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L’Afrique orale sur le net

Par Louis-Martin Essono , le 21 novembre 2001 | Dernière mise à jour de l'article le 23 juin 2013

Ainsi que le rappelle l’incipit du site qui reprend à juste titre les propos d’Hamadou Ampaté Bâ, la tradition orale est au coeur de l’histoire de l’Afrique, de l’héritage de connaissance de tous ordres patiemment transmis de bouche à oreille et de maître à disciple à travers les âges. Cet aphorisme prend racine depuis un certain temps car, malgré la présence des contes africains sur le net, l’exception africaine n’avait pas véritablement marqué les esprits des Occidentaux, des Orientaux ou des Africains eux-mêmes. La pâle copie des réalisations multiples a toujurs paru artificielle aux yeux du monde, soucieux de voir la particularité de chaque peuple.

L’Afrique est le berceau du verbe. Du verbe fait action. Et, ni l’histoire écrite, ni les gravures rupestres, ni même les inventeurs de la Philosophie ou des Mathématiques, ni encore moins les grands théologiens que l’Afrique a portés en son sein n’auront guère réussi à montrer la capacité de l’Afrique à maîtriser le verbe. Le mot. La parole... L’essence de l’Afrique est sa capacité à survivre, en y participant, à toute technologie, grâce au verbe qui transforme. Qui agit et qui crée.

Pour apporter enfin sa contribution réelle au partage de la culture universelle, l’Afrique, avec beaucoup de difficulté, saisit l’occasion de soumettre les Nouvelles technologies pour y commettre son oralité. N’y attendez pas des prouesses technologiques. L’essentiel n’y est pas. Il est dans la tentative de

technologiser

la parole, en se souvenant qu’en 1997, le tradionnaliste Sékou Tall avait déjà participé à une réflexion sur l’utilisation des nouvelles technologies pour archiver la tradition orale.

Le projet, présenté par le Cifdi, a été initié par différents partenaires. On signalera, parmi eux, le RILAC le Réseau International des Langues Africaines et Créoles situé à la Direction des langues et de l’écrit à l’AIF. Ce projet ARTO (Archivage de la Tradition Orale) se donne pour objectifs de collecter, archiver et diffuser les ressources en tradition orale africaine. Un catalogue des documents déjà recensés se trouve en ligne avec indication de leurs localisations.

Vous trouverez également sur ce site, des études sur quelques grands noms de la littérature et de l’histoire africaine, notamment, deux analyses sur l’oralité africaine, en l’occurrence, Boubou Hama et Amadou Hampâté Bâ. Le site vous offre aussi un catalogue de fichiers sonores. Dans un cas comme dans l’autre, armez-vous de patience. Offrez l’indulgence plénière, pour entrer au royaume de l’oralité.

C’est douloureux aussi de voir les Africains eux-même ignorer l’existence de ces travaux. La création, il y a des années, des centres pour le Développement des Traditions Orales en Afrique ne semble pas avoir donné des résultats attendus. Chaque pays africain, aujourd’hui, doit pouvoir présenter aux bailleurs les résultats des activités effectuées depuis des années. A moins que la culture ne soit devenue un gouffre à sous, dont le ventre reste toujours vide.

Les différentes contributions résultent pourtant de nombreux pays africains abritant des centres de conservation et de développement des traditions orales. Le CELHTO de Niamey, au Niger, qui est le Centre d’études lingusitiques et historiques par tradition orale de l’Organisation de l’Unité Africaine conserve pour le moment les CD du Niger, du Sénégal, de la Guinée,du Mali, du Burkina Faso et du Bénin.

On signalera aussi le Centre régional de recherche et de documentation sur les traditions orales et pour le développement des langues africaines (CERDOTOLA) de Yaoundé, qui conserve les CD du Cameroun, de la RCA et du Burundi. Vient ensuite le Centre d’investigation et de documentation sur l’oralité de l’Université de l’Océan indien, le CILDO de Madagascar, chargé de la conservation des CD de Madagascar, des Comores, de Maurice et de Djibouti.

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