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Les universités publiques françaises lâchées par l'état ?

La France est divisée au sujet des importantes modifications sur la gouvernance des universités

Par Alexandre Roberge , le 20 octobre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 20 novembre 2013

La loi LRU (Liberté et responsabilités des universités) instaurée par le gouvernement Sarkozy en 2007 visait à offrir une autonomie aux universités françaises. Le problème est qu'elle n'a jamais fait l'unanimité. Si, pour certains, elle a donné un coup de pouce permettant aux universités de l'Hexagone de redevenir compétitives, pour d'autres elle a rendu les établissements plus dépendants de l'État et les a placés dans des difficultés financières incroyables.

Avec l'avènement du gouvernement Hollande-Ayrault en 2012, nombreux sont ceux qui croyaient à une réforme importante de la LRU. Pourtant, il semble que le gouvernement socialiste marche dans les pas de Nicolas Sarkozy et de Valérie Pécresse, enrestant sourd à la détresse des responsables de certains établissements. Tout semble bon à la fois pour dépenser moins et recueillir plus d'argent de l'extérieur, comme l'a montré voici quelques mois la discussion, pas encore achevée, sur l'opportunité de faire cours en anglais des les universités françaises. 

Un désengagement financier

Le 17 septembre dernier, Anne Fraïsse, présidente de l’Université Paul-Valéry Montpellier 3, publiait un communiqué de presse s'en prenant directement au président Hollande et à sa ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche Geneviève Fioraso, où elle affirmait devoir faire des choix économiques difficiles et, par conséquent, fermer le site de Béziers à l'automne 2014. Elle devra effectuer mettre en place des quotas d'inscription, supprimer des postes d'enseignement, etc. C'était ça ou un défaut de paiement au dernier semestre de 2014.

Si cette décision bouleverse le milieu universitaire, la ministre Fioraso l'impute uniquement à la direction de l'Université Paul-Valéry Montpellier 3. Offusquée par ces accusations, madame Fraïsse a publié sur le site officiel de l'université tous les courriels et documents sur les dépenses de l'État et les difficultés financières de l'établissement universitaire. Ce bras de fer n’est qu'un des effets de la baisse régulière du financement public dans l'enseignement supérieur.

Car voilà ce que que cache ce débat sur ce que certains appellent déjà « la loi LRU 2.0 ». Un véritable désengagement de l'État français dans l'enseignement supérieur, qui dure depuis plus d'une décennie. Entre 2000 et 2011, la part de l'investissement d'état dans les universités est passée de 78,5% à 70,7%. Une baisse de près de 8%, obligeant les collectivités territoriales à augmenter leur contribution (de 5,2% en 2000 à 10,6% en 2011).

C'est un faux problème, disent certains, car les dépenses par étudiant sont plus élevées que par le passé. Or, il y a des ruptures statistiques qui mettent à mal cet argument. Et puis, il faut analyser où va l'argent. Il semble que les étudiants en STS ou en classe préparatoire aux grandes écoles bénéficient d'un apport de fonds publics plus important que les autres.

L'anglais pour attirer les étrangers

À la marge de ce débat général mais comme un symptôme de la chasse à l'argent frais, l'annonce de la possibilité d'enseigner en anglais dans des cursus entiers a provoqué l'ire du corps enseignant. La presse québécoise, très senseible à ce genre de nouvelle, n'a pas manqué de reprendre l'information. 

L'idée derrière cette décision est évidemment d'attirer les étudiants étrangers sur les campus de l'Hexagone. L'objectif avoué est de passer de 12 à 15% d'étudiants étrangers. Bien sûr, de nombreux Français estiment que ce choix menace la pérennité de l'enseignement supérieur en français. Une crainte quelque peu justifiée à la lumière des effets de politiques similaires en Allemagne et dans les pays scandinaves. D'ailleurs, les établissements allemands sont en train de tourner le dos à cette idée qui mettait à mal la langue germanique et sa promotion auprès des étudiants allemands et étrangers.

La France divisée

Dans ce dossier publié par Le Monde en avril 2013, on voit clairement que la décision divise. D'un côté, des recteurs et des spécialistes de la recherche se félicitent que le gouvernement Hollande continue dans la même voie que le gouvernement précédent et qu'enfin des cours de sciences soient donnés en anglais pour attirer la manne des étudiants étrangers.

Mais de l'autre côté, beaucoup sont scandalisés et horrifiés par le sort de la recherche et des universités françaises dans les prochaines années. Quand des universités pourtant financièrement saines comme celle de Paris-Descartes par exemple, ne peuvent plus offrir de postes d'enseignants pour assumer les nouvelles responsabilités financières, il y a de quoi être inquiet. 

Alors, l'université française est-elle engagée sur la voie salutaire de la mondialisation ou s'approche t-elle du précipice ? Le modèle a été fortement modifié avec la loi adoptée au printemps 2013. Pour certains hommes politiques et recteurs, cela est une excellente chose et amènera un futur radieux pour l'enseignement supérieur en France. Par contre, pour les étudiants et enseignants actuels et à venir, cette instabilité n'a rien de bon et ce sentiment que l'État délaisse ses responsabilités financières laisse craindre le pire.

IllustrationBrooke Becker, shutterstock

Références :

Dubois, Pierre. "Désengagement de l’Etat." Histoires d'universités. Dernière mise à jour : 3 mai 2013. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/05/03/desengagement-de-letat/.

Dubois, Pierre. "La dépense par étudiant diminue." Histoires d'universités. Dernière mise à jour : 30 octobre 2012. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2012/10/30/la-depense-par-etudiant-diminue/.

Dubois, Pierre. "Montpellier 3. Fioraso et Fraisse." Histoires d'universités. Dernière mise à jour : 21 septembre 2013. http://blog.educpros.fr/pierredubois/2013/09/21/montpellier-3-fioraso-et-fraisse-2/#more-22483.

Le Monde.fr. "Université, pourquoi une nouvelle réforme?" Dernière mise à jour : 21 mai 2013. http://www.lemonde.fr/idees/visuel/2013/04/25/universite-pourquoi-une-nouvelle-reforme_3166842_3232.html.

L'oeil de la rédaction. "Universités en anglais : les déboires européens." TV5MONDE. Dernière mise à jour : 22 mai 2013. http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Francophonie/p-25360-Universites-en-anglais-les-deboires-europeens.htm.

Maillard, Pascal. "Comment l’Etat saigne les universités françaises." POLARED - Petit observatoire des libertés académiques. Recherche, Enseignement, Démocratie. Dernière mise à jour : 21 septembre 2013. http://blogs.mediapart.fr/blog/pascal-maillard/190913/comment-l-etat-saigne-les-universites-francaises.

Rioux, Christian. "France - Universités: quand l’anglais divise les Français." Le Devoir. Dernière mise à jour : 25 mai 2013. http://www.ledevoir.com/international/europe/379048/universites-quand-l-anglais-divise-les-francais.

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