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Femmes et Geeks en Afrique

En Afrique, les femmes sont de plus en plus nombreuses à embrasser des carrières dans le domaine de l'informatique, même si cela ne coïncide pas avec les stéréotypes attachées à leur genre.

Par Philippe Menkoué , le 20 janvier 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 18 février 2014

À l’heure où l’informatique personnelle n’est plus vraiment un luxe et où la «culture Geek » tend à se banaliser en Afrique, il faudrait désormais très certainement compter avec les femmes.

Des femmes de plus en plus entreprenantes

Elles sont de plus en plus nombreuses, les femmes qui travaillent dans le domaine des technologies. Codification/programmation, développement web, création d’applications pour smartphones, et même direction de grandes entreprises spécialisées dans le domaine de l’Informatique et des TIC, plus rien ne leur semble impossible. Pourtant, le pourcentage de femmes travaillant dans la Tech Industry demeure encore très faible au niveau mondial, et beaucoup déplorent que l'informatique demeure un univers professionnal très masculin, voire sexiste. Raison de plus pour saluer les femmes qui trouvent leur place dans ce monde. Et, chose surprenante (peut-être), les Africaines ne sont pas en reste à ce niveau.

En effet, depuis le début de cette décennie, l’on observe un certain dynamisme des femmes africaines dans le domaine. Longtemps cantonnées aux seules activités dites « féminines », elles sont de plus en plus nombreuses à oser sortir des sentiers battus, comme le démontre cette profusion d’initiatives visant à promouvoir, encourager et surtout susciter l’intérêt des femmes dans la culture geek en Afrique. Des initiatives de femmes, qui varient du simple évènement ponctuel comme le Girl Geek Dinner organisé à Cape Town (en Afrique du sud) tous les mois depuis janvier 2011, à la mise en place de véritables start-up comme c’est le cas notamment de GirlGeekKampala en Ouganda, Akirachix au Kenya ou Azikina Network en Tanzanie.

Véritables iHub (comme Akirachix) ou initiatives visant essentiellement à former les jeunes filles aux métiers du web (GirlGeekKampala), toutes ces plateformes de regroupements de femmes férues de technologies, sont la preuve d’un dynamisme de plus en plus visible de femmes africaines bien déterminées qui par ailleurs, comme l’affirme Francis Pisani, entendent « démontrer que les technologies ne sont pas le territoire des seuls hommes ». Car, comme le souligne cette militante : « Les filles qui programment ne sont pas seulement des geeks au féminin, ce sont des pionnières. Grâce à elle, les chances de créer des outils innovants pour bâtir un monde meilleur sont multipliées par deux ! ». Voilà qui semble dit certes, mais le chemin pour en arriver là est parfois parsemé d’embuches.

… mais qui font (encore) face à de nombreux obstacles

Les obstacles auxquels font face ces « Ada Lovelace » d’un autre genre cependant, sont bien nombreux et de divers ordres :

D’une part, l’absence de politiques (au niveau national), visant à encourager les jeunes filles à se tourner vers les TIC peut être pointé du doigt. Car, face à la prédominance du secteur privé dans la mise en œuvre de ces initiatives, l’on est bien forcé de s’interroger sur la position des gouvernements africains qui, dans leur grande majorité, ne semblent pas (encore) particulièrement soucieux de développer cette « culture geek » chez les femmes. Car, comme le souligne Gregory Warner, pour que de telles initiatives aient du succès, « on a besoin de bien plus que des géants de l’Informatique, de l’internet haut débit et même de l'argent ... On a également besoin d'une culture de geeks ». Une culture qu’il est nécessaire de développer chez les filles dès le plus jeune âge.

C’est peut-être dans cette logique que les Nations Unies lançaient fin 2012 le programme Tech Needs Girl dont le but affiché était « d’inspirer davantage de filles à se tourner vers les technologies et à inventer leur future ». Une idée dont très peu de pays semblent s’en être inspiré jusqu’ici. C’est le cas par exemple du Sénégal qui a initié en avril 2013, la journée des jeunes dans les TIC.

D’autre part, les préjugés (qui cantonnent les filles à certains métiers) sont encore trop forts, et ce, même jusque dans les écoles de formation (d’ingénieurs en l’occurrence). La zambienne Ella Mbewe raconte avoir régulièrement été victime de moqueries de ses camarades de sexe masculin alors qu’elle étudiait l’informatique dans un Institut de Lusaka. Des frustrations qui fort heureusement dans son cas, ont plutôt eu l’effet contraire de la « motiver » davantage que de la décourager. Mais, ce n’est pas le cas de toutes. Une évolution des mentalités est donc nécessaire, tout autant que des actions bien plus concrètes de la part des gouvernements.

Ainsi, longtemps cantonnées aux activités dites « féminines », les africaines semblent enfin prendre conscience du rôle qu’elles peuvent jouer dans l’émergence de ce continent au potentiel tellement énorme ; et semblent bien déterminées à jouer sereinement la partition qui est la leur. C’est dire si l’« African Girl Power » est en marche !

 

Références :

1. Beuth, Marie-Cathérine in Ma semaine girls and geeks, Atelier des medias de RFI, publié le 11 octobre 2013. Lien : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/ma-semaine-girls-and-geeks?xg_source=activity

2. De la Porte, Xavier. "Pourquoi le monde informatique ne cesse de se masculiniser ? " InternetActu.net. 16 décembre 2013. http://www.internetactu.net/2013/12/16/pourquoi-le-monde-informatique-ne-cesse-de-se-masculiniser/.

3. Liebebat in Ghana : Otema Yirenkyi première femme africaine à diriger un bureau de Microsoft, Tech of Africa ; Publié le 2 décembre 2013. Lien : http://www.techofafrica.com/ghana-otema-yirenkyi-premiere-africaine-femme-diriger-un-bureau-de-microsoft/

4. Proportion of women in the tech industry; Technology industry – Geek Feminism Wiki. Consulté le 16 janvier 2014. Lien: geekfeminism.wikia.com/wiki/Technology_industry

5. Miesen, Mike in  Geeking Out : Uganda’s girl are creating the next generation of girl geeks, The Daily Beast. Publié le 05 janvier 2014 Lien: http://www.thedailybeast.com/articles/2014/01/05/geeking-out-uganda-s-women-are-creating-the-next-generation-of-girl-geeks.html

6. Pisani, Francis in Akirachix : des geeks kenyanes qui en veulent ; Winch 5, publié le 17 février 2012. Lien : http://winch5.blog.lemonde.fr/2012/02/17/akirachix-des-geeks-kenyanes-qui-en-veulent/

7. Urquiza, Liviane in Les filles et les nouvelles technologies, un tandem de choc pour le développement Youthink. Publié le 25 avril 2013. Lien : http://blogs.worldbank.org/youthink/fr/filles-et-technologies-tandem-choc-pour-le-developpement

8. Warner, Gregory in Kenya Women create their own « Geek culture », NRP. Publié le 24 décembre 2012. Lien: www.npr.org/blogs/alltechconsidered/2012/12/24/167961947/kenyan-women-create-their-own-geek-cuture

9. Site web Tech Needs Girls to invent the future; ITU; Consulté le 17 janvier 2014.Lien: http://www.techneedsgirls.org/

10. Portail “les jeunes filles dans le secteur des TIC” in Girls In ICT Day Events. Publié le 25 avril 2013. Lien : http://girlsinict.org/fr/node/2445

11. Roberts, Tony in How tech geeks in Africa are transforming IT education; Computer Weekly; Avril 2012.  Lien: http://www.computerweekly.com/opinion/How-tech-geeks-in-Africa-are-transforming-IT-education

Illustration : ollyy, Shutterstock.com

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