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Socle commun vs autonomie et envie d'apprendre : le vrai débat éducatif

Un peu plus de la même chose donne t-il des résultats différents ?

Par Denys Lamontagne , le 16 décembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 17 décembre 2013

A Man Fill Knowledge - Ratch - ShutterStock

La logique PISA

D’un pays à l’autre, d’une autorité à l’autre, les politiques gouvernementales en éducation s’inspirent sensiblement des mêmes concepts et des mêmes modèles, à quelques variantes près. Ainsi on définit des «troncs communs» des «socles de connaissances», des «compétences transversales» que tous devraient maîtriser.

À la sortie, tous ont pourtant des connaissances différentes, car on n'apprend réellement que ce que l’on veut bien, et un bon nombre ne maîtrisent absolument pas des pans entiers de ce «tronc commun» même après 12 ans d’enseignement. Mais tous ont été soumis à la même logique «obligataire», dans une espèce d’obsession de gestion, de comparaison et d’évaluation, obsession qui maintenant dépasse même les frontières avec le PISA et autres palmarès des institutions et des systèmes d’éducation.

Vouloir s’affranchir de cette logique est politiquement difficile; les intérêts de beaucoup de gens en dépendent et les arguments en sa faveur font quasi consensus même si la plupart sont de l’ordre du préjugé (les mathématiques sont essentielles) ou de la tradition (j’ai été soumis à ce système et j’ai réussi). Pour la changer, la seule avenue probable est celle de la transformation des mentalités : «cette façon de faire qui était acceptable, ne l’est plus pour diverses raisons».

Le nécessaire

Si un ensemble commun de connaissances semble nécessaire pour pouvoir fonctionner en société, le définir précisément et le rendre obligatoire est contre-productif presque par définition puisqu’il est déjà «nécessaire» et que de plus il est dynamique et variable dans le temps et le territoire. Le «nécessaire» ne se décrète pas; il se définit en rapport avec ce que l’on veut faire.

Le «ministre de l’éducation» du pays veut ajouter ici un cours d’histoire obligatoire, là de l’anglais obligatoire au primaire, là encore un cours de morale, de philo, de sciences, d’art, d'informatique, d’éducation physique, de TICe, de cuisine, etc. et il y est encouragé par tous les lobbies possibles; quitte à même augmenter le nombre d’heures à l’école.

Un peu plus de la même chose donnera t-il des résultats différents ?

Ce «un peu plus de la même chose» consiste presque toujours à un peu plus de «matière certifiée» à assimiler et à un peu plus de temps enfermé dans une classe, à peu bouger, à peu communiquer et à peu apprendre quoique l’on en pense. Ce régime n’est bon pour personne, même physiquement. Les élèves n’y contrôlent presque rien. Et pourtant c'est ce qui est presque uniquement débattu.

Ailleurs, ce qui bourgeonne à plusieurs endroits consiste à plus de choix, plus de communication, plus de mouvement, plus d’interactions, d’échanges, de liens et d’autonomie. La nécessité est de ce coté. Les Soles (Self-Organised Learning Environments) en sont un bon exemple tout comme la popularité et les succès de la «Classe inversée».

La multi-résistance

Dans cet esprit de comparaison continue et de compétition, quel politicien irait réduire le temps disciplinaire au profit d’activités libres ? Qui oserait transformer l’école en un lieu d’étude ouvert avec des professeurs disponibles ?  Qui offrirait le choix de cours de langue, d’art, de sciences ou d’éducation physique pour ceux qui atteignent les standards de base ?  Celui qui verra au delà de PISA et de standards arbitraires. Ce choix, on peut maintenant l’offrir plutôt que de soumettre tous les élèves au diktat du groupe, de l’âge ou de la performance.

Les professeurs consciencieux sont habituellement ouverts à tout ce qui peut permettre d’améliorer le succès de leur enseignement tout en leur facilitant la vie; s’il y a résistance de leur part, elle provient le plus souvent de l’absence de soutien de leur administration.

Mais de façon surprenante, ce sont les étudiants qui résistent le plus au changement; si on ne leur a que peu fait confiance jusqu’ici c’est assurément parce qu’ils sont incapables de se contrôler et de prendre les bonnes décisions en ce qui les concerne. Même adolescents, les réponses qu’ils donnent aux enquêtes traduisent un réel manque de confiance quant à leur jugement. Ils préfèrent faire confiance aux autorités et aux garanties d’emploi offertes par un diplôme reconnu standard.

«Quand nous avons demandé leurs préférences aux (300) étudiants avant le cours, 75 % ont dit préférer une méthode traditionnelle. À la fin du cours, 86 % ont dit préférer le format inversé.  Nous avons inversé leurs préférences».

«9 de ces étudiants sur 10 ont dit que leur apprentissage était amélioré et près de 100 % que ce modèle les aide à développer des habiletés utiles dans leur carrière.»

Exploiter le potentiel de la formation en ligne à l’école relève encore presque de l’utopie en 2013. Il y a là un incongruité entre d'une part les ambitions de personnalisation et d’autonomie affichée par la plupart des systèmes d’éducation, les avantages économiques et l’amélioration des taux de succès et d’autre part l’interdiction de son utilisation dans le système éducatif officiel. S'en servir permet justement d'offrir des choix et de laisser plus d'autonomie.

Communes les connaissances ?

La question de savoir quelles sont les connaissances communes à maîtriser revient à définir ce que nous voulons faire collectivement, sans restreindre les libertés individuelles.

Le dénominateur commun ressemble à «communiquer, raisonner et… aimer». C’est ce que tous nous faisons et souhaitons faire normalement. Ce qui favorise la communication (la langue, l’expression, l’art), ce qui favorise le jugement (y compris les mathématiques, la culture, le jeu), ce qui favorise la tolérance (la diversité des points de vue, des expériences). On établit les standards communs, qui visent l’autonomie de base, puis on permet le choix des intérêts, ce qui n’a pas de limites. Pas besoin de faire long ni compliqué.

Ainsi on limite la contrainte au minimum. La nécessité et l’intérêt la remplacent tellement mieux.


Références

PISA - OCDE - http://www.oecd.org/pisa/

Flipped classroom boosts exam grades, flips perceptions - eCampus News

SOLEs as Innovation - Self-Organised Learning Environments -  Sugata Mitra

Les enfants moins en forme que leurs parents au même âge - Le Figaro

La ministre Malavoy fait la sourde oreille - Communiqué Féépeq - .pdf

The internet can harm, but can also be a child's best tool for learning - Sugata Mitra - The Guardian -

Réduction des heures de cours dans l'enseignement primaire - Blogue Lire-Écrire

L'école, cabane à lapins - dans Questions de classe(s) de Bernard Collot

Temps scolaire: arrêtons la catastrophe! - Blogue Mediapart

Test Scores Sink as New York Adopts Tougher Benchmarks - New York Times

Cours d’histoire obligatoire au collégial - FECQ

Le «socle commun» en France - MEN
http://www.education.gouv.fr/cid2770/le-socle-commun-de-connaissances-et-de-competences.html

  • La maîtrise de la langue française
  • La pratique d’une langue vivante étrangère
  • Les principaux éléments de mathématiques et la culture scientifique et technologique
  • La maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication
  • La culture humaniste
  • Les compétences sociales et civiques
  • L'autonomie et l’initiative

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