Articles

Colloque REFAD 2014 : numérique et pédagogie en synergie

Deux projets qui font avancer la formation en ligne et l'utilisation des outils numériques pour l'apprentissage au Canada francophone

Par Christine Vaufrey , le 09 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 10 juin 2014

Cette année, le colloque du REFAD était consacré à la diversité des modèles de formation à distance. Ayant eu le plaisir et l'honneur d'y participer, j'ai pu découvrir plusieurs présentations de grand intérêt sur la formation à distance telle qu'elle se pratique à large échelle au Québec et plus globalement en français dans différentes provinces du Canada. 

Des circonstances historico-géographiques particulières ont favorisé le dynamisme de la FAD au Canada, notamment en langue française. La nécessité de proposer une offre éducative de qualité à des groupes de population parfois isolés, compte-tenu de la faible densité de population du pays est évidemment une contrainte qui a stimulé l'émergence de la FAD comme modalité habituelle de formation. La nécessité tout aussi impérieuse d'assurer la formation dans leur langue maternelle des francophones présents partout au Canada en a constitué une seconde, qui a d'ailleurs pesé lourd dans la création du REFAD voici 25 ans.

Ces raisons expliquent la spécificité du Québec et du Canada vis à vis des autres pays francophones, notamment européens, face à la FAD : celle-ci n'est pas venue en complément mais en lieu en place d'une offre en présence inexistante ou insuffisante. Aujourd'hui, de l'avis même d'Alain Langlois directeur général du REFAD, on peut considérer comme acquise l'existence d'une offre de formation en ligne pérenne et de qualité en français au Canada. 

La tâche des membres du REFAD n'est pas terminée pour autant. Ils s'emploient désormais à adapter l'offre de formation en ligne à la réalité des besoins des compétences du XXIe siècle et à tirer le meilleur parti des outils numériques pour améliorer l'expérience offerte aux apprenants. Ce qui, dans les deux cas, passe par des mutations pédagogiques profondes. 

Deux présentations témoignaient particulièrement bien de cette volonté de modifier en profondeur les modes d'apprentissage proposés aux étudiants.

 

Laboratoire à distance partagé

La première nous a permis de prendre connaissance du projet E-lab, projet de collaboration pour développer et mettre en exploitation des laboratoires à distance (LAD) entre l’École de Technologie Supérieure de Montréal et trois cégeps qui proposent un cursus collégial d'Electronique industrielle. Concrètement, il s'agit de mettre à disposition un laboratoire équipé, dans lequel les étudiants peuvent utiliser à distance différentes machines à commande numérique en temps réel. Il ne s'agit donc pas de simulation, mais bien de commande à distance, d'expérience menée de bout en bout et en temps réel, sur un équipement "en dur" visible via l'image vidéo.

 

Cet équipement étant accessible en ligne peut être partagé et c'est le choix opéré par l'Ecole de technologie Supérieure de Montréal, en direction de cegeps qui ne disposent pas toujours d'un équipement équivalent en leurs murs et ont donc tout intérêt à utiliser cet équipement mutualisé. On imagine sans peine le potentiel international d'un tel équipement, le frein majeur résidant actuellement dans la taille de la bande passante de l'utilisateur, puisque l'utilisation des machines se fait en temps réel et limité. Gageons que d'ici quelques années tout au plus, lorsque la qualité de la connexion se sera améliorée à peu près partout dans le monde, de telles expériences de partage deviendront choses courantes. 

La création de ce laboratoire à distance s'inscrit dans une réflexion pédagogique approfondie de la part de ses concepteurs, messieurs Radhi Miri et Vahé Nerguizian. Tous deux ont souhaité valoriser l'apprentissage expérientiel et l'approche par résolution de problèmes chez les étudiants, et inscrivent la manipulation des machines dans une démarche plus vaste qui conduit les étudiants à s'imerger dans un environnement industriel, à poser des hypothèses, à réaliser des actions, se corriger, puis tirer le bilan de leurs manipulations. 

 

Un cours comme une enquête

La présentation qui a suivi celle-ci était réalisée par Olivier Alfiéri, chef de projet multimédia au CFORP (Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques). Après avoir dressé un vaste panorama des mutations opérées par la digitalisation de nos sociétés et de ses profonds impacts sur les modes de production et d'apprentissage, Olivier Alfieri a présenté un prototype de cours en ligne sur le développement cognitif, dans lequel les concepteurs se sont efforcés de prendre en compte les impératifs d'élaboration d'une pensée critique chez l'apprenant. Concnrètement, ce cours présente les particularités suivantes :

- L'apprentissage y est conçu comme une "enquête" à mener par l'apprenant, qui va donc mener une intense activité de recherche, de mise en relation, de déduction et de synthèse, plutot que d'assimilation de contenus tout préparés.

 

- Chaque module commence par une vidéo déclencheuse, qui stimule l'activité de recherche de l'apprenant. À chaque module correspond également une question "englobante", à laquelle l'apprenant devra apporter une réponse.

- Les contenus (fortement réduits vis à vis de la version antérieure et plus classique du même cours) et les activités sont présentés de manière délinéarisée. L'apprenant a donc la choix d'élaborer son parcours comme il l'entend. 

- Les activités se présentent toutes sous formes de questions et impliquent des productions transmédias de la part des apprenants. Logiquement, ces productions sont collectées dans un portfolio qui apporte les preuves des accomplissements. Des espaces d'interaction sont intégrés à ce portfolio. 

Nous pourrions citer également beaucoup d'autres projets présentés lors du colloque du REFAD, qui à un titre ou à un autre témoignent de la volonté de leurs concepteurs et des institutions qui les distribuent de faire avancer la FAD au Canada francophone. 

 

Des MOOCs en plus grand nombre

Autre signe fort positif, l'annonce de plusieurs MOOCs en français pour la prochaine rentrée : la TELUQ en proposera deux et le cegep à distance en offrira un consacré à la biologie humaine dès la fin août. Cette initiative est d'autant plus intéressante qu'elle s'adresse à des étudiants de niveau collégial, niveau dont tout le monde reconnaît qu'il est prioritaire mais que bien peu jusqu'alors ont pris la peine d'explorer. Ces nouveaux cours, dont nous reparlerons largement, viennent étoffer une offre de MOOC jusqu'ici modeste au Canada francophone, en dépit de la position de pionnier occupée par HEC Montréal qui propose depuis deux ans des cours de marketing et d'entrepreneuriat et du Mooc sur les REL distribué voici quelques mois par l'université de Moncton (Nouveau-Brunswick), l'OIF et leurs partenaires.

Références :

Archives en ligne (captation vidéo et diaporamas- du colloque 2014 du REFAD : http://www.refad.ca/publications-et-rapports-de-recherche/publications/colloque/colloque-2014/ 

Présentation du projet e-Lab : http://elab.etsmtl.ca/accueil/?page_id=71 

CFORP : http://www2.cforp.ca/ 

Christine Vaufrey. "FAD : vers des apprentissages massivement personnalisés". Diaporama + texte de la conférence présentée les 29 et 30 mai au colloque REFAD 2014, Slideshare, 09 juin 2014 : http://fr.slideshare.net/christing/vers-une-formation-massivement-personnalise 

Photos : photos du colloques prises par Alain Langlois, REFAD, avec son aimable autorisation.

Capture d'écran : présentation d'Olivier Alfieri, "L'apprentissage numérique au 21e siècle : défis pour susciter l'esprit critique des apprenants".

Avez-vous apprécié cette page?

Voir plus d'articles de cet auteur

Accédez à des services exclusifs gratuitement

Inscrivez-vous et recevez des infolettres sur :

De plus, indexez vos ressources préférées dans vos propres dossiers et retrouvez votre historique de consultation.

M’abonner
Je suis déja abonné