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Récit transmédia : où est l'auteur ?

Le récit transmédia se développe rapidement. Comment l'industrie du divertissement intègre t-elle cette nouvelle conception de l'oeuvre ?

Par Alexandre Roberge , le 24 novembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 15 janvier 2014

Vous l'avez sans doute remarqué, les web séries ressemblent de plus en plus aux séries télévisées. Voyez par exemple House of Cards, produit par et pour Netflix et donc diffusé exclusivement sur la toile : on jurerait une série télélvisée de prestige, avec acteurs connus et multiples décors.

Le rapprochement des genres touche aussi le jeu vidéo. On ne compte plus les livres ou films à succès qui sont déclinés en jeux de console. Mais le plus intéressant réside dans l'interaction entre les différents supports d'une même histoire : par exemple, le jeu vidéo Defiance dont nous avons déjà parlé ici, offrait un univers de science-fiction où les joueurs effectuaient des missions. Le résultat de leurs actions avait un impact significatif sur l'évolution d'une série télévisée diffusée en même temps. Ce phénomène s'appelle le transmédia, qui désigne le dépliement d'une histoire sur différents supports en même temps ou successivement, avec ou sans interactions.

Le transmédia tire sa popularité de la multiplication des terminaux connectés tels que les tablettes, les téléphones, etc. Et les entreprises voient à long terme. Par exemple, un des titres à venir sur la plus récente console de Microsoft aura sa propre websérie. Une autre franchise phare de la compagnie américaine deRécit transmedia : où est l'auteur ? jeu vidéo Halo, aura aussi sa série télé qui sera produite par Steven Spielberg. Sans compter qu'il y aura d'autres jeux, romans et bandes dessinées qui enrichiront l'univers de science-fiction. Ce qui obligera à une refonte importante du droit de la propriété intellectuelle, de manière à protéger des oeuvres qui n'existent pas encore, sur de nouveaux supports ! 

De nouveaux métiers

On s'en doute, ces histoires qui utilisent Web, télé, cinéma, jeux, livres et même de la géolocalisation, sont écrites et réalisées à plusieurs mains. Comme le montre le Transmedia Lab de la compagnie Orange, de nouveaux métiers apparaissent dans l'industrie du divertissement. Des postes qui n'existaient pas quand chaque média fonctionnait en silo.

Il faut, entre autres, un producteur qui chapeaute la totalité du projet, des auteurs qui vérifient la cohérence de l'histoire au travers des différents moyens de communication et des spécialistes qui développent ces expériences médiatiques. Le but de tout cela est d'immerger (on pourrait parfois dire "emprisonner") l'utilisateur dans un réseau de déclinaisons de ses héors favoris, à consommer sur tous supports. Une tâche colossale qui change aussi les façons de travailler.

De nouvelles qualités pour les narrateurs

L'idéal serait, évidemment, que tous ces postes se retrouvent sous le même toit. Si certains éditeurs, comme Scholastic, ont effectivement développé une unité transmédia à l'intérieur de la compagnie, la plupart préfèrent distribuer les tâches entre plusieurs sous-traitants. Voilà une qualité essentielle et primordiale pour les travailleurs transmédia : savoir travailler avec les autres. Ce qui est plus facile à dire qu'à faire, car une jeune entreprise indépendante sur le Web ne fonctionne pas du tout comme une unité de production télévisée ou un studio de cinéma. 

Si le transmédia a créé de nouveaux emplois dans le domaine du divertissement, ces postes ne sont pas figés. Les travailleurs doivent être prêts à changer souvent d'affectation. Dans un domaine en si grande ébullition et n'ayant pas de modèle économique et organisationnel clair, personne ne peut se cantonner à une seule tâche.

Comme le rappelle cette vidéo, les storytellers (raconteurs d'histoire) modernes doivent garder constamment à l'esprit que l'utilisateur a conquis un certain pouvoir. Il faut dire adieu au consommateur passif qui gardait ses opinions pour lui-même ou ses proches. Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux et les blogues, l'audience a un pouvoir important sur la pérennité d'une œuvre. Les amateurs d'un monde de fiction développent des communautés et les plus malins peuvent vite noter les incohérences ou dénoncer des expériences médiatiques médiocres. 

Le transmédia modifie donc considérablement la manière de raconter des histoires. En multipliant les supports, il demande une forte coordination afin de garantir la cohérence globale de l'univers. Sans oublier de conserver un oeil ouvert sur les réactions du pubic.

Illustration : Maxx-Studio , shutterstock

Références :

Kopp, Ingrid. "The 15 Things I've Learned about Transmedia Storytelling." Indiewire. Dernière mise à jour : 14 octobre 2013. http://www.indiewire.com/article/the-15-things-ive-learned-about-transmedia-storytelling.

Lillah, Sarmad. "Microsoft Plans to Work on Long Term Transmedia IPs." SegmentNext. Dernière mise à jour : 28 octobre 2013. http://segmentnext.com/2013/10/28/microsoft-plans-work-long-term-transmedia-ips/.

Transmedia Lab - plateforme francophone sur le transmedia. "Métiers." Consulté le 20 novembre 2013. http://www.transmedialab.org/metiers/.

Roberge, Alexandre. "Jeux vidéo et bibliothèques : un mariage de cœur et de raison." Thot Cursus. Dernière mise à jour : 15 mai 2013. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/19881/jeux-video-bibliotheques-mariage-cour-raison/.

Stöcker, Nicole. "Storyworlds: Cooperation in Transmedia – how does it work?" The Frankfurt Book Fair Blog. Dernière mise à jour : 18 juillet 2013. http://blog.book-fair.com/2013/07/18/faq-summer2013-storyworlds/.

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