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Le handicap invisible : les lacunes en littératie

Près d'un Québécois sur deux a un niveau déficient de littératie

Par Alexandre Roberge , le 01 décembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 22 janvier 2014

L'analphabétisme est un fléau. Qu'il touche les plus jeunes ou les adultes, ces individus sont mal barrés pour les défis qui les attendent : que ce soit pour comprendre une clause de contrat, un manuel d'instructions, une posologie ou, plus globalement, un article de journal sur un enjeu de société. Et il y a de quoi s'inquiéter quand le Conseil supérieur de l'éducation du Québec en vient à la conclusion que près de la moitié des Québécois adultes (49 %) ont des problèmes de littératie.

Un constat effarant

En 2003, l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes avait révélé cette statistique effarante. Or, après de nombreuses consultations sur le terrain, le Conseil convient que ce nombre est encore d'actualité. Ce serait ainsi toujours entre 2,5 et 2,7 millions de Québécois entre 16 et 65 ans qui sont sous le seuil fonctionnel de littératie. Il n'y aurait donc eu aucune amélioration en une décennie! Qui ont les plus grandes lacunes? Les plus vulnérables de la société québécoise. Les prestataires d'aide sociale, les personnes handicapées, les Amérindiens, les immigrants et les gens âgés de 65 ans et plus.

Il faut toutefois relativiser le constat. Paul Bélanger, ex-président du Conseil international de l'éducation des adultes, note que le Québec n'assiste pas tant à une multiplication d'analphabètes plutôt qu'une intensification de l'environnement lettré. Avec l'usage plus grand des technologies de l'information et l'arrivée d'appareils plus sophistiqués dans les industries, beaucoup de Québécois n'ayant jamais eu besoin d'avoir un haut niveau de lecture se retrouvent soudainement devant des tonnes de texte à déchiffrer.

L'école et le gouvernement pointés du doigt

Qu'est-ce qui serait responsable d'un si faible niveau de littératie chez les Québécois adultes? Le Conseil supérieur de l'Éducation cible tout d'abord l'école. Le problème ne viendrait pas de programmes de français déficients, mais plutôt du fait qu'ils ne suscitent pas suffisamment l'envie de lire et d'écrire au-delà de la formation. En effet, une fois le diplôme obtenu, les étudiants québécois délaisseraient majoritairement la pratique de la lecture et de l'écriture.

Deuxième groupe ciblé par le Conseil : le gouvernement. Le Conseil supplie dans son rapport que les instances gouvernementales fassent de cet enjeu une priorité. Il est important que les ministères de la Culture, de l'Éducation et de la Santé et des Services sociaux, entre autres, se concertent pour créer des politiques publiques qui faciliteront la littératie des Québécois et qui encourageront les organismes qui donnent aux adultes des moyens d'améliorer leurs compétences de lecture et d'écriture au cours de leur vie.

Car, heureusement, en plus des nombreuses formations pour les adultes partout dans la province, plusieurs régions du Québec ont développé des programmes spécifiques pour épauler les adultes et rehausser leur niveau de littératie. Certaines municipalités invitent ces gens à participer à des événements qui, petit à petit, permet de leur redonner l'envie de lire et d'écrire; que ce soit par des ateliers de création ou l'intégration de ces gens à la vie démocratique municipale. Par contre, la plupart de ces organismes et projets sont dans une grande précarité financière qui ne favorise pas la promulgation de services auprès de la population.

Le Conseil compte aussi sur des initiatives populaires pour donner le goût de la lecture autant chez les 7 à 77 ans. La campagne « La lecture en cadeau » en est un bon exemple. Il aimerait également que les milieux professionnels fassent comme ceux en Suède qui encouragent fortement les travailleurs à se former tout au long de leur carrière.

Il ne font donc pas croire que le Québec est dans un marasme d'analphabétisme, mais le rapport sorti en septembre par le Conseil sonne une alarme. D'ailleurs, 2 mois après sa sortie et quelques coups de gueule des éditorialistes, le gouvernement actuel a affirmé vouloir déposer un plan d'action à l'automne 2014. Aux yeux des nombreux organismes et observateurs de l'alphabétisation, il était temps.

Illustration : Suzanne Tucker, shutterstock

Références :

Breton, Brigitte. "Chouette, vous savez lire." Le Soleil. Dernière mise à jour : 24 septembre 2013. http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/editoriaux/201309/23/01-4692404-chouette-vous-savez-lire.php.

Gobeil, Isabelle. "Un engagement collectif pour maintenir et rehausser les compétences en littératie des adultes." Conseil supérieur de l'éducation. Dernière mise à jour : Septembre 2013. http://www.cse.gouv.qc.ca/fichiers/documents/publications/Avis/50-0482-01.pdf.

Mathieu, Annie. "Près de la moitié des adultes ne savent pas lire" Le Soleil. Dernière mise à jour : 18 septembre 2013. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201309/17/01-4690398-pres-de-la-moitie-des-adultes-ne-savent-pas-lire.php.

Mathieu, Annie. "Québec s'attaque au drame de l'analphabétisme." Le Soleil. Dernière mise à jour : 18 novembre 2013. http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/education/201311/17/01-4711721-quebec-sattaque-au-drame-de-lanalphabetisme.php.

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