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La Classe inversée, progressivement

Tout inverser d'un coup serait hasardeux. Une démarche progressive en revanche apporte d'innombrables satisfactions.

Par Om El Khir Missaoui , le 25 mars 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 24 avril 2014

Pendant toutes les années où j’exerçais dans des classes du secondaire, j’annonçais systématiquement l’objet de la séance d’après, parfois je donnais un travail de préparation à la maison sous forme de questions en vue d’une étude de texte, de recherche documentaire ou empirique (petit sondage, recueil d’un conte oral...).

Généralement cela se passait plutôt bien et suscitait les questionnements et la participation des élèves d’où des séances de cours animées. Mais ce qui m’est resté de cette façon des faire, somme toute assez courante, c’est le zèle de certains jeunes dans la préparation du travail donné.

Un garçon de 16 ans se présentait à mon cours avec des leçons de grammaire dûment faites dans des fiches reluisantes à faire pâlir d’envie les miennes, qui ne me semblaient pas nulles du tout auparavant. A la fin du cours, nous avions de véritables discussions d’experts en la matière et il y allait avec ses pourquoi on est passé sur ce point-ci et pourquoi on n’a pas développé ce point-là. Un pur bonheur. 

Pour l'initiation d'un débat sur le racisme, la préparation des supports fut partagée : j'avais chargé mes élèves de collecter et traduire des proverbes tunisiens ridiculisant l'Arabe et j'avais moi-même sélectionné un texte de Driss Chraïbi qui comportait les propos racistes d'un colon français. Le débat sur les manifestations explicites et implicites du racisme ainsi que l'intériorisation de l'infériorité par l'opprimé lui-même fut passionnant. Des stagiaires qui assistaient à la séance, tout en étant émerveillés par la qualité des interventions, ne se voyaient pas bien dans le rôle de l'enseignant  car ils étaient venus voir à l'oeuvre un professeur dispensant des savoirs et non une classe qui débat et toutes leurs questions portaient sur la discipline et le fait qu'on ne pouvait, en début de carrière en plus, maîtriser des élèves aussi "savants".

Un cours bien préparé par l'élève en vaut deux et même plus

Par ailleurs, on entend toujours les plaintes sempiternelles sur les élèves démotivés, indisciplinés et arrogants, refusant le travail à domicile occultant toutes les raisons sous-jacentes à ces comportements négatifs et parmi lesquelles on dénombre en premier lieu le modèle d'apprentissage transmissif pur et dur. Il est vrai que les enseignants n'ont pas attendu l'avénement du numérique pour assouplir leurs approches mais il faut dire aussi qu'à l'ère du numérique l'assouplissement des approches n'est pas toujours garanti non plus.

Pourtant mon jeune élève d’antan aurait savouré et exploité toutes les potentialités du numérique pour inverser l’apprentissage et exploiter le temps de présence en classe pour clarifier, discuter, aider ses pairs, se perfectionner. Mon débat sur le racisme aurait pris de toutes autres dimensions en étant filmé et exploité pour d’autres classes ou contextes.

Le précieux temps de classe serait mieux utilisé si on s’en servait pour interagir et travailler ensemble plutôt que de laisser le seul prof parler et peiner à accrocher les jeunes consciences pour leur transférer les informations. Mais pour ce faire, il faut mettre à leur disposition les ressources nécessaires, les convaincre de les utiliser hors classe et de venir armés de notes personnelles, de questionnements et non pas les considérer comme des feuilles blanches où l’on trace les mêmes infos que l’on croit indélébiles. On est là en plein dans la philosophie de classe inversée ou Flipped classroom qui a éclos aux Etats-Unis depuis 2007 et qui séduit de jour en jour les pédagogues du monde entier qui cherchent tous d'une façon ou d'une autre à mettre les élèves au centre de l'apprentissage.

Comment faire l'inversion sans douleur

C’est une façon différente d’enseigner et d’apprendre. Comparativement à une classe traditionnelle, la prise de note se fait à l’extérieur de la classe (à la maison, à la bibliothèque, dans le métro, bref, n’importe quel endroit où des capsules vidéo présentant la théorie peuvent être visionnées) et le temps de classe libéré est utilisé pour approfondir, appliquer et assimiler les notions. Puisque le professeur n’a plus à "présenter" la matière, il est disponible pour accompagner, motiver et soutenir les élèves dans leur apprentissage.  Christian Drouin, professeur de chimie au Collège de Maisonneuve (Montréal)

On comprend aisément que certaines réticences soient dues aux appréhensions quant à la difficulté de l'approche. On n’improvise pas l’inversion des pratiques de classes. Les choses doivent se faire progressivement et méthodiquement afin que, conjointement, enseignants et apprenants se familiarisent avec les exigences de la réorganisation des apprentissages et évoluent en harmonie. 

Si vous cherchez à vous imprégner du concept, vous ne trouverez pas mieux que ce sité dédié à la classe inversée qui explique toutes les façons de faire, vous fournit un guide pas à pas pour inverser en douceur vos pratiques en une relation éducative où les surdoués comme les élèves à besoins particuliers trouvent leur place, où on ne s'adresse pas à une moyenne présumée mais où on peut adopter comme on y croit l'approche par la maîtrise des compétences, l'approche projet, le suivi personnalisé, etc. Les témoignages de ceux qui ont déjà "osé", des réponses aux questions et doutes qui nous taraudent (en savoir plus sur le fonctionnement d'un tel système, comment convaincre nos élèves de travailler à domicile, quel outil pour réaliser des séquences vidéo...) vous séduiront certainement et vous accompagneront dans cette belle aventure. Vous pouvez par exemple décider d’utiliser la version la plus basique de la classe inversée (c’est-à-dire d’intervertir simplement cours en classe et devoirs à la maison), ou vous pouvez y inclure des notions de pédagogie de projet. De même, vous pouvez choisir de faire progresser votre classe dans le programme de manière groupée (comme dans le modèle classique) ou bien permettre des progressions individuelles où chaque élève peut avancer à son rythme.

Qui sait si vous ne viendrez pas témoigner à votre tour  sur le fonctionnement de votre classe inversée au profit de tous.

Références

Classe Inversée. Consulté le 25 mars 2014. http://www.classeinversee.com/.

Enseigner avec TNT. "Classe Inversée." Consulté le 25 mars 2014. http://enseigneravectnt.wordpress.com/classeinversee/.

Enseigner avec TNT | Étude de la réaction entre un prof de chimie au Cégep, une Tablette Numérique Tactile et une Classe Inversée. Consulté le 25 mars 2014. http://enseigneravectnt.files.wordpress.com/2013/08/bilan-classe-inversee-aout-2013.pdf.

Dubreucq, Martine. "Faut-il "flipper" ?" Thot Cursus. Consulté le 25 mars 2014. http://cursus.edu/dossiers-articles/articles/17805/faut-flipper/#.UzFLl_l5NsM.

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