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La curiosité : pratique à risque, mais combien intéressante !

Deux leçons aux curieux

Par Denys Lamontagne , le 02 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 17 juillet 2014

En regardant l’État de la liberté de presse dans le monde, on réalise à quel point la curiosité journalistique est une pratique risquée.   Ceux qui ont des choses à cacher et ceux qui favorisent le statu quo autour de leurs privilèges ne sont ni intéressés par la vérité ni à voir des gens informés.

Risqué aussi en éducation

Le journalisme n’est pourtant pas très loin de l’éducation.  Des chercheurs comme Thomas Piketty ou Léo-Paul Lauzon n’hésitent pas à secouer le prunier économique.  D’autres nous interpellent sur différents sujets et nous font prendre conscience de l’importance de la liberté académique.

Sans cette liberté, les chercheurs se taisent.  Qui entend parler des recherches contradictoires en pharmacologie, en santé ou encore de la part de chercheurs de laboratoires d’État ?  Au Canada, le premier ministre actuel a réduit au silence tous les centres de recherche financés par le gouvernement fédéral. Les sables bitumineux ?  L’état des Grands Lacs ?  Passez par la Commission de l’accès à l’information. Que les universités se le tiennent pour dit, c’est aussi nous qui finançons beaucoup de leurs recherches.

Mais il n’y a pas que la recherche.  L’éducation sexuelle, la religion, la politique, l’art, l’économie ou l’histoire sont tous des bons sujets pouvant susciter la curiosité des étudiants. Mais qui aurait l’idée de laisser les jeunes poser leurs questions ou même enquêter eux-mêmes sur ces sujets sans s’exposer aux parents, à leur administration ou aux journaux à sensation qui s’abreuvent à Facebook.  Il suffit d’un étudiant trop zélé pour tout faire dérailler.

Aussi, on marche sur des oeufs, autant les étudiants que leurs professeurs ou leurs administrateurs. On veut bien encourager la curiosité, mais pas n’importe comment.

Ce que l’on découvre par soi-même, on apprend à l'évaluer

Le curieux collecte les informations, C’est l’essentiel de l’activité.  Que fait-il avec ces informations ?  Il les met en relation et les évalue.  Après un certain temps il apprend à se méfier de certaines sources et à faire plutôt confiance à d’autres.

On a pas à tellement s’inquiéter de la valeur des informations trouvées dans Internet, on a plutôt à porter attention à la confrontation, aux discussions et échanges entourant ce qui a été obtenu. Une personne curieuse essaie de comprendre quelque chose. Si ces sources sont cohérentes, elle s’en rendra compte. Si elle ne le fait pas, ce n’est pas nos craintes quant à la qualité des informations qui y changeront quelque chose.  

Le mieux qu’on aura à faire c’est de l’aider à développer son jugement critique. (Voir «Développer son esprit critique» - Eduscol)

Quand on trouve

Les curieux trouvent toutes sortes de choses, parfois déjà connues, d’autres fois surprenantes et parfois délicates. Edward Snowden en sait quelque chose.  Si toute vérité est bonne à savoir, la manière de le faire savoir est importante.  Plus l’information est obtenue de manière étrange, plus difficile il devient de la manipuler.  Les informations sont liées à un contexte et les faire passer à un autre niveau d’interprétation peut littéralement en transformer le sens ou l’impact. La diffamation est d’un autre ordre. La réputation des gens et des institutions est un bouton sensible et autant la valeur des informations que la manière dont on les a obtenues ont de l’importance.

Une découverte ou un chef d’oeuvre de déduction méritent une grande diffusion, une réalisation d’enfant aussi, mais à son niveau. Je connais des jeunes adultes qui aimeraient bien faire disparaître d’internet des écrits et dessins que des parents bien intentionnés ont diffusé à grande échelle.

L’autre leçon à enseigner est celle de la responsabilité de ce que l’on diffuse. (Voir «L’édition et la publication sur le web»)

Celui qui diffuse prend des risques et en fait peser sur son entourage. Le jeu en vaut-il la chandelle ?  Les étudiants connaissent-ils les impacts ? À nous de leur enseigner et de leur montrer des exemples, positifs et négatifs.

Références

Reporters sans frontières - http://fr.rsf.org/

Développer son esprit critique - Eduscol
http://eduscol.education.fr/internet-responsable/se-documenter-publier/se-documenter-sinformer/developper-son-esprit-critique.html

L’édition et la publication sur le web - Guide des droits sur Internet
http://www.droitsurinternet.ca/section.php?section=87

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