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Des métadonnées qui en disent long

Les métadonnées renseignent non seulement ce que nous déposons sur la toile, mais aussi ce que nous y faisons. Réfléchissons à deux fois avant de valider n'importe quoi...

Par Philippe Menkoué , le 04 mars 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 15 avril 2014

Il n’est pas tout à fait nouveau, mais le débat sur la collecte des métadonnées n’en finit pas de faire jaser, surtout depuis les révélations du désormais célèbre Edward Snowden. Cependant, si la popularisation de ce concept est un fait avéré, sa compréhension (et celle de son principe) n’est pas l’apanage de tous. Qu’entend-on par métadonnées ? Leur récupération est-elle un problème ou plutôt une solution aux problèmes de l’heure ? Pouvons-nous vraiment contrôler et protéger nos métadonnées ? Autant de questions qui taraudent bien des esprits et dont les réponses semblent pourtant simples.

Métadonnées : De quoi parle-t-on exactement ?

Selon la Bibliothèque nationale de France (BNF), « une métadonnée est un ensemble structuré d'informations décrivant une ressource quelconque ». Ainsi, les métadonnées ne décrivent pas nécessairement des documents électroniques et ne sont pas forcément contenues dans les documents en eux-mêmes. Il s’agit en fait d’informations cachées, associées aux documents que nous transmettons (ou à leurs supports). Des informations telles que le nom de l’auteur, la date, l’heure de création et même parfois l’historique de l'édition (s’il s’agit d’un fichier de traitement de textes ou d’un pdf par exemple) ; pour une photo, des coordonnées GPS du lieu de la prise de vue, de la marque de l’appareil avec lequel elle a été prise, etc. Certaines sont donc inscrites automatiquement dans le fichier, tandis que d'autres sont ajoutées par l'usager lui-même ou par des systèmes de gestion de l'information lors de l’enregistrement des documents. Toutefois, comme le souligne le site spécialisé We Fight Censorship, « ces données cachées dépendent du format du fichier ainsi que du logiciel utilisé » et surtout, « les formats d'images tels que TIFF ou JPEG sont parmi les formats les plus bavards ».

Des sortes d’"empreintes numériques" donc, ou du moins, celles des documents que nous transmettons à un tiers. Et à l’image de nos empreintes digitales, nous en laissons presque partout où nous nous rendons sur la toile, des sites web que nous visitons aux applications que nous utilisons sur nos smartphones, en passant par les réseaux sociaux sur lesquels nous sommes inscrits ou les moteurs de recherche que nous utilisons. Les métadonnées peuvent ainsi parfois en dire plus long sur nous que les contenus de nos mails. Goûts et habitudes de consommation, horaires de travail, centres d’intérêts, ambitions et aspirations personnelles, etc. des informations bien précises, qui permettent d’établir un profil détaillé de nous et représentent une véritable mine d’or pour les entreprises, les gouvernements et même les particuliers. De quoi susciter une chasse aux métadonnées qui n’est pas sans conséquence sur les individus et la société toute entière.

Récupération des métadonnées : solution ou problème de l’heure ?

Sécurité nationale, espionnage industriel assumé ou simple curiosité, les raisons de cette course effrénée aux métadonnées sont légions. Car, les entreprises et les gouvernements ont depuis compris que « l'accès à cette masse d'information (…) permet d'apprendre énormément sur l'être humain et la société » comme l’affirme Yves-Alexandre de Montjoye, et ne lésinent pas sur les moyens pour les soustraire et s’en servir à diverses fins : scientifiques (du point de vue de la recherche), gouvernementales (lutte contre le terrorisme) et surtout commerciales (affinement des stratégies marketing des entreprises grâce aux possibilités de ciblage des publicités en direction des consommateurs, commerce des métadonnées entre entreprises).

Mais, comme le rappelle Ziad Maalouf qui anime la célèbre émission L'atelier des médias sur RFI, « du "cercle vertueux" de cette identité qui nous protège et permet l’accès à des services, on passe aisément à un cercle vicieux : une identité qui donne accès sans contrôle à nos informations et nos données » et qui aujourd’hui, semble poser bien des problèmes. Sentiment d’espionnage permanent, sentiment de n’avoir plus aucun contrôle sur sa vie privée, les raisons qui poussent les uns et les autres à dénoncer ces pratiques sont légions. Paranoïa ou bon sens, toujours est-il que les net-citoyens sont de plus en plus nombreux à tenter de reprendre le contrôle de cette partie de leurs vies qui leur échappe encore parfois et, quoiqu’il en soit, l’idée de se savoir potentiellement espionné n’arrange pas tout le monde. Toutefois, Yves-Alexandre de Montjoye tempère, car pour lui, il est très important de « comprendre ce qu'il est possible de faire avec les métadonnées, à la fois au niveau prédictif et d'identification, pour être capable de déceler ce qui est (…) une infime proportion d'utilisations néfastes. Les utilisations que nous n'acceptons pas en tant que société ne devraient pas empêcher les autres 99 % d'usages de continuer. » 

Reprendre le contrôle de son identité numérique: une nécessité

A défaut de s’en prendre aux entreprises et autres gouvernements qui semblent s’adonner à une véritable chasse aux métadonnées, il serait peut-être plus judicieux de réfléchir sur des stratégies permettant d’avoir un meilleur contrôle de ces métadonnées. Car, faut-il le rappeler, consciemment ou non, nous laissons tellement d’informations sur nous sur la toile. Qu’il s’agisse des diverses applications pour smartphones, des réseaux sociaux, des cookies, etc. il est très important de bien lire les conditions d’utilisations avant de les valider, car dans la plupart des cas, nous sommes avertis des risques potentiels que représente la validation de leur usage (avoir accès à tous nos contacts par exemple, possibilité de localiser l’appareil utilisé, etc.).

Afin d’éviter de laisser des traces non contrôlées sur vous, il est impératif d’apprendre à vérifier et nettoyer ces métadonnées contenus dans vos différents fichiers. A ce propos, We Fight Censorship suggère un certains nombre d’astuces simples que vous pouvez utiliser selon les logiciels, les systèmes d’exploitation, ou les types de fichiers que vous utilisez. Comme quoi, le véritable pouvoir se trouve entre vos mains.

Traitres ou héros, les lanceurs d’alerte ont tout au moins le mérite d’avoir contribué à nous faire prendre conscience de l’importance de ces métadonnées, à l’ère du tout « Open » et de l’ « hyper-transparence » dans laquelle nous vivons, l’on peut être surpris de remarquer que les gens s’offusquent de constater tout ce que l’on peut savoir sur eux. Quoiqu’il en soit, la prudence doit rester de mise.

 

Références :

- Bibliothèque Numérique de France (BNF). « Documents numériques et métadonnées ». Consulté le 02 mars 2014. Lien : http://www.bnf.fr/fr/professionnels/numerisation_boite_outils/a.metadonnees_doc_numerique.html

- We Fight Censorship. « Métadonnées : vos fichiers parlent pour vous ». Consulté le 02 mars 2014. Lien : https://www.wefightcensorship.org/fr/article/metadonnees-vos-fichiers-parlent-voushtml.html

 - Yves-Alexandre de Montjoye. « Collecte de métadonnées : est-il trop tard pour s’inquiéter? », Radio Canada. Le 14 février 2014. Lien : http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/societe/2014/02/14/005-collecte-metadonnees-telephones-intelligents-est-il-trop-tard-pour-s-inquieter-desa

- Maalouf, Ziad. « Qu’est-ce que l’identité numérique ? Entretien avec Olivier Ertszcheid ». Atelier des médias. Le 04 octobre 2013. Lien : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/identite-numerique-olivier-erztscheid-affordance?xg_source=msg_mes_network

Illustration : patpitchaya, Shutterstock.com

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