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Le cyber urbanisme, nouveau territoire de l’homme

Le numérique s'intègre à notre urbanisme qui du réel se prolonge vers le virtuel

Par Élodie Lestonat , le 31 mars 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 01 mai 2014

L’homme moderne semble s’être approprié un espace multidimensionnel dans lequel il s’inscrit aussi bien qu’il le transforme. La ville lui offre un terrain d’expérimentation formidable et les nouvelles technologies lui permettent d’évoluer bien au-delà d’une réalité tridimensionnelle.

Cependant force est de constater que le numérique modifie peu l’aménagement urbain et qu’il convient davantage de s’interroger sur les mutations de l’homme lui-même.

Serge Wachter dans son article « la ville numérique : quels enjeux pour demain ? » posait déjà en 2011 certaines interrogations sur les changements qu’induisait le numérique sur l’urbanisme. Que ressort-il de son analyse ?

L’auteur, se fondant sur les conclusions de W.J. Mitchell considérait  qu’ « une telle résistance matérielle ou faible élasticité au changement est due à la prégnance des trames urbaines façonnées par les réseaux de voirie » et que « la permanence des infrastructures de voirie, et singulièrement des rues, s’explique par leur caractère structurant mais aussi par leur capacité d’évolution et d’adaptation aux mutations des tissus urbains ». L’architecture de notre environnement urbain serait donc caractérisée à la fois par son inertie latente qui forme une empreinte immuable mais aussi par sa capacité à faire place aux constructions et aux innovations tant esthétiques que créatives.

Cette dualité peut davantage être comprise si l’on distingue par souci de commodité les réseaux urbains (voiries, transports, câblages, …) du bâti.

Le réseau urbain : un maillage immuable

Si l’on se réfère aux plans d’urbanisme et ce, à travers plusieurs décennies, on constate que les aménagements suivent des principes constants. Les rues des centres villes sont peu évolutives, ceci en raison de l’imbrication étroite entre un bâti historique et protégé et des espaces limités dévolus à la voirie. Si l’on prend pour exemple les travaux que mènent actuellement les agglomérations en matière d’installation de la fibre optique, le câblage physique suit principalement les tracés existants des voies et des réseaux existants. Le numérique n’a donc que très peu d’emprise sur l’urbanisme sur ce plan-là. Coexistent alors plusieurs niveaux de technologies, photographie historique des innovations techniques urbaines.

 Le bâti : un champ récréatif

En ce qui concerne le bâti, peu de villes intègrent radicalement cette dimension numérique dans leur organisation. Cependant, il ne faut pas éluder le travail créatif que mènent nos architectes contemporains. Le « design urbain » se rapproche de façon de plus en plus caractérisée du numérique et des potentialités innovantes qu’il contient. Ainsi, nous ne pouvons que nous intéresser aux nouvelles possibilités architecturales issues de la modélisation logicielle. La morphologie de nos constructions se fait expérimentale, monumentale offrant de nouvelles lectures géométriques et semblant repousser les règles de l’équilibre et les lois de la physique.

 A ceci, nous ajoutons « l’architecture cachée » qui est en soit une véritable révolution car elle permet de multiples interactions avec l’homme. Les bâtiments se dotent de milliers de capteurs et de signaux sensibles, et « transformée en environnement artificiel, l’architecture ne se définit plus par ses formes spatiales et matérielles mais produit surtout des ambiances où la couleur, la lumière, la température, l’acoustique, la ventilation favorisent l’immersion de l’occupant dans un univers de sensations ». Le bâti n’est plus une masse physique qui s’impose à l’individu mais un objet avec lequel il va interagir et auquel il livre ses émotions.

Les murs, nouveaux terrains de nos apprentissages

Grâce aux capteurs intégrés dans les bâtiments et les objets urbains et aux applications mobiles, la ville ouvre de nouveaux espaces à l'homme. Nos connexions nous offre un terrain de jeu mais aussi un champ propice aux apprentissages. La géolocalisation contient un potentiel d’innovations considérable. Si l’on peut désormais être touriste et profiter des instants de déambulation pour nous instruire sur un bâtiment, une rue, un évènement en lien avec le lieu, nous pouvons aussi échanger avec d’autres individus. Serge Wachter constate alors qu « Une rue est un objet technique, une infrastructure matérielle, mais elle est aussi, dorénavant, une infrastructure numérique et informationnelle. Elle abrite et condense des nuages de données. Ces dernières peuvent être captées, annotées et « augmentées » par les passants et les riverains. Des lieux peuvent se voir « tagués » numériquement par ceux qui les visitent, laissant ainsi commentaires, annotations et impressions aux visiteurs et passants suivants. »

 A travers les milliards de flux de données échangés, le cyber urbanisme devient à la fois support d’apprentissage en raison des contenus informationnels qu’il contient mais aussi espace de communication grâce aux relations humaines qu’il favorise.

 Photo : nmedia, Shutterstock.com

Références

Wachter, Serge. "La ville numérique : quels enjeux pour demain ?" Métropolitiques. Date de publication 28 novembre 2011. http://www.metropolitiques.eu/La-ville-numerique-quels-enjeux.html.

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