigieuses de renoncer au charme des pierres et des formes.

Justement, si on fait l’inventaire des locaux de la plupart des institutions, rares sont celles qui peuvent se vanter de leurs cages à poules sous-équipées et de leurs locaux en rangée dignes de l’ère communiste. Surtout quand ils sont vides d’étudiants la plupart du temps et qu’il faut pourtant chauffer.

En réduisant le nombre des locaux et en augmentant leur variété, on peut se concentrer sur leur aménagement et leurs équipements; la conséquence directe est que leur attrait et leur prestige en font des lieux recherchés pour des utilisations optimales et que les activités offrant peu de valeur ajoutée, comme la transmission et la reproduction du même cours, sont reléguées dans Internet, où elles peuvent être améliorées et enrichies à un degré impossible à atteindre en classe.

Ainsi les locaux éducatifs deviennent plus prestigieux mais occupent moins d’espace que les monuments maussades de l’ère mécaniste.

Et la politique ?

La politique éducative touche à la fois l’organisation et la manière d’enseigner. Veut-on résister à la désaffectation des étudiants en les obligeant à être présents en classe ou encore encouragerons-nous les professeurs et les étudiants à une pédagogie de la participation où la transmission n’est plus l’activité principale ?

Sommes-nous prêts à faire migrer les millions consacrés à la construction d’édifices vers l’aménagement d’espaces d’animation et vers l’enrichissement du contenu et des outils ?

Voyons-nous les possibilités d’augmenter l’accessibilité :

  • en diminuant le coût des infrastructures et de leur entretien,
  • en optimisant l’utilisation des locaux,
  • en encourageant la mise en ligne de tout ce qui peut l’être,
  • en encourageant la participation à moindre coût au lieu de la présence comme principe de financement ?


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