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Après une faillite, les entrepreneurs français vivent un grand spleen. Comment l'expliquer et surtout comment les aider à rebondir?

Par Alexandre Roberge , le 08 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 25 mai 2016

Nous vivons dans une époque d'incertitude économique. Si les effets de la crise de 2008 commencent à s'estomper, l'optimisme n'est pas encore de mise. En Amérique du Nord, en Europe ou ailleurs, tout le monde craint un ralentissement durable de l'activité économique. Une peur qui a forcément un impact sur les consommateurs qui ne sont plus prêts à dépenser n'importe comment et sur les entreprises de toutes tailles qui hésitent à prendre des risques. D'ailleurs, les faillites d'entreprises restent fort nombreuses .

La souffrance des entrepreneurs français

Dans l'Hexagone, l'échec d'un entrepreneur est très mal vu. Réussir ou mourir : voilà ce qui semble être le credo des entreprises françaises. Et il suffit de savoir comment fonctionnent les liquidations judiciaires en France pour comprendre le malaise de tous ceux qui se sont retrouvés à devoir fermer boutique. Et jusqu'en avril 2013, cette faillite était signalée à la Banque de France; ce qui rendait quasiment impossible toute nouvelle aventure entrepreneuriale à ceux qui avaient eu le malheur d'échouer une fois, et qui se retrouvaient stigmatisés à jamais.

Le traumatisme de l'échec est profondément inscrit dans les consciences des Français : une étude de l'institut IPSOS montrait que, même si l'immense majorité des Français croit qu'on peut apprendre de l'échec (94%), 69% d'entre eux considèrent qu'il est extrêmement ardu de rebondir après un échec professionnel ou scolaire et que celui-ci a un impact le reste de la vie. On ne s'étonnera donc pas que les entrepreneurs mettent 9 ans en France à se relever d'une faillite, alors qu'il ne leur faut que 6 ans en Allemangne et 1 an au Danemark ! 

La perception américaine de l'échec

Aux États-Unis, c'est tout à fait l'opposé. Les Américains estiment même que la mention d'un échec entrepreneurial valorise un curriculum vitae. Parce que cela démontre de la persévérance, de l'audace et la volonté de faire quelque chose par soi-même. Dans ce contexte, il n'y a donc aucun mal à parler de ses échecs. Au contraire, ils sont considérés par les futurs employeur comme des expériences très profitables.

Et si la culture des entrepreneurs français face à l'échec était en train de se modifier ? C'est ce que beaucoup de gens souhaitent et il semble, heureusement, que les choses évoluent à ce niveau. Une association a été créée il y a quelque temps, Second souffle. Elle propose des rencontres « afterfails ». Une occasion pour les entrepreneurs pour discuter avec des personnes qui ont aussi rencontré un échec entrepreneurial. Ils peuvent ainsi échanger sur leur succès, leurs défaillances et, surtout, leur avenir.

Car il n'est pas évident, pour un entrepreneur qui a vécu une faillite, d'être embauché. De gros préjugés collent à la peau de ceux qui sont considérés comme des gens sans réelles compétences, inflexibles, ne connaissant pas la vie de bureau, etc. De quoi décourager dans une quête d'emploi.

Mais il semble bel et bien y avoir un changement d'attitude graduel dans les milieux de travail français. Si on est loin de la situation américaine où l'entreprise se précipite sur les autoentrepreneurs qui ont échoué, ces afterfails vont peut-être peu à peu transformer la perception française de l'échec professionnel. Non, la faillite n'est pas la fin de tout; ce n'est que le début d'une nouvelle étape.

Illustration : jesadaphorn, shutterstock

Références :

Le Galès, Yann. "La France doit donner une seconde chance aux entrepreneurs qui ont connu l'échec." Paroles d’entrepreneurs. Dernière mise à jour : 12 juin 2013. http://blog.lefigaro.fr/legales/2013/06/la-revoluytion-entrepre-neuriale.html.

Parenty, Ide. "Création d’entreprise : briser le tabou de l’échec grâce aux afterfails." Terrafemina. Dernière mise à jour : 5 juin 2013. http://www.terrafemina.com/emploi-a-carrieres/actu/articles/26604-creation-dentreprise-briser-le-tabou-de-lechec-grace-aux-afterfails.html.

Pellerin, Fleur. "L'échec est la mère de toutes les victoires: développons la culture du rebond!" Le Huffington Post. Dernière mise à jour : 13 janvier 2014. http://www.huffingtonpost.fr/fleur-pellerin/echecs-rebond-creation-entreprise_b_4589576.html?utm_hp_ref=france.

Second Souffle. Consulté le 4 juin 2014. http://secondsouffle.org/presentation-intro/.

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