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Un réseau social venu d'Afrique pour l'éducation mondiale

A l'heure des réseaux et de l'open source, l'innovation peut venir de n'importe où. Du Kenya par exemple. Et se diffuser au monde entier.

Par Philippe Menkoué , le 21 janvier 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 23 mai 2016

La relation entre les TIC et l'éducation s'améliore. Les outils numériques commencent à toruver leur place en classe, après des années d'efforts de la part d'enseignants précurseurs. Aujourd'hui, c'est au tour des étudiants de proposer des usages éducatifs innovants pour ces outils. L'histoire qui suit nous vient de l'est de l'Afrique. Une fois de plus, à l'ère d'Internet, nul ne peut prédire d'où viennent les bonnes idées...

 

Transformer les réseaux sociaux en véritables outils E-learning

Joel Mwale est un jeune Kényan qui selon la BBC, malgré le fait de n’avoir pas fait de longues études, a compris que les réseaux sociaux, bien au-delà de simples outils de distraction, pouvaient jouer un rôle déterminant dans l’éducation, à condition de se les approprier comme des outils d’apprentissage à proprement parler. Car, bien que, selon le Rapport eLearning Africa 2013, nombre d’étudiants « affirment recourir aussi aux médias sociaux pour soutenir leur apprentissage », « Les enseignants et les écoles ont toujours été confrontés au problème de l'usage des médias sociaux par les élèves dans les salles de classe, perçu comme une distraction dans la plupart des cas ».

En créant Gigavia.com, un site web qui permet aux enseignants et étudiants d’échanger, ce jeune kényan entendait peut-être bien ainsi (ré) concilier pédagogie et réseaux sociaux en utilisant le principe du réseau social, pour le mettre véritablement au service de l'apprentissage. Un bel outil e-learning certes, mais surtout une véritable plateforme d’échange entre enseignants et/ou étudiants, qui dispose par ailleurs d’une section « bibliothèque personnelle », où des étudiants d’un même niveau peuvent partager des livres, et d’une section pour le « mentorat ». Cette application répond sans doute à de véritables attentes, puisqu'elle a séduit les acteurs éducatifs bien au-delà de l'Afrique de l'Est : actuellement 50 % de ses utilisateurs sont américains !

Une initiative privée dont le succès met une fois de plus en évidence la quasi-absence stratégies gouvernementales visant une intégration « coordonnée » des TIC dans les programmes d’apprentissage de manière générale. Une opinion que semble partager Tony Roberts, lorsqu’il affirme que « les écoles et les collèges dans de nombreux pays ne parviennent pas à fournir aux apprenants la combinaison appropriée de compétences techniques et entrepreneuriales dont ils ont besoin ».

Et pour ceux des apprenants dont l’accès aux outils e-learning de base demeure (encore) un luxe, la situation est bien plus compliquée.

 

La débrouillardise à la rescousse de l’apprentissage

« La débrouillardise est un art » comme dit un adage camerounais. Et si les difficultés (financières en l’occurrence) auxquelles sont régulièrement confrontés les étudiants en Afrique comme partout ailleurs, sont légions, les stratégies mises en œuvre par ces derniers pour les relever quant à elles, peuvent parfois susciter de l’admiration. Ou tout autre sentiment, selon les cas.

Ainsi, au Kenya par exemple où « seulement 13% des près de 400 000 étudiants possèdent un ordinateur - portable ou de bureau - ndlr », ceux qui en disposent ne manquent pas d’ingéniosité pour « aider » leurs camarades à en profiter. Certains s’improvisent ainsi secrétaires bureautiques par exemple, et facturent leurs services parfois jusqu’à « 4 centimes de Dollars US pour la saisie d’une page et 1,5 centimes pour l’impression d‘une page ».

Il était certainement temps que le gouvernement prenne ses responsabilités et vole au secours de ces étudiants. Ainsi, au mois d’octobre 2013, l'Université Jomo Kenyatta signait un partenariat avec un géant sud-coréen de l’informatique dans le cadre d’un projet « qui permettra aux élèves d’acquérir des ordinateurs portables à des taux bonifiés de 460 dollars US. ». Peut-être un début de solution et un exemple à suivre par d’autres pays, où l’un des principaux défis du e-learning réside dans les difficultés d’acquisition des outils d’apprentissage par les étudiants.

Mettre les TIC au service de l’éducation en Afrique. Cette ambition affichée par de plus en plus d’entrepreneurs, bien qu’elle soit louable et produise déjà des résultats çà et là, semble encore se heurter à de nombreuses difficultés.... matérielles notamment.

Références :

- Gigavia : http://www.gigavia.com/

- Whitty, David in Joel Mwale – Bringing “Facebook” education to Kenya, BBC Africa, Publié le 28 novembre 2013. Lien: http://www.bbc.co.uk/news/world-africa-25095037

- Enyon Guemadji-Gbedemah, Tété in Le e-learning en Afrique : entre tradition, changement et innovation, Thot Cursus, Publié le 4 juin 2013. Lien : http://cursus.edu/article/20247/learning-afrique-entre-tradition-changement-innovation/

- Roberts, Tony in How tech geeks are transforming IT education in Africa, Computer Weekly. Lien: http://www.computerweekly.com/opinion/How-tech-geeks-in-Africa-are-transforming-IT-education

- Nganga, Gilbert in All Students to get laptops to boost e-learning, University World News, N° 293, Publié le 25 octobre 2013. Lien: http://www.universityworldnews.com/article.php?story=20131024151113903

Illustration : capture d'écran de la page d'accueil de Gigavia.com.

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