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Sénégal : l'info, ça rappe !

Du rap pour intéresser les jeunes à l'information. Un exemple sénégalais à suivre !

Par Philippe Menkoué , le 29 avril 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 26 mai 2016

Généralement réduite aux seules « stratégies d’action culturelle centrées sur les situations d’échange et de rencontre entre les citoyens et les milieux culturels et artistiques », la médiation culturelle est pourtant un concept qui va bien au-delà de la sphère strictement « artistique ». Comme le souligne Wikipédia, elle désigne également « en sciences de l'information et de la communication, l'espace de relations entre le public et… des « objets culturels » (entendez, tout élément susceptible de renforcer nos « connaissances », de manière à nous élever moralement et intellectuellement). C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles, la diversité et l’originalité des profils des « passeurs de culture », professionnels ou non, surprend parfois, comme c’est le cas au Sénégal.

Le journal « rappé » ou l’autre visage de la médiation culturelle

Allier art de rue et médiation culturelle n’est pas tout à fait nouveau, si ce n’est que pour une fois, il ne s’agit pas de taguer les murs d’une cité de messages politiques, encore moins de textes de rappeurs dits « engagés » ou d’ateliers de slam organisés dans des écoles ou autres instituts culturels. En Afrique, les artistes de rue (de rap en l’occurrence) sont le plus souvent engagés. Un engagement qui toutefois, connait bien des limites. Mais, qui aurait pu imaginer des rappeurs présentateurs de journaux télévisés ?

C’est pourtant le défi que se sont lancés Xuman et Keyti, deux rappeurs sénégalais très populaires dans leur pays, en décidant de proposer à leurs compatriotes, l’actualité quotidienne sur fond de musique Rap. Un projet inédit sur le continent dont les buts affichés sont d’intéresser davantage les jeunes à l’actualité, comme le souligne l’un de ses initiateurs, dans un billet posté sur le site des Observateurs de France 24 : « Ce projet est né d’un constat très simple : au Sénégal, par peur ou par conviction, une grande partie de la presse se réserve le droit de ne pas dire toute la vérité. Et la population prend pour argent comptant ce que les médias veulent bien leur servir, même si c’est truffé de contrevérités. Le rap est très populaire dans mon pays. Mais si nos jeunes générations considèrent les chanteurs de hip-hop comme des prophètes, souvent ils se désintéressent de l’actualité… On s’est donc (ndlr) dit qu’on pouvait compiler les deux pour sensibiliser ce public-là aux affaires qui minent notre société et leur faire prendre conscience qu’ils peuvent faire bouger les choses, être acteurs. Les jeunes sont majoritaires au Sénégal, c’est une cible très importante. Nous essayons d’avoir un rôle de messagers et de faire évoluer les mentalités »

Chaque vendredi à partir de 20h30, sur la chaine de télévision privée 2STV et sur YouTube, on peut suivre le JT des « MC journalistes », comme les nomme Camille Laurent dans un article de l’Atelier des médias qui dresse quelque peu l’historique de cette belle initiative. Diffusés en français (langue officielle du pays) et en wolof (langue la plus parlée dans le pays), ces journaux télévisés Rappés, sont ainsi l’occasion pour ces rappeurs, de « transmettre l'information différemment pour mettre en lumière les difficultés et les problèmes du Sénégal », le temps d’une chanson. Et tout y passe : détournements de fonds, chômage des jeunes, crise au Mali, etc. Toute l’actualité est ainsi remixée sur fond de Hip Hop.

Voici le numéro du 11 avril 2014, en français puis en wolof, donc :

 

Un bel exemple de médiation culturelle dont le succès, a donné d’autres idées aux créateurs, notamment celle de proposer une version radiodiffusée de ce programme pour sa deuxième saison.

Des précédents ailleurs ?

Bien que l’initiative soit tout à fait nouvelle au Sénégal, on pourrait évoquer des précédents sous d’autres cieux, notamment en France. Certains se souviendront peut-être du « JT Agité » proposé sur la chaine W9 d’octobre 2010 à janvier 2012. Présenté par le volubile Derka, dont le succès était plutôt mitigé.

En proposant leur regard critique sur l’actualité à des cibles qui, à priori, ne s’y seraient pas intéressées autrement, de telles initiatives mettent en lumière (s’il en était encore besoin) les nombreuses facettes de la médiation culturelle, trop longtemps cantonnée aux seuls espaces « culturels », secteurs d’activités liés à la création et à l’art.

 

Références :

- « Médiation culturelle ». Wikipédia. Consulté le 26 avril 2014. Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9diation_culturelle

- Xuman. « un JT de rappeurs pour secouer l’info au Sénégal ». Les Observateurs de France 24. Le 9 mai 2013. Lien : http://observers.france24.com/fr/content/20130509-rappeurs-secouer-info-senegal-journal-televise-medias-jeunesse

- Canal YouTube du Journal Rappé. https://www.youtube.com/channel/UCImRGQL_sK7OHi1h823Nc0w

- Laurent, Camille. « Le JT Rappé : un succès de l’infotainment à la sénégalaise ». Atelier des Médias – RFI ; le 7 mars 2014. Lien : http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-jt-rapp-un-succ-s-de-l-infotainment-la-s-n-galaise

- SocialNetLink. « Le Journal Rappé Débarque sur Urban Radio du rappeur Aladji Man ». Social Net Link. Le 21 avril 2014. Lien : http://www.socialnetlink.org/le-journal-rappe-debarque-sur-urban-radio-du-rappeur-aladji-man/

- Wikipedia. « JT Agité ». Consulté le 29 avril 2014. Lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/JT_agit%C3%A9

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