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Publié le 04 février 2014 Mis à jour le 05 mars 2014

La retraite de l'enseignement : une fin ou une renaissance ?

Découvrez les témoignages touchants d'enseignants retraités

Entre cinquante et soixante ans (et plus encore dans certains pays) on est mis à la retraite et l'on se rend compte que toute une vie de labeur n'a en somme duré que le temps d'un soupir, comme le dit si bien Anne Philipe, car la spirale de la vie active nous a emportés trop vite. Le (jeune) retraité sent souvent que ce n'est pas encore le moment de décrocher, si jamais il y a vraiment un moment pour le faire.

Car la vie active ne se résume pas à exercer un métier régulier, rémunéré, à s'inscrire dans une carrière officiellement réglementée. On a tous dans l'esprit l'image de parents ou grands-parents allègres, de dirigeants de ce monde pour le moins sexagénaires, de couples de 3ème âge adeptes du tourisme en toute saison.

La condition physique, les capacités intellectuelles s'entretiennent et plus est on apprend autant jeune que vieux car la méthodologie et l'expérience compensent ce qu'on peut perdre en rapidité ou capacité de mémorisation, sans occulter les formidables opportunités de partage d'expertise dans la continuité des générations. En voir ici un exemple édifiant.

En Tunisie, le statut des plus âgés en général est assez ambivalent. La révolution a été faite par les jeunes, pour la plupart diplômés de surcoît et, pour comble, chômeurs. Du coup, ils refusent ces aînés qui ont la main sur tout, qui décident pour eux et qui, nécessairement pensent-ils, récupèrent la révolution à leur profit.

Cependant, ironie du sort ou logique des choses, chaque fois que les tensions sociales s'exacerbent, que des conflits éclatent, on fait appel aux sages des quartiers, villages ou régions qui jouent le rôle de médiateurs pour apaiser les tensions et ramener les belligérants au dialogue. Mohamed Ouzahra analyse ce rôle séculaire dévolu aux seniors en plus de tout le potentiel des aînés bien exploité au Maroc. Lire son article ici.

Je ne vous cache pas qu'à côté de ces considérations réelles mais globales, j'ai préféré sonder autour de moi quelques retraités afin de recueillir leur vécu et ressenti personnels, subjectifs et je découvre ainsi mille et une facettes de cette étape de la vie qui rivalisent d'intensité avec toutes celles qui l'ont précédée.

D'abord et à ma grande stupéfaction, un mien ami compare la retraite à une dégringolade du dernier étage au rez-de-chaussée : tout est chamboulé, tu as certes une autre vie reposante mais aussi monotone et je dirais même fade. Adieu lutte quotidienne, surprise, victoire, échec, rebondissement; rien que la platitude tuante et implacable. Hum... Pas très reluisant, me dis-je, peut-être est-on plus optimiste ailleurs et je poursuis ma quête.

Voici trois témoignages qui redonnent des couleurs à la retraite et me confortent dans l'idée que la donne peut changer pour mon ami si jamais un désir personnel et des conditions sociales sont réunis pour favoriser l'épanouissement du retraité.

Se rendre utile pour éloigner de moi deux grands maux : la solitude et l’ennui.

M. Mohamed Tahar Tahri, ancien enseignant

J’ai accompli mes tâches d’enseignant avec plaisir; dans le métier de l’humain, si on n’aime pas son travail, il vaut mieux changer de cap. J’ai la conscience tranquille, je suis satisfait, en grande partie pour les relations avec mes anciens élèves, qui étaient et demeurent amicales; en effet un respect réciproque existe entre nous, on ne me considère pas comme prof mais plutôt comme un oncle, vu mon âge et que j’ai toujours exercé dans ma région natale où les gens se connaissent.

A présent, je sens que je suis bien armé pour affronter la solitude de la retraite, phénomène broyeur si on n'y prend garde, puisque je meuble mon emploi du temps en joignant l’utile à l’agréable, même si normalement, je dois éprouver une certaine amertume due en grande partie à la retraite, mais essentiellement à mon statut de veuf.

Je m’occupe d’une parcelle de terre pour faire quelques activités agricoles, je m’occupe de mes palmiers dattiers, j’irrigue, je laboure… Je continue à m’occuper aussi de la vie syndicale et politique surtout à l’échelle régionale, membre du réseau Doustourna (Notre Constitution) du Front Populaire, de la ligue des droits de l’homme, je contribue aux manifestations, aux sit-in, aux réunions. Dans un pays en effervescence comme le nôtre, il faut agir pour ne pas se sentir marginalisé, je conserve encore la vigueur de la jeunesse, je préside d’ailleurs une association: association de la sauvegarde de l’oasis de Jemna. Je continue à aimer la vie et c’est ce qui éloigne de moi deux grands maux : la solitude et l’ennui.

Facebook m'est de grand secours, il me permet d'atténuer ma situation d'esseulé puisque je noue des relations virtuelles avec des gens de divers horizons. En partageant des statuts, en écoutant des morceaux de musique, en regardant des séquences vidéo, j'oublie les méfaits de ma solitude, je ne me sens pas marginalisé, au contraire, je suis à la page, et en me servant de l'ordinateur que j'ai exploité à bon escient durant la dernière période de ma vie active, je continue à me sentir innovateur et à la pointe du modernisme.

Je lis moins certes mais les activités associatives, syndicales et politiques que je peux étoffer sur ce réseau social me sont nécessaires, c'est le sang qui coule dans mes veines, sans cela, on n'est plus utile, j'ai toujours servi l'autre en tant qu'enseignant et je continuerai à le faire. On a toujours appris à nos élèves le sens du partage, des valeurs humaines, de la responsabilité, je dois continuer à être le modèle à suivre. N'oublions pas que notre conscience doit toujours être éveillée et qu'on est contrôlé par l'autre.

Nouvelle vie, nouveau départ, renouveau et espoir

Mme Tounès Thabet, ancienne enseignante

Retraite dites-vous ? Je ne vis pas cela comme une retraite, mais une entrée dans la vie. Prendre le temps de regarder ce qui se passe, ne plus courir, mais s’arrêter dans la rue pour observer les passants, s'émouvoir pour un rayon de soleil, pour le rire d'un enfant, pour le regard émerveillé d'une vieille dame, s'émouvoir pour la vie trépidante ou calme, pour un arbre en fleurs, pour la beauté d'un ancien bâtiment.

Et puis, vivre intensément ce qui se passe chez nous depuis deux ans: les difficultés, les problèmes, les déceptions. Pouvoir partager les préoccupations quotidiennes, les manifestations, la colère et les espoirs. S'investir dans la vie de la cité et de la campagne: se sentir concerné à toute heure, pouvoir réagir et agir. Avoir du temps pour soi, pour les autres, donner du temps aux autres, aux siens et à ce pays qui en a besoin. Retraite, non, mais investissement dans la vie collective : nouvelle vie, nouveau départ, renouveau et espoir.

Si on ne peut ajouter des années à la vie, on doit ajouter de la vie aux années!

Mme Mounira Hammami; ancienne inspectrice générale de l'éducation

Ma vie de retraitée? Jeune certainement pas (66 ans bientôt!) mais active, oui. Je partage mon temps entre quelques activités de formation (difficile de rompre totalement avec ses anciennes amours), des activités associatives qui ont toujours figuré dans mon emploi du temps mais que j' arrive à développer depuis ma retraite. Davantage de lecture, un peu de cinéma et beaucoup plus d'assiduité pour l'activité sportive.

Un peu de militantisme dans le champ politique........... mais je dois reconnaître que ce volet se rétrécit depuis l'arrivée des petits-enfants car, en tant que Mamie qui tient à voir grandir ses petits poussins, j'accorde une plus grande place aux réunions familiales.

Il est vrai que je me sens parfois frustrée de ne pas avoir le temps de tout faire mais je trouve ma vie actuelle bien remplie et mon temps assez bien réparti entre les obligations et les plaisirs. Ne dit-on pas" Si on ne peut ajouter des années à la vie, on doit ajouter de la vie aux années!"?

Références

Thot Cursus. "L’Université du 3e âge à Sherbrooke." Consulté le 31 janvier 2014. http://cursus.edu/evenement/20476/universite-age-sherbrooke/

Thot Cursus. "Troisième âge, nouvelle vie." Consulté le 31 janvier 2014. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/9024/troisieme-age-nouvelle-vie/

Crédit photo : racorn/shutterstock.com


Mots-clés: Vie Compte Témoignages Pays Labeur Somme Soupir Spirale Anne Philipe

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