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Le numérique dans la médiation culturelle

Quelle place pour les outils numériques de médiation dans les musées et monuments ?

Par Christine Vaufrey , le 28 avril 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 29 mai 2014

La médiation culturelle a pour objet de faciliter la rencontre entre les citoyens, les institutions et les oeuvres qui y sont présentées. Cette pratique répond à diveres aspirations : faciliter l'exercice du droit à la culture pour tous (la culture faisant partie des droits de l'homme, au même titre que les droits civils, économiques, politiques et sociaux), faciliter la reconnaissance des artistes dans la Cité, réduire le fossé entre culture savante et culture populaire, faciliter la compréhension ou tout simplement la consultation des oeuvres (dans le cas d'objets fragiles ou conservés au loin), etc. 

Pour s'exercer, la médiation culturelle dispose d'outils et instruments variés. La personne qui vous guide dans une exposition est un médiateur. L'animateur scientifique, aussi. Posters, brochures, parcours scénarisés... sont largement mis à contribution. Et bien sûr, les outils et ressources numériques sont désormais présents dans bon nombre de lieux patrimoniaux. 

Dans un musée, un monument, un site remarquable, les points d'accès aux ressources numériques doivent se fondre dans le décor. Il ne faudrait en effet pas que l'attrait un peu facile pour l'objet numérique, surtout chez les plus jeunes, se substitue à la rencontre avec un lieu ou une oeuvre. Aussi l'utilisation des ressources numériques in situ doit-elle toujours être conçue dans une perspective globale de scénarisation des parcours de visite. On trouvera sur la pateforme du programme LEDEN, qui explore les expérimentations et dispositifs innovants utilisant le numérique pour faciliter l'accès au patrimoine, une série de vidéos fort intéressante à ce propos. Les responsables multimédias de différents établissements culturels français (Abbaye de Cluny, musée des Ducs de Bretagne, Arc de Triomphe, musée du Louvre...) présentent la réflexion qui les a conduits à équiper les établissements de dispositifs numériques de médiation culturelle. Ces derniers visent avant tout à enrichir l'expérience du visiteur, de différentes manières : en y ajoutant une dimension ludique ou historique, en lui permettant de visualiser ce qui a disparu (cas de l'Abbaye de Cluny, dans laquelle ne subsistent actuellement que 5 % de la constrtuction d'origine), en lui expliquant à quoi correspond l'usage de tel matériau ou telle couleur... Au Louvre, les dispositifs sont volontiers immersifs et sensibles. Il s'agit en effet de provoquer des émotions chez les utilisateurs en leur faisant toucher du doigt, souvent au sens propre du terme, le phénomène créatif. 

Dans tous les cas, les personnes interrogées soulignent que les objets numériques doivent impérativement se faire discrets. Le responsable multimédia du CMN (Centre des Monuments Nationaux) explique par exemple qu'à l'Abbaye de Cluny, un dispositif multimédia immersif en 3D a été installé à l'intersection d'une étendue dans laquelle ne subsistent que des ruines du monument passé et la partie encore debout, s'intégrant ainsi harmonieusement à la logique de la visite.

Extraits du film "Maior Ecclesia" proposé lors de la visite du site :


Extrait Maior Ecclesia 2010 par ClunyNumerique

Dans la salle d'exposition de l'Arc de Triomphe, les écrans vidéos semblent flotter dans l'espace, dans la mesure où ils sont encastrés dans de grands panneaux noirs et mats, invisibles dans la pénombre. 

L'ergonomie des équipements est également capitale. Ils doivent être accessibles à tous, grands et petits, jeunes et vieux, technophiles et technophobes. Le responsable multimédia du Château des Ducs de Bretagne explique avoir porté une attention extrême à la hauteur et l'inclinaison des écrans, aux commandes et aux boutons permettant de se mouvoir dans les ressources présentées, au point d'avoir constitué un cahier des charges que doivent désormais respecter tous les scénaristes multimédias intervenant dans l'établissement. 

Cette série de vidéos a été enregistrée en 2010 - 2011 avant que les applications mobiles utilisables sur smartphones ne deviennent la norme. Sont absentes également, les activités de médiation culturelle sur les réseaux sociaux dont Francine Clément a présenté récemment un exemple particulièrement abouti autour de l'exposition Moi, Auguste, Empereur de Rome, présentée au Grand Palais de mars à juillet 2014. On constate donc qu'il est possible désormais de créer un "continuum numérique" entre la visite elle-même, ce qui la précède et ce qui la suit, afin de créer une expérience globale renforcée qui déborde largement des oeuvres elles-mêmes, transformant ces dernières en ambassadeurs d'une époque, d'une histoire ou d'un milieu particuliers. 

Références :

Projet LEDEN - Le numérique pour le patrimoine. Maison des Sciences de l'Homme Paris Nord - Université Paris 8. Consulté le 28 avril 2014. http://www.leden.org/patrimoine/2011/index.php

Projet LEDEN - Scénarisation du parcours : http://www.leden.org/patrimoine/2011/sequence.php?themes=3 

photo : Le Louvre Lens. Giåm via photopin cc

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