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Coordinateur de formation à distance : une fonction cruciale

Par Om El Khir Missaoui , le 27 avril 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 29 avril 2010

La coordination, un métier à part entière

Le bon fonctionnement d'un dispositif de FAD, qu'il soit hybride ou totalement à distance, requiert l'intervention d'une instance de coordination qui veille à la bonne circulation de l'information et qui supervise l'articulation harmonieuse de toutes les prestations des multiples acteurs impliqués. On ne se demande pas forcément comment ou pourquoi ça marche mais dès qu'il y a un dysfonctionnement quelconque, on se prend à dire que la présence d'un tel maitre d'oeuvre est vitale dans tout dispositif de FAD. Nous avons sollicité trois experts dans ce domaine afin de mieux cerner la fonction de coordination :


  • Saïd BERROUK, actuellement chef de département de l’information scientifique et technique dans un centre de recherche sur l’information et les TIC. Informaticien de formation et doctorant en sciences de l’éducation sur le thème du tutorat, il a été impliqué dans tous les rouages de la FAD, depuis sa propre formation à distance  (DESS UTICEF), la conception de formation en ligne,  jusqu'au tutorat dans plusieurs dispositifs. Il participe comme expert auprès de l’AUF dans la conception d’ateliers de formation sur les TICE et également dans le projet algérien de télé-enseignement où il est membre de la commission nationale.
  • Virginie LOPEZ a été successivement coordinatrice et tutrice pour le master UTICEF (Utilisation des TIC dans l’Enseignement et la Formation) et présentement tutrice pour le master ACREDITE (Analyse, Conception et Recherche dans le Domaine de l’Ingénierie des Technologies en Education) pour l'Université de Genève. Elle est ingénieure pédagogique chargée de l'introduction des TICE à l'INSA (institut national de sciences appliquées) de Strasbourg.
  • Mariana VIEIRA : coordinatrice à TECFA à Genève pour les master UTICEF et  ACREDITE qui relèvent de l’Université de Cergy-Pontoise (France), l’Université de Mons (Belgique), l’Université de Genève (Suisse). Assistante d’enseignement et recherche dans le domaine des Technologies Educatives, elle a été co-tutrice des modules TECFA à Uticef et tutrice des disciplines sur la technologie éducative dans le projet CEGE, à São Paulo, Brésil.

En quoi consiste le rôle d’un coordinateur dans un dispositif de FAD ?

Selon nos trois consultants, le rôle et les fonctions d’un coordinateur dépendent des choix et des répartitions des tâches dans les dispositifs de formations. L'aspect administratif est primordial car il s'agit de gérer toutes les tâches relatives aux inscriptions depuis la candidature à la formation juqu'aux examens et à la soutenance du projet. Mais il ne s'agit pas d'une simple tâche de secrétariat, le coordinateur est appelé à gérer les aspects techniques, à intervenir parfois en tant que pédagogue en soutien au responsable de cours et au tuteur, en plus de toutes les acrobaties exigées par l'organisation des apprentissages et des évaluations pour des acteurs aussi éloignés géographiquement (différences des horaires et des dates par exemple) que culturellement.

Cependant par rapport aux pratiques, au-delà de la  multitude de rôles qu’il peut jouer, les fonctions sociales et administratives sont dominantes compte tenu de la présence d’autres acteurs à même de jouer les autres rôles (pédagogique, technique, etc.). Ceci n’empêche pas le coordinateur d’intervenir mais parfois de manière moins conséquente sur ces aspects. Les fluctuations sont dues à la diversité des formes (outil/supports techniques), aux choix pédagogiques (nombre d'étudiants, modalités pédagogiques, etc.), au public concerné (national/international, consortium d'universités, etc.), aux moyens  humains et financiers, au  nombre d'heures (à ne pas à négliger compte tenu du coût important d'une FAD et de son "maintien"), etc.

Est-ce que c’est un métier qui peut se pratiquer à plein temps ou le coordinateur comme l’écrasante majorité des tuteurs a t-il un autre métier en parallèle ?

Cette question de métier à plein temps est liée d’un côté à la charge du travail et de l’autre aux conditions d’exercice du métier (reconnaissance, contrepartie financière, stabilité etc.). Certains dispositifs confient les tâches inhérentes à la coordination aux tuteurs, d’autres engagent à mi-temps des coordinateurs pour un dispositif à effectif réduit. D’autres encore affectent cette fonction de coordination à une personne engagée à plein temps avec une charge de travail conséquente.
De même, parler de métier sans reconnaissance et sans récompense à la hauteur de la charge du travail n’encourage pas beaucoup  l’exercice de ce métier. Les personnes qui s’y engagent  le font en général à titre transitoire par manque de travail, par envie de découverte et la quittent après quelque temps. Ceci ne permet pas d’accumuler les expériences ni de consolider le métier.

Quelles sont ses interactions avec les autres acteurs d'un dispositif de FAD ?

Saïd BERROUK affirme que l’expression qui stipule que le coordinateur « joue le rôle de courroie de transmission » est très parlante compte tenu de la position du coordinateur par rapport à l’ensemble des acteurs. Son interaction avec l’ensemble des acteurs lui confère une position particulière. Il interagit avec les apprenants sur le plan administratif et organisationnel de la formation, les oriente vers les autres acteurs et services, règle les conflits entre eux et avec les autres etc. Il interagit avec les tuteurs pour transmettre des informations administratives et organisationnelles ou pour s’enquérir du déroulement de la formation, répondre à leurs questions et prendre en charge ou transmettre leurs préoccupations. De même il interagit avec le technicien en cas de difficultés et avec  le concepteur pour s’enquérir de la disponibilité des contenus, des changements ou lui transmettre des informations ou des problèmes soulevés par les autres acteurs et relatifs au contenu.

Mariana VIEIRA et Virginie LOPEZ  émettent le même avis quant à la concertation entre coordinateurs qui se sont relayés sur un même dispositif ou qui oeuvrent en même temps sur un même dispositif relevant d'un consortium d'universités. En présence ou de manère distanciée, leurs contacts sont permanents pour orchestrer les prestations. 

Quelles compétences développer, quels outils utiliser, quelle formation suivre pour pratiquer la coordination dans un dispositif de FAD ?

Les compétences dépendent des rôles à jouer, des tâches affectées et des choix des dispositifs. Cependant des compétences relationnelles, techniques, administratives avec un minimum de compétences pédagogiques sont nécessaires.

Le retour d'expérience des anciens coordinateurs ou des coordinateurs déjà en place font part de la création d'une fiche de poste et d'un cahier des charges précis pour chacun des cas. Fiche de poste et cahier ces charges de base regroupant les activités communes d'une coordination de FAD indépendamment des outils technologiques, des choix pédagogiques, du rôle des autres acteurs de la FAD, auxquels il faudra ajouter ou supprimer des éléments en fonction des différentes variables énoncées précédemment.

Toujours est-il qu'on n'est jamais formé pour de telles tâches et que, en amont, lors de la conception d'une formation en ligne, il est rare qu'on anticipe la fonction de coordination, qu'on la balise et précise les moyens matériels et humains à lui allouer.

FAD et diversité culturelle

En quoi consiste la diversité culturelle dans le dispositif que vous coordonnez ?

La diversité culturelle peut concerner le profil des personnes, la situation géographique, la langue, la religion etc. A Uticef (Utilisation des TIC dans l'enseignement et la formation), c'est un véritable melting pot car les acteurs sont de tous âges, répartis sur tous les pays francophones et les étudiants pratiquent toutes les disciplines avec pour seul souci d'intégrer les TIC à l'enseignement et à la formation.

En quoi cela constitue-t-il un enrichissement et/ou un frein aux apprentissages ?

Les expériences vécues permettent de penser que la diversité culturelle est toujours un enrichissement à condition que son utilisation par les acteurs soit au service de l’apprentissage; elle peut être un frein si elle est utilisée par les personnes pour justifier leurs carences à ce niveau.

Concrètement en quoi se manifeste cet enrichissement ?

Le seul fait de connaitre les diversités culturelles est un enrichissement pour la communauté d’apprenants. De plus, pouvoir communiquer, travailler notamment en groupe avec d’autres personnes  de culture différente, de profil différent, est aussi enrichissant.

Quelles tensions pourraient être dues aux horizons culturels différents ?

Pour nos trois experts, les tensions sont plutôt d’ordre personnel et sont liées au caractère de la personne et non à la culture de la communauté à laquelle elle appartient. Ils entendent par là que les tensions sont souvent causées par les travers humains, le "mauvais" caractère : susceptibilité, manque de flexibilité, difficultés à partager les travaux, égocentrisme prononcé, ...  Il s'agit surtout d'un manque de "pratique" d'activités comme le partage, l'échange, aller vers l'autre. Car contrairement à ce que d'aucuns pensent, aller vers celui qu'on perçoit comme différent, ce n'est pas une action habituelle pour qui que soit. En tous cas, pour qui que ce soit vivant dans notre monde uniformisé et mondialisé qui nivèle les attitudes et les comportements. 

Toutefois et même si elles ne sont pas prépondérantes, les conditions de vie et notamment de travail pourraient être à l’origine de certains conflits par rapport au respect des délais, à la communication. Virginie Lopez a remarqué pour sa part que la langue commune utilisée qui est à la base de la communication entre acteurs pluriculturels peut parfois prêter à confusion car les codes d'utilisation de la langue diffèrent. Cela transparait d'abord dans l'utilisation du courriel qu'on a tendance à utiliser parfois de façon cavalière sans se plier aux règles de la correspondance. Ou encore les différences entre l'usage d'un langage châtié de la part de ceux qui n'ont pas le français comme langue maternelle car ils sont plus portés sur l'écrit alors que les natifs de la langue de Molière pratiquent  tous les registres de langue. Dans ce cas, l'adéquation des discours n'est pas toujours des plus heureuses.

Adapter un dispositif pour un contexte différent : le cas d'UTICEF et [email protected]

Le projet [email protected], dans lequel nos  experts ont été impliqués partiellement ou totalement, constitue un cas de figure dans le transfert des contenus et des compétences d'une formation en ligne à une autre et prouve qu'au-delà d'un fond commun que l'on partage, il faut bien s'adapter à certaines spécificités. L’adaptation d’UTICEF dans le contexte algérien et qui s'illustre par le projet [email protected] entre dans le cadre d’un programme de téléenseignement lancé par le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique en Algérie pour soutenir le système d’enseignement présentiel. Ce dernier connait dans plusieurs régions un manque important en encadrement. [email protected] fait partie d’un ensemble d’actions lancées pour accélérer la formation des formateurs à même d’encadrer le projet téléenseignement et démultiplier la formation des enseignants sur l’utilisation des TIC dans l’enseignement et la formation.

L’adaptation a touché également les acteurs, dans la mesure où les enseignants algériens assurent toutes les tâches du dispositif : adaptation des modules, tutorat, gestion pédagogique et administrative etc. dans l’optique de former des personnes à même de développer des dispositifs de FAD et de les prendre totalement en charge localement.

L’adaptation a touché en partie le contenu de la formation à travers l’intégration de modules à qui prennent en charge quelques spécificités du système de téléenseignement mis en place. A titre d’exemple l’utilisation d’un système de visioconférence a dicté l’intégration d’un module d’utilisation de ce système sur le plan technique et pédagogique.

L’adaptation touchera dans un avenir proche la traduction des modules en langue arabe pour toucher la population dont les études se font uniquement en langue arabe. Enfin une adaptation d’[email protected] est prévue aussi pour toucher d’autres secteurs de formation (formation professionnelle notamment).

Quelles sont les spécificités de chacune de ces formations Uticef/[email protected]?

Saïd BERROUK : la seule différence entre UTICEF et [email protected] à mon sens consiste en ce que tout le processus est pris en charge à [email protected] par des compétences locales contrairement à UTICEF où les tâches sont réparties entre des compétences de plusieurs pays et établissements.

Bilan de la situation actuelle pour [email protected] et perspectives

La formation lancée au départ par un consortium constitué de plusieurs établissements tend vers sa prise en charge par chacun des établissements de manière complètement autonome. Ceci n’est pas chose aisée mais montre que ces établissements, grâce au transfert d'expérience réalisé progressivement,  ont acquis une bonne maturité qui leur permet d’élargir leur offre aussi bien dans le secteur de l’enseignement supérieur que dans d’autres secteurs d’activités socioéconomiques.

A l'issue de cet entretien, la coordination qui fait parfois figure de parent pauvre dans la scénarisation d'une formation, les études portant sur les dispositifs de FAD, etc. apparait comme une fonction qui ira en se distinguant comme un métier à part entière étant donné la prépondérence de la diversité et de l'interculturalité dans les FAD.

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