Articles

Les communes africaines investissent Internet

Les sites municipaux voient le jour en Afrique francophone.

Par Philippe Menkoué , le 11 mars 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 09 avril 2014

C’est un fait indéniable : les TIC sont au cœur de nombreux progrès et changements sociaux dans les pays en développement. Individuelles ou collectives, les initiatives mettant en avant une réelle appropriation (parfois spécifique) des TIC se multiplient sur le continent et les collectivités territoriales ne sont pas en reste. Chacune à sa manière et en fonction de ses moyens, s’efforce d'en tirer profit. Comment les collectivités territoriales d’Afrique francophone, s’approprient-elles les TICs en vue d’en faire de véritables outils de développement de leurs communes ? Telle est la question centrale à laquelle nous tentons de répondre ici.

 

Se mettre en avant sur la toile et …

A l’ère du presque-tout numérique, il est difficile d’envisager l’évolution d’une société sans l’apport des TIC. Même en Afrique où, malgré les nombreux usages qui en sont faits, l’absence de politiques visant une meilleure intégration de celles-ci au niveau des collectivités territoriales, ou leur opacité dans celles où il en existe, laisse parfois perplexe.

Toutefois, on assiste à une sorte de réveil technologique des communes dont l’une des principales caractéristiques est la création de sites web visant à mettre en avant leurs actions. Car, comme le souligne le Magazine Sciences humaines « Si la pratique d'Internet induit de nouveaux modes d'appréhension de l'espace (virtuel), l'observation des sites renseigne aussi sur l'utilisation de l'espace et sur ses représentations ». Les municipalités sembleraient avoir compris que leurs sites internet seraient ainsi des vitrines, sortes de fenêtre de la municipalité sur le monde. Ainsi, d’Abong-Mbang (dans l’Est Cameroun) à Kédougou (au Sénégal) en passant par Abidjan (en Cote d’ivoire) ou Lomé (au Togo), de plus en plus de communes, urbaines ou rurales, s’affichent sur la toile.

Une dynamique qui toutefois cache bien des disparités et pourrait occulter le fait que les communes de tous ces pays ne se valent pas. Des études récentes montraient qu’au Burkina Faso par exemple, « les communes sont très peu présentes sur Internet. Sur plus de 350 communes, moins d’une dizaine disposerait d’un site web. Pire, à peine trois communes assureraient la mise à jour régulière de leur site ». Des efforts sont encore à fournir dans ce sens. Et pas seulement. Car une meilleure appropriation des TIC par les collectivités territoriales (du moins, les autorités municipales), suppose bien plus que la simple création de sites web. Elle suppose également (et surtout) une véritable prise en compte des TIC dans les politiques de développement qui se manifesteraient de diverses manières et transformeraient le quotidien le quotidien des habitants. Quels usages sont faits des TIC par les autorités communales pour améliorer la qualité de l’offre en eau et en électricité de leurs administrés par exemple? Comment s’en sert-on pour faciliter l’accès aux services de santé et améliorer la qualité de ces services ? Comment les outils informatiques sont-ils mis au service de l’éducation ?

… se les approprier à leurs manières

Si les TIC devraient pouvoir contribuer à améliorer la gouvernance locale en vue d’assurer un meilleur développement des communes, il n’en demeure pas moins vrai que le bien-être de l’être humain doit en être la principale motivation, le principal moteur et surtout la principale finalité.

C’est ce que semblent comprendre de plus en plus de communes d’Afrique francophone (d’Afrique de l’Ouest notamment), comme en témoigne leur dynamisme dans ce domaine.

Partenariats avec des communes étrangères (française en l’occurrence), des ONG nationales ou internationales, actions concertés au sein de réseaux, mise en valeur des initiatives individuelles,  nombreuses sont les stratégies implémentées ou mises en valeur par ces collectivités territoires pour une meilleure appropriation des TIC.

Dans le 2e volume du rapport (pdf) intitulé Sociétés africaines de l’information : Recherches et actions en Afrique de l’ouest, publié en octobre 2012, le Collectif eAtlas Francophone d’Afrique de l’Ouest (une plateforme d’échanges sur les bonnes pratiques en matière d’usage des TIC par les collectivités territoriales en Afrique de l’ouest)  résume les différentes actions menées par les communes membres de ce réseau, qui ne cesse de gagner en notoriété, notamment grâce à « l’action des chercheurs, l’appropriation des TIC par les collectivités locales à travers la formation, et les échanges entre les acteurs de la coopération décentralisée sud-sud et nord-sud. ». En Afrique centrale, on notera par exemple la création d’incubateurs de start-ups dans des mairies comme celle de Douala 5e au Cameroun

A cela s’ajoutent également des initiatives de la société civile, en groupe ou de manière individuelle. C’est le cas par exemple au Mali où de nombreux citoyens s’engagent à mettre au service de leurs collectivités territoriales leurs compétences en matière de TIC, en vue de contribuer à l’émergence de leurs communes. Citons par exemple Boukary Konaté, blogueur et militant pour la préservation des langues locales qui justement utilise les TIC pour vulgariser et préserver ces langues. En plus de tenir un blog en bambara, il organise régulièrement des formations d’adultes. Une belle manière de rendre le web accessible aux populations des milieux ruraux où les langues occidentales n’ont pas pignon sur rue.

Des exemples qui montrent que, lentement (mais peut-être plus sûrement), les collectivités d’Afrique francophone s’approprient les TIC.

 

Références :

- « Du local au monde-sur-web ». Sciences Humaines. 15 juin 2011. Lien : http://www.scienceshumaines.com/autorite-de-la-hierarchie-a-la-negociation_fr_20.htm

- Page d’accueil site de la Mairie d’Abong-mbang. http://www.abongmbang.net/pages/mairie/mairie.php

- Diallo, Moussa. « TIC et collectivités territoriales : le réseau e-Atlas FAO milite pour plus de présence des communes sur Internet » Lefaso.net. 27 novembre 2013. Lien : http://www.lefaso.net/spip.php?article56899

- Collectif eAtlas F.A.O. « Sociétés africaines de l’information : Recherches et actions en Afrique de l’ouest francophone». Octobre 2012. Lien : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/SAI_cle89a963-1.pdf

- « Cameroun: Bientôt un incubateur d'entreprises à Douala V ». 237online.com. 21 janvier 2014. Lien : http://www.237online.com/article-10423-cameroun-bientot-un-incubateur-d-entreprises-a-douala-v--.html

- Page d’accueil du blog http://fasokan.com/category/bamanankan/

Illustration : capture d'écran de la page d'accueil du site de la commune d'Abong-Mbang, au Cameroun.

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné