Articles

Le soutien scolaire : un choix ou une fatalité ?

En ville, la plupart des élèves tunisiens, du cours préparatoire à la terminale, prennent ou prendront des cours de soutien en plus de leur temps d'école. Une réalité qui cache bien des angoisses et des défaillances.

Par Om El Khir Missaoui , le 19 novembre 2013

Depuis son indépendance en 1956, la Tunisie a misé sur l’éducation avec un tiers du budget de l’Etat alloué à ce secteur. Cette politique s’est avérée payante puisque le taux d'illettrisme a considérablement baissé et que les besoins en cadres de différents niveaux ont été comblés. Tous les Tunisiens croient dur comme fer que le diplôme procure un emploi et cela a été exact pendant un certain temps. Mais l'incapacité de résorption des flux de diplômés par une économie fluctuante a fait que la tendance s’est inversée et que les diplômés chômeurs se comptent actuellement par centaines de milliers.

Au début, l'émigration et d'autres solutions plus ou moins expéditives ont constitué la soupape de sécurité pour l'emploi des moins qualifiés, des défaillants du système scolaire ou encore pour l'exode des cerveaux. Les temps sont autres et surtout plus durs : pour trouver un emploi, il faut encore plus de qualifications (les jeunes enchaînent ainsi les études, les stages et les formations), que dis-je, il faut dès le départ être au top, être le meilleur du meilleur. 

Une parente d'élèves déclare : Je n’ai pas le temps ni les compétences pour suivre ou aider mes enfants. Je ne connais pas bien les programmes officiels et je n’ai pas la pédagogie appropriée pour guider l’apprentissage de mes enfants. Comme il me semble que le seul temps scolaire n’est pas suffisant pour la maîtrise des contenus dispensés, mon seul recours c'est les cours supplémentaires. Aucune allusion ici à la surcharge horaire (on élude les temps de loisir) ou cognitive (l'essentiel c'est de tout réviser) ni au coût (quand on aime, on ne compte pas).

Il faut obtenir les plus hautes moyennes, étudier dans les collèges et lycées pilotes, faire les hautes écoles, c'est le leitmotiv de tout parent entraînant dans son sillage les éducateurs, les écoliers, les élèves et les étudiants dans une frénésie d'enseignement complémentaire (parallèle?) qui prend diverses formes : soutien scolaire organisé par l'établissement éducatif, cours particuliers donnés par les enseignants et dans ce cas cela se fait au domicile de l'apprenant ou dans un local aménagé pour les besoins de la cause. La réussite... à tout prix, réussite n'est pas prise au pied de la lettre car il s'agit plutôt de faire partie de l'élite. La législation en vigueur veille bien au grain avec la promulgation et le rappel des règles du jeu destinées aux enseignants (ne pas prendre en cours particulier ses propres élèves, ne pas cumuler enseignement dans le public et enseignement dans le privé, etc.) mais le phénomène a pris de l'ampleur et les déréglements sont fréquents. Notons toutefois que le phénomène est plutôt citadin.

Quelques enseignants, sollicités à propos de notre thème, n'ont pas manqué de centrer la réflexion sur les débordements et incongruités, étant peut-être à la base convaincus que l'aide scolaire est utile mais justement pas... à n'importe quel prix! 

Néji Omrani, un instituteur assistant de direction d'école, assure que les cours particuliers à la manière d'aujourd’hui sont, pour le moins qu’on puisse dire, hors de la déontologie du métier. Par contre, les activités complémentaires et récréatives, en dehors du temps réglementaire, c'est toujours magnifique. Seulement le problème pour lui reste toujours au niveau des programmes et de la politique éducative tunisienne. Est-ce qu’on va aider les enfants à consolider un mauvais choix ? De mauvais contenus ? Il faudrait les soutenir justement en leur proposant autre chose ! Leur apprendre à apprendre, à savoir apprendre ! Seuls comme des grands, ailleurs que dans les documents officiels. L'école n'e s'est jamais résumée à une pile de bouquins et des programmes... C'est une vision... un avenir... une POLITIQUE.

Pour une enseignante d'anglais, qui exerce dans un lycée de l'intérieur du pays et qui préfère taire son nom tant le sujet est tabou entre collègues, le soutien scolaire, notamment les cours particuliers donnés à domicile, posent un vrai problème aussi bien aux parents d’élèves qu’aux professeurs. En effet, c’est souvent le choix des parents de rehausser à tout prix le niveau de leurs enfants, d’où le manque de motivation et d’engagement de la part des apprenants.  ....je ne vous raconte pas le nombre d'anecdotes sur ce sujet. Le soutien scolaire est devenu petit à petit un business à part entière ...Des coûts exorbitants pour des parents dejà "saignés à mort" ....Autre phénomène frappant (mais jusque-là assez limité), c’est le chantage implicite auquel s'adonnent certains contre toute éthique : ou tu prends des cours particuliers chez moi ou alors c’est le "frigo" qui t’attend ..Ce frigo implique la neutralisation en classe et le gel des notes. Un soutien scolaire bien pensé doit respecter des normes établies quant au cadre, nombre d'élèves par groupe, coût, lieu avec des objectifs bien définis au cas par cas, avec des remédiations bien ciblées... C’est tout un travail d’accompagnement, d'aide, de réajustement, ce n'est certainement pas que des leçons payantes ...

Une enseignante chevronnée qui a exercé dans le secondaire puis dans le supérieur pense que le soutien scolaire ne devrait pas être une règle générale et ne devrait en aucun cas "remplacer" le cours en classe, chose qui devient une réalité. Les élèves qui ont des difficultés particulières ou des retards pourraient être encadrés en dehors de la classe jusqu'à ce qu'ils rattrapent leurs camarades. Il ne faudrait pas habituer les élèves à la facilité et à la dépendance.

N'empêche, dans tout cet imbroglio, il reste des alternatives pour les parents les plus "sereins". Ils peuvent en effet orienter leurs enfants vers les ressources d'apprentissage en accès gratuit sur Internet. Voici un répertoire de sites éducatifs qui fait le tour des réseaux sociaux en ces temps d'examen du premier trimestre.

RÉFÉRENCES

allAfrica.com: Accueil. "allAfrica.com: Tunisie: Soutien scolaire à domicile - La réussite... à tout prix." Dernier accès le 19 Novembre 2013. http://fr.allafrica.com/stories/201212241907.html.

Fichier PDF. "Aperçu du fichier تربويّة مفيدة.pdf - Page 1/2." Dernier accès le 19 Novembre 2013. http://www.fichier-pdf.fr/2013/11/14/fichier-pdf-sans-nom-5/preview/page/1/.

Illustration : World Bank Photo Collection via photopincc

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné