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Etudes universitaires : buffet en libre service

L'apprentissage par compétences tel qu'il est expérimenté dans cette université intéresse fortement les Américains. Son implantation suscite toutefois quelques malaises.

Par Alexandre Roberge , le 15 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 17 septembre 2014

La formule du buffet « all you can eat » est extrêmement populaire chez les Américains et gagne du terrain ailleurs. On parle là de ces immenses salles où sont proposés des dizaines, voire des centaines de plats différents. Les individus paient un montant fixe et ils mangent ce qu'ils veulent, autant qu'ils le veulent, dans le temps qu'ils veulent. Qu'est-ce que cela a à voir avec l'éducation ? Dans la dernière année aux États-Unis, les instances publiques ont commencé à s'intéresser à un modèle de formation qui reprend un peu ce principe. Le Wisconsin, entre autres, l'a adopté depuis novembre 2013 pour son université d'État.

C'est ce qu'on appelle dans cette université publique l'apprentissage par compétences. Pour l'expliquer, comparons-le avec le modèle de base – traditionnel – de l'éducation postsecondaire. Pour recevoir un diplôme, un étudiant doit assister à un nombre d'heures de cours qui correspondent à des crédits. Après l'obtention d'un nombre déterminé de crédits, il reçoit son certificat. Or, cette approche pénalise tous ceux qui désireraient se former durant leur carrière, mais qui ne peuvent pas retourner sur les campus en jonglant entre travail et vie familiale. Il y a aussi des gens qui aimeraient se former au cours de leur vie, mais sont rebutés par l'enseignement magistral universitaire classique.

Voilà la beauté de l'apprentissage par compétences. Un individu n'a pas à se soumettre au calendrier scolaire : il peut commencer quand il le veut, étudier à son rythme, etc. Comme la formation à distance, en fin de compte! Mais contrairement à celle-ci, l'étudiant n'a pas à suivre un plan de cours. En payant un montant fixe (ex.: 2250 $ US au Wisconsin), l'étudiant a accès pendant 3 mois à pratiquement tout le matériel pédagogique créé par l'établissement. Il peut donc consulter ce qu'il souhaite et omettre ce qui l'ennuie ou qui ne semble pas pertinent à ses yeux.

Par la suite, il se soumet, là encore quand il le veut, à des tests qui évaluent ses compétences dans le programme auquel il est inscrit. Le Wisconsin a aussi conçu un modèle pour ceux qui souhaitent acquérir une compétence en particulier. Une version moins libre, mais aussi moins chère (900 $ pour 3 mois). Ainsi, l'apprentissage par compétences permet aux plus rapides et compétents d'avoir leur diplôme en mains en quelques mois seulement plutôt qu'après quelques années.

Des compétences, comment ça s'évalue?

Ce nouveau système cause tout de même quelques maux de tête aux responsables de l'éducation postsecondaire au Wisconsin. Comment cet apprentissage flexible sera-t-il réalisable dans un contexte de restriction budgétaire ? D'autant plus qu'il faudra, forcément, engager des tuteurs pour suivre et aider ces étudiants « électrons libres » dans leur démarche d'apprentissage. Et la question principale est la suivante : comment déterminer la maîtrise d'une compétence ? Certains disent qu'il faudrait que la note des examens soit au minimum équivalente à un B (80-89% de réussite à l'examen). Mais est-ce suffisant pour parler d'une réelle maîtrise de l'apprenant? Beaucoup de professeurs sont ainsi gênés par cette possible distribution de diplômes de l'université du Wisconsin, sans qu'il soit mention sur le certificat qu'il s'agit d'un apprentissage flexible plutôt que traditionnel.

Certains recteurs en revanche estiment que l'avènement de cette nouvelle méthode d'apprentissage va forcer les enseignants à changer leurs façons de noter. Évaluent-ils réellement les compétences des étudiants ou ne font-ils que « récompenser » ceux qui étaient présents durant un nombre d'heures en classe ? Pour eux, cette nouvelle voie améliorera donc passablement l'évaluation universitaire dans les prochaines années.

La méthode flexible par compétences ne fait donc pas l'unanimité et ce, même si le Département de l'éducation américain s'y intéresse sérieusement. Toutefois, cela ne signifie nullement la fin des campus. Déjà parce que, pour le moment, il s'agit d'un programme expérimental qui n'accepte que 10 étudiants à la fois. De plus, beaucoup croient que quand bien même il serait ouvert à plus un vaste public, l'apprentissage flexible ne constituerait qu'une option éducative pour les professionnels et adultes. Fort probablement, les plus jeunes continueraient, après leurs études secondaires, à emprunter les voies traditionnelles de la formation.

Illustration : Ellagrin, shutterstock

Références :

Carlson, Scott. "Competency-Based Education Goes Mainstream in Wisconsin - NEXT: The Future of Higher Education." The Chronicle of Higher Education. Dernière mise à jour : 30 septembre 2013. http://chronicle.com/article/Competency-Based-Education/141871/.

UW Flexible Option. "Competency-Based Education: What It Is, How It’s Different, Why It Matters." Dernière mise à jour : 24 janvier 2014. http://flex.wisconsin.edu/competency-based-education-what-it-is-how-its-different-and-why-it-matters-to-you/.

Leber, Jessica. "An "All You Can Eat" College Degree Could Be The Future Of Higher Education." Co.Exist. Dernière mise à jour : 22 octobre 2013. http://www.fastcoexist.com/3020185/an-all-you-can-eat-college-degree-could-be-the-future-of-higher-education.

UW Flexible Option. Consulté le 10 juin 2014. http://flex.wisconsin.edu/.

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