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Attiser la curiosité

Cinq éléments pour favoriser la curiosité

Par Denys Lamontagne , le 03 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 24 octobre 2017

Des étudiants curieux, avides, intéressés apprennent. Vos étudiants ne ressemblent pas à ce profil ? Mais comment peuvent-ils exercer leur curiosité ? Dans un contexte qui le leur permet…

Voici quelques éléments pouvant aider à aviver leur intérêt.

Le luxe de la curiosité

Bien des animaux sont curieux : oiseaux, poissons, reptiles, insectes, mammifères, dont l’homme, manifestent des comportements associés à la curiosité, à divers degrés. Exprimée comme une attitude de réceptivité, on peut comprendre qu’elle puisse varier selon nos états physiologiques et émotionnels. Une attitude apeurée, hostile, ennuyée ou déprimée est peu compatible avec la curiosité qui suppose un minimum d’affinité avec l’objet de la curiosité.

La curiosité s’épanouit dans l’abondance mais s’accommode mal d’un état misérable; un bébé curieux n’a pas faim. Une société prospère investit dans la recherche tout azimuth mais une nation inquiète de sa survie la focalise que sur quelques domaines. À quel point sommes-nous curieux pourrait même servir d’indicateur de notre état émotionnel.  Des étudiants stressés ne seront évidemment pas très curieux, ils sont déjà préoccupés; il faudra diminuer la pression.

Premier élément : la réceptivité et bien-être comme conditions à la curiosité.

Par des sens

Goûter, écouter, regarder, sentir, humer, peser, toucher sont divers canaux de base que nous utilisons quand nous sommes curieux. Nous ne questionnons pas nécessairement avec des mots, mais avec des mises en relation. Est-ce solide, mou, chaud, salé, est-ce que ça flotte, comment ça fonctionne, comment ça réagit, etc.  On peut aussi poser nos questions à d’autres personnes qui ont de l’expérience.

Mais ce qui a étendu la curiosité humaine à un autre ordre de grandeur est l’extension de nos sens dans tous les domaines, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, du très rapide au très lent. Même l’invisible se révèle à nous et notre curiosité nous rapporte mille et un phénomènes qu’il ne nous reste plus qu’à mettre en relation.

Le web décuple notre mémoire et nos capacités de communication; nous voici connecté à la banque de la curiosité universelle. Nous voici devant un potentiel de curiosité partagée presque infini.

Second élément : de multiples capacités d’observation et de communication facilitent la curiosité.

Au goût de tous

Par son ouverture, la curiosité parait innocente, mais comme elle est le plus souvent motivée par une question, elle peut rapidement devenir dérangeante : on ne sait pas ce que l’on va trouver.  Tous ceux qui ont quelque chose à cacher ou qui ont intérêt à ce que rien ne change feront tout pour la décourager.

Nous sommes tous sensibles aux pressions, ne serait-ce que celles concernant notre carrière, éviter les sujets pouvant déplaire à ceux qui la financent ou l'évaluent est un réflexe de survie.  Dans les universités, les chaires commanditées par des compagnies sont souvent confrontées à ce genre de problème.

Ainsi, les étudiants doivent sentir qu’ils sont «autorisés» à exercer leur curiosité, qu’ils seront à l’abri de sanctions, autrement, ils fournissent ce qui est attendu et celà se termine là.

Troisième élément : un contexte sécuritaire pour exercer la curiosité.

Curiosité, éthique

Alors. comment une institution pourrait-elle encourager la curiosité ? Comme être curieux sans risquer de se faire couper la tête ?

Penser n’avoir rien à cacher n’est malheureusement pas suffisant pour se prémunir des effets d’une curiosité mal motivée. Si celle-ci n’est pas encadrée par un système d’éthique, toutes les dérives peuvent survenir.  On a vu plus d’une «enquête» être commandée dans le seul but de démolir des gens et des institutions honorables.

Dans une école, la curiosité des élèves peut très bien être encadrée par un code de conduite qui la limite aux domaines convenus. Enquêter sur la vie privée d’un professeur, monter un dossier sur des sujets illégaux ou au delà de la maîtrise de la situation par l’étudiant ne font habituellement pas partie des actions acceptables.  (Voir des exemples de charte d’usage de l’Internet)

Quatrième élément : encadrement éthique comme condition d’exercice et de recours.

Structure ouverte

À l’école, toute question pouvant comporter une part d’imprévu ou un potentiel de déstabilisation n’est habituellement pas considérée comme «pertinente» au bon déroulement d’un cours. Trop de celles-ci et les notes en pâtissent à coup sur.

Ainsi, du coté de l’institution, ouvrir la structure des cours et de la pédagogie au risque de dépasser le temps de la période du cours ou encore de dépasser les limites de l’évaluation, sont tous des éléments qui permettent à l’imprévu de la curiosité de s’épanouir, avec du stress en moins.  Autrement la curiosité sera nécessairement limitée et l’intérêt sporadique.

Cinquième élément :  ouverture organisationnelle.

Une école curieuse

Des individus éveillés sont naturellement curieux, ouverts et apprenants. Tout état émotionnel en bas de «l'intérêt à propos de» indique un problème qui, à l’échelle d’une classe ou d’une école, appelle à des transformations. L’ennui, l’apathie ou l’hostilité sont des indicateurs tellement évidents.

Quand des étudiants démontrent de la curiosité, quelque chose se passe. S’il en est autrement, quelque chose devrait changer…

Illustration : Bamboo Grove - siro46 - ShutterStock

Référence :

Guide d'élaboration des chartes d'usage de l'Internet - Eduscol
http://eduscol.education.fr/cid57095/guide-d-elaboration-des-chartes-d-usage.html

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