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Savourer la grâce des bâtiments abandonnés

Le phénomène des explorateurs urbains s'amplifie. Mais qui sont ces aventuriers citadins qui bravent les lois?

Par Alexandre Roberge , le 15 décembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2014

La ville est un drôle d'écosystème. Elle s'étend sans cesse. Il s'y construit des résidences, des routes, des voies pour le transport en commun, des casernes, des souterrains et etc. Or, nous n'avons accès en général qu'à la surface de ces constructions. Nous devons nous promener dans les voies et entrées prévues à cet effet. C'est sans compter tout ce parc de bâtiments abandonnés dont l'accès nous est interdit d'accès pour notre sécurité.

Or, on le sait, les interdits sont faits pour être bravés. Ainsi, depuis longtemps, bien des gens défient les lois en se faufilant là où ils n'ont pas le droit d'être afin d'explorer et de s'approprier un peu la ville. C'est dans les années 90 que le Canadien Jeff Chapman, connu sous le pseudonyme Ninjalicious, invente le terme officie de cette activité, l'urbex (diminutif de urban exploration ou exploration urbaine en français), avec son fanzine Infiltration. Puis avec Internet et les sites de partage de photos et de vidéos, ce loisir est devenu à la mode.

Des photographes ninjas

Le pseudonyme de Chapman correspondait bien à l'idée de l'urbex. À la manière des assassins du Japon féodal, les explorateurs urbains entrent subrepticement dans un lieu. Ils ne sont pas des vandales ni des voleurs. Les seules choses qu'ils prennent sont des souvenirs et des photos de leurs escapades. Et avec Internet, il est désormais facile de partager les clichés sur différents sites qui peuplent la Toile.

Quand on consulte ces plateformes de partage, on se rend compte que ce qui intéresse le plus ces prospecteurs nouveau genre, ce sont les bâtiments désertés. Vieilles prisons, hôpitaux délabrés, centrales nucléaires désaffectées, châteaux à l'abandon; ces lieux où il y eut une vie trépidante autrefois donnent des frissons aux explorateurs. Comme le dira David de Rueda, webmestre d'urbex.fr et cosignataire d'un blogue et documentaire sur les endroits abandonnés de l'Amérique, ces constructions continuent de vivre même lorsque l'humain n'y est plus.

Illégal, mais peu sanctionné

Ces photographes et voyageurs agissent méthodiquement quand vient le temps de visiter un lieu. Ils observent les failles dans les clôtures, les murs faciles à enjamber et les alarmes qui protègent certains bâtiments. Car la difficulté n'est pas d'entrer; elle est plutôt d'explorer ces endroits sans que les autorités rappliquent. Pourtant, cette éventualité ne fait pas tellement peur aux explorateurs urbains. Il faut dire qu'il y a un vide juridique autour de la question en France. L'activité est interdite, mais il n'y a pas de réelles sanctions contre ceux qui ne dégradent rien. La plupart des fautifs sont placés quelques heures en garde à vue avant d'être relâchés.

D'ailleurs, le stress de se faire prendre pimente l'exploration urbaine. Cette bravade est excitante, bien qu'elle rende les périples plus angoissants, particulièrement chez les explorateurs néophytes.

En revanche, à cause de la popularité grandissante de l'urbex, les « professionnels » craignent que des malheurs arrivent à ces amateurs. Après tout, ces lieux abandonnés ne sont pas exempts de tout danger. Certains planchers sont pourris, il y a souvent de l'amiante dans les vieilles usines qui peuvent créer des dommages sérieux et il y a des risques d'éboulements dans les souterrains et catacombes. Des explorateurs pensent que le risque d'accident mortel augmente, ce qui peut renforcer la pression des policiers et causer une baisse de cette pratique.

Néanmoins, ils restent optimistes. L'exploration urbaine semble bien installée. Depuis longtemps, des gens sont attirés vers les lieux abandonnés pour les visiter comme une exposition de musée. Si l'on ajoute à cela le nombre croissant de plateformes pour partager sa passion et ses clichés, il n'y a pas beaucoup de risque que le mouvement s'affaiblisse dans les prochaines années.

Illustration : Huguette Roe, shutterstock

Références :

Baldit, Étienne. "Avec des explorateurs urbains : « Entrer, c’est qu’une étape » - Le nouvel Observateur." Rue89. Dernière mise à jour : 11 novembre 2012. http://www.rue89.com/rue89-culture/2012/11/11/avec-des-explorateurs-urbains-entrer-cest-quune-etape-236736.

Siméon, Gabriel. "David de Rueda. Urbi et urbex." Libération. Dernière mise à jour : 7 mai 2013. http://www.liberation.fr/societe/2013/05/07/david-de-rueda-urbi-et-urbex_901543.

Urban Escape. Consulté le 12 décembre 2013. http://www.urbanescape.fr/.

Urbex playground. "Urbex playground | Urban and rural photographic exploration." Consulté le 12 décembre 2013. http://www.urbexplayground.com/fr.

Les voyages de Seth et Lise. "Urbex pour débutant à Montréal." Dernière mise à jour : 8 avril 2013. http://www.sethetlise.com/article-urbex-pour-debutant-a-montreal-116900615.html.

Urbex.fr | Exploration Urbaine par David de Rueda. Consulté le 12 décembre 2013. http://www.urbex.fr/.

Urbex.Me. Consulté le 12 décembre 2013. http://www.urbex.me/.

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