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Le changement annoncé des espaces scolaires

La fonction de l'école et les processus de travail qu'elle abrite changent. L'architecture des bâtiments s'adapte à ce changement, et le précède parfois.

Par Denys Lamontagne , le 31 mars 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 08 novembre 2016

Schoolchildren Using Digital Tablet - Tyler Olson - ShutterStock

Architecture fonctionnelle en action

La fonction détermine l’essentiel de la forme et les bâtiments n’y échappent pas, y compris les écoles. La question de la fonction des écoles semble facile à appréhender : l’école sert à enseigner et à apprendre.  Avant d’être un lieu, l’école est d’abord une pratique, mais les conditions pour bien enseigner et apprendre sont multiples et à celles-ci s’en ajoutent bien d’autres : préserver la santé des étudiants, les socialiser, les nourrir, leur permettre de s’exprimer, les garder en sécurité, leur fournir des services, etc.

Par exemple, dans les écoles primaires, les aménagements prévoient des petites chaises, des fontaines basses, etc, et on s’assure que ces installations grandissent avec eux. Dans les facultés, on n’enseigne pas la philo comme la finance ni l’informatique comme la musique.  Chaque lieu facilite certaines fonctions et détermine certaines manières d’enseigner.  

À ces considérations de premier niveau s’en ajoutent d’ordre administratif, économique et social: il faudra la faire fonctionner cette école, l’utiliser en dehors des seules heures de cours pour en optimiser les coûts et l'ouvrir pour que la communauté puisse profiter de ses installations.

L'architecture pédagogique branchée

La «classe» classique est parfaite pour enseigner avec un prof devant et des élèves qui écoutent, mais ne vaut pas grand chose pour encourager les débats et la participation des étudiants.

20 étudiants avec 20 ordinateurs pendant une journée à l’école…. avec évidement des prises de courant, un réseau performant, des services d’administration et de documentation en ligne et des professeurs compétents avec les technologies.  Si les professeurs veulent les utiliser avec efficacité, il va de soi qu’ils enseignent différemment et que la structure même de l’espace de communication et d’échanges est modifiée.

«La salle de classe tend à s’écarter du modèle rectangulaire traditionnel. Elle n’a souvent plus de porte et se déforme. Sans doute va-t-elle se dissoudre dans d’autres espaces car l’école de demain n’aura vraisemblablement plus besoin de classes ». Marchand, (2004)»

Les pratiques pédagogiques varient, évoluent. Elles diffèrent selon les âges, les contenus à transmettre, les étapes du parcours mais, parmi elles, on constate des pratiques qui se généralisent et ce sont celles-ci qui déterminent les caractéristiques recherchées de l'architecture. La question «Comment adapter des espaces plusieurs fois centenaires dans bien des cas ?» se pose, mais ce qui est sûr, c'est que le découpage des espaces selon le modèle industriel n’est plus adapté aux pratiques et à l’esprit du monde socio-numérique qui se déploie.

Le modèle industriel a transformé l’école en 150 ans, le modèle socio-numérique le fera en 30 ans. Les façons de pratiquer l’architecture évoluent pour suivre le rythme : on doit rénover pratiquement toutes les institutions en même temps et en plus tenir compte du désamiantage, des moisissures, du radon, du réchauffement climatique, des accès pour personnes handicapées, etc. À la fonction pédagogique de l’école se greffent toutes les préoccupations du moment, mais ce n'est pas tout.

L’administration scolaire papier

Un bonne part de «la fonction» est déterminée par son administration. La fréquentation des espaces se fait dans le temps et ce temps est organisé de manière très différente selon que l’on est connecté ou pas. En changeant les horaires et la façon de fréquenter l’école et de la «contrôler», on influence la fonction et l’organisation des espaces; papier et électronique ne se manipulent pas de la même façon.

Une architecture futuriste nous interpelle, on perçoit intuitivement que nos habitudes risquent d'y être perturbées. Alors si on change l’architecture, on touche aussi à l’organisation du travail, à l’organisation de la fonction, si on veut produire des résultats à la hauteur des attentes.  Sinon on pourrait bien réussir à écrire au stylo électronique sur un grand tableau HD connecté au réseau, devant une classe endormie… ou vide.

Référence :

Musset Marie (2012). « De l’architecture scolaire aux espaces d’apprentissage : au bonheur d’apprendre ? ». Dossier d’actualité Veille et Analyses, n°75, mai 2012
Document téléchargeable : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA-Veille/75-mai-2012.pdf
En ligne : http://ife.ens-lyon.fr/vst/DA/detailsDossier.php?parent=accueil&dossier=75&lang=fr

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