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Évaluation scolaire : rétablir la confiance

La constante macabre a rompu le lien entre les professeurs et les élèves. L'évaluation par contrat de confiance peut changer les choses.

Par Alexandre Roberge , le 23 février 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 18 mai 2016

Les évaluations des apprentissages et les mesures qui sont prises pour que ceux qui n'ont pas obtenu de résultats satisfaisants progressent peuvent créer des ravages, comme nous le rapportions voici très peu de temps. La notation est unanimement reconnue comme un système peu fiable et injuste, tout comme le fait d'évaluer quasi-exclusivement des connaissances plutot que des compétences, sans que l'élève participe à la définition de ses objectifs d'apprentissage. Et pourtant, on continue comme si de rien n'était. 

En France, le problème est d'autant plus grave que les professeurs sont affectés depuis de nombreuses années par une terrible maladie. Nous vous en avions parlé brièvement il y a 2 ans, mais le sujet a refait surface ces derniers mois. C’était un secret bien gardé dans le milieu professoral, qui a été révélé lorsqu'un enseignant, André Antibi, a décidé d'alerter la population sur le sujet avec un livre en 2003 : La constante macabre, ou Comment a t-on découragé des générations d'élèves ?

Trop de bonnes notes ? C'est suspect !

La constante macabre a été, depuis les dénonciations de monsieur Antibi, reconnue par la majorité des syndicats d'enseignants publics ou privés. Mais de quoi parle t-on ? Il s'agit d'une fâcheuse habitude qui consiste à préparer les évaluations de manière à ce que pas plus de 50 % d'élèves n'obtiennent la moyenne au devoir, et que 50 % d'entre eux aient moins. Pour parvenir à ce résultat, l'enseignant conçoit des questions pièges, aborde des sujets non étudiés dans le cours ou omet de préciser des exigences pour les réponses afin de pénaliser les apprenants. Précisons-le tout de suite : les profs français ne sont pas des sadiques. Simplement, ils ont totalement intériorisé cette façon de faire et répondent en cela aux pressions du milieu, et en particulier des parents, qui estiment que si leur enfant obtient un 18/20 en même temps que tous les autres élèves, ça n'a aucune valeur. L'élitisme républicain a la vie dure en France.

La tactique semble scandaleuse, et pourtant, jusqu'en 2012, pratiquement personne ne la reconnaissait officiellement. En effet, la croyance a longtemps perduré qu'un enseignant qui obtient une moyenne de 16/20 plutôt que 10/20 dans ses classes est suspect aux yeux de ses collègues et de la direction d'école. Ce bon résultat pourrait être interprété comme du laxisme ou comme une tentative de surévaluer le niveau de ses élèves pour se donner une bonne réputation en tant que professeur. Mais personne ne se risquait à dire que le prof faisait bien son travail et menait ses élèves à la réussite. 

La constance macabre a été dénoncée avec véhémence par André Antibi et le Mouvement Contre La Constance Macabre qui ont lutté pour que le ministère mette fin à ces méthodes ravageuses pour les élèves et leur estime d'eux-mêmes.

Rétablir la confiance envers les évaluations

Pour contrer le mal, Antibi a proposé la mise sur pied d'une évaluation par contrat de confiance (EPCC), qui change radicalement la dynamique de la classe. Ce contrat est composé de différents éléments.

Premièrement, les évaluations sont annoncées au moins une semaine à l'avance. Finie l'époque des interros surprises qui vitrifient les apprenants. De plus, l'objet de l'évaluation doit être précisément annoncé, exemples à l'appui. Tous les éléments devront avoir été abordés au moins une fois dans une activité antérieure.

Le but n'est pas de donner les questions (encore moins les réponses) d'avance aux élèves, mais qu'ils sachent ce qu'ils doivent réviser et apprendre. L'enseignant doit également proposer des exercices similaires à ceux qui figureront dans l'évaluation. Enfin, l'évaluation porte sur 5 à 8 des éléments annoncés aux apprenants.

L'EPCC a de multiples avantages. Le climat de confiance entre enseignants et élèves est rétabli. Cela encourage davantage la révision et, surtout, l'enfant ne peut plus se servir de l'excuse qu'il n'a pas compris le test. S'il échoue, il devra admettre qu'il n'a pas révisé ou demandé des explications avant l'évaluation, puisqu'il en connaissait les principaux éléments.

Heureusement, la méthode entre de plus en plus dans les moeurs des écoles françaises. Une réalité qui n'est pas pour déplaire aux élèves qui, ayant souvent connu l'époque pré-EPCC, sont très agréablement surpris et motivés par cette façon de faire. Comme le souligne cette présentation PREZI sur l'EPCC, il est même possible de réfléchir sur des variantes possibles. Par exemple, pourquoi l'enfant ou l'adolescent ne participerait-il pas à la rédaction des items qui doivent être évalués lors d'un contrôle ? L'idée est ambitieuse, mais elle contribuerait sans aucun doute à mettre l'élève au centre de sa formation.

La constante macabre a pratiquement brisé le lien entre apprenants et enseignants. Pour le rétablir, l'évaluation par contrat de confiance semble la solution la plus logique et la plus facile à appliquer dans les écoles. On se demande même pourquoi tous les enseignants, dans tous les établissements, ne l'ont pas encore fait.

Illustrationracorn, shutterstock

Références :

De Tarlé, Sophie. "André Antibi (chercheur en didactique) «Evaluation des élèves : la constante macabre, ça suffit !»." Letudiant.fr. Dernière mise à jour : 1er janvier 2013. http://www.letudiant.fr/educpros/entretiens/andre-antibi-chercheur-en-didactique-la-constante-macabre-ca-suffit.html.

Letudiant.fr. "Evaluation des élèves : la constante macabre reconnue par le ministre de l’Education." Dernière mise à jour : 14 septembre 2012. http://www.letudiant.fr/educpros/actualite/evaluation-des-eleves-la-constante-macabre-reconnue-par-le-ministre-de-leducation.html.

Académie de Créteil. "La confiance pour réussir." Dernière mise à jour : 4 juin 2013. http://www.ac-creteil.fr/retrouvezlactualite-juin2013-laconfiancepourreussir.html.

Missaoui, Om El Khir. "Noter ou pas, un dilemme pas prêt d'être résolu." Thot Cursus. Dernière mise à jour : 4 mars 2012. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/18056/noter-pas-dilemme-pas-pret-etre/#.UwWBKs5Rb2k.

Mouvement Contre La Constance Macabre. Consulté le 19 février 2014. http://mclcm.free.fr/.

Quiquempois, Grégory. "La constante macabre." MAPIE Créteil. Last modified June 22, 2012. http://www.mapie.ac-creteil.fr/spip.php?article359.

Quiquempois, Grégory. "L’enseignement par contrat de confiance." MAPIE Créteil. Dernière mise à jour : 22 juin 2012. http://www.mapie.ac-creteil.fr/spip.php?article358.

Quiquempois, Grégory. "Untitled Prezi by Grégory QUIQUEMPOIS." prezi.com. Dernière mise à jour : 4 février 2014. http://prezi.com/urljmplsel2o/untitled-prezi/.

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