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Le pouvoir des blogueurs en Afrique

Organisés, fédérés, les blogueurs d'Afrique assument leur rôle de contre-pouvoir.

Par Philippe Menkoué , le 17 décembre 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 05 février 2014

Bloguer fait désormais partie des activités favorites de nombre d’Africains. Journalistes ou simples citoyens (en colère pour la plupart, ou tout simplement décomplexés), ils sont nombreux à tenir des blogs. Et même s’ils ne sont pas toujours pris très au sérieux, les bloggeurs africains semblent occuper une place de plus en plus importante dans les débats démocratiques et tentent à leur manière et à leur niveau, d’influer sur la marche de leurs pays. Mais, pour quels résultats au final?

L’émergence d’un contre-pouvoir ?

S’il est indéniable que les médias sociaux de nos jours (du moins leur usage), constituent un véritable contre-pouvoir, c’est dire le rôle essentiel que peuvent jouer les blogueurs pour l’évolution de leurs pays. A condition de s'organiser.

Conscient du pouvoir limité qu’ils peuvent avoir sur l’évolution de leurs pays chacun pris individuellement, les blogueurs africains recourent de plus en plus à des moyens d’actions collectifs. Une synergie qui se traduit par la mise en place de plus en plus d’associations et autres collectifs qui, comme l’explique Mathieu Olivier de Jeune Afrique : « sont devenues plus ou moins consciemment des acteurs du jeu politique national » pour certaines. Ainsi, de la Côte d’Ivoire au Cameroun en passant par le Burkina Faso, le Mali ou le Sénégal, on ne compte plus les collectifs ou autres réseaux de blogueurs. Après tout, l’union ne fait-elle pas la force, comme dit l’adage ?

Une force issue de la fédération de leurs actions individuelles afin d’avoir un meilleur impact sur la marche du pays. Comme l’affirme le blogueur malien Lancinet Sangaré « il faut que le pouvoir en place sache qu’il y’a une veille active autour de ses actions ».

Cependant, tous ces collectifs ne se limitent pas à jouer le rôle, ouvertement assumé ou pas, de sentinelle face au pouvoir en place. Certains optent plutôt pour une sorte d’accompagnement de l’Etat dans l’accomplissement de ses fonctions régaliennes et/ou s’engagent tout simplement en faveur du changement social, fut-il au niveau politique, économique ou social (surtout) à travers diverses actions. L’on observe ainsi une profusion de projets et autres initiatives lancés par ces collectifs à l’instar de cette campagne pour lutter contre le tribalisme initiée par le collectif de blogueurs camerounais BloggersCM sur Facebook.

Mais peut-on déjà vraiment parler de contre-pouvoir sérieux ?

Un contre-pouvoir aux effets (encore) assez limités… tout de même

Bien que les blogs aient fini par mettre fin au monopole des canaux de diffusion traditionnels (télévision, radio et presse écrite) comme le souligne Matthew Gross, les effets de ce foisonnement de blogs et surtout d’associations de blogueurs en Afrique subsaharienne, semblent encore assez limités. Plusieurs réalités l’expliquent. On peut citer par exemple ;

- la méconnaissance de ces associations ou autres collectifs de blogueurs, de leurs actions par le grand public, qui s’explique peut-être aussi bien par la relative jeunesse de ces mouvements que par leurs actions encore assez limitées. Mais, ne dit-on pas que « petit-à-petit, l’oiseau fait son nid » ?

- Les problèmes d’accès à Internet. Si les médias sociaux (et Internet en l’occurrence) ont contribué au « succès » des révolutions arabes dans le Maghreb, c’est peut-être parce que dans cette partie du continent, le taux de pénétration d’Internet n’est pas le même que dans les pays d’Afrique subsaharienne francophone. Car, malgré ses nombreux atouts, Internet reste inaccessible pour bon nombre de citoyens de ces pays pour diverses raisons (coûts, indisponibilité du service, etc.) ce qui limite considérablement la marge de manœuvre des cyber-activistes vivant dans cette partie du continent, vu que leurs actions se limitent à la seule sphère du virtuel. Ne peuvent donc en être informé que ceux qui y ont accès.

Même si beaucoup d’interrogations subsistent encore, notamment sur la « désignation » et le statut juridique de ces regroupements (doit-on parler d’associations, de collectifs ou de réseaux ?), sur leurs ambitions réelles et sur leurs modes d’actions, une chose est sûre, c’est qu’Internet ne cesse de susciter des vocations et l’on semble vivre l’âge d’or du blogging en Afrique subsaharienne. On ne peut conclure qu’en souhaitant bon vent à toutes ces initiatives qui pour le moins, restent citoyennes.

 

Références :

- Olivier, Mathieu in Démocratie et Internet : les associations de blogueurs, émergence d’un contre-pouvoir ; Jeune Afrique, publié le 15 novembre 2013. Lien : www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAWEB20131113173522/

- Aboukam in Côte d’ivoire : une association pour les blogueurs ivoiriens ; Les blogs autour du web, Publié le 09 septembre 2013. Lien : www.aboukam.net/2013/09/09/cote-divoire-une-association-pour-les-blogueurs-ivoiriens/

- Campagne de sensibilisation sur les dangers du tribalisme lancée par l’Association des blogueurs camerounais sur Facebook. Lien : https://www.facebook.com/BloggersCM

- Gross, Matthew in Les blog: un pouvoir d’action collectif au service d’un monde meilleur, UNICEF ; Consulté le 17 décembre 2013. Lien : www.unicef.org/french/people/people_23897.html

Illustration : VERSUSstudio, Shutterstock.com

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