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Former le salarié aux compétences comportementales

Le salarié idéal est un caméléon capable de développer des compétences comportementales.

Par Élodie Lestonat , le 16 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 17 septembre 2014

EY (Ernst and Young) et LinkedIn ont publié une étude dressant le profil du salarié idéal. Cette étude met en évidence une évolution du travail dont les implications concernent autant l’entreprise que le salarié.

Jean-Pierre Letartre, Président d’EY- France (cabinet d’audit), part de la constatation suivante : « Le travail a été continuellement déconstruit et reconstruit à travers les siècles(…). La mondialisation des échanges et le développement des technologies numériques ont achevé de bouleverser le temps, l’espace et les modalités du travail qui, du salarié à l’auto-entrepreneur, a désormais mille visages ».

En conséquence, les entreprises doivent revisiter leur organisation afin d’assurer la cohérence entre les besoins managériaux et la définition des rôles des salariés. Désormais l’environnement agit donc de façon très présente sur la structure fonctionnelle et managériale de l’entreprise mais aussi sur les profils des salariés qui la compose.

Cette étude, fondée sur une enquête de l’institut CSA, les analyses de LinkedIn à partir de Data Base, du cabinet EY de plus de 7600 offres d’emplois et d’experts et d’entreprises, cerne les mutations opérées dans les compétences attendues des salariés qui sont plurielles, de la compétence sectorielle aux compétences comportementales.

 La montée en puissance des « soft skills »

Les attentes en matière de « soft skills » ou de savoir-être ont toujours fait l’objet de quelques lignes dans les annonces d’offres d’emploi. Aujourd’hui elles sont davantage détaillées et correspondent à des besoins clairement identifiés de la part des entreprises. Ainsi, la capacité à travailler en équipe va désormais au-delà du simple coup de main donné à un collègue mais répond à un management de projet basé sur une action collaborative et agile. Désormais, les salariés doivent à la fois détenir des compétences techniques spécialisées et faire preuve d’une capacité à s’adapter à un environnement économique incertain, à un « VUCA world », comme nous l'évoquions la semaine passée.

En ce sens, le salarié devient un être « caméléon ». 

 

La diversité des compétences comportementales

 Les compétences comportementales du salarié caméléon qui sont les plus avancées dans cette étude sont : le travail en équipe (33% des employeurs), la gestion du stress (30 %) et l’adaptabilité (28%).

1. La capacité à travailler en équipe

La capacité à travailler en équipe ne se limite plus aux murs d’une seule entité. Dans le cadre d’un cadre de travail étendu, le salarié doit être capable de s’intégrer dans une équipe où cohabitent des métiers, des profils et des statuts divers. A ce titre, l’entreprise se complexifie car elle intègre dans son maillage de ressources humaines consultants, salariés freelance, prestataires, stagiaires,..., qui tous participent à la dynamique de l’organisation.

2. L’adaptabilité

L’activité de l’entreprise dépasse un cadre spatio-temporel unique. Une réunion stratégique avec l’équipe de New-York le lundi, un débriefing avec les équipes commerciales en Europe le mercredi, un recadrage avec les unités de production en Inde le jeudi…, la semaine du salarié fait fi des contraintes de déplacement. Le salarié doit conjuguer avec des environnements incertains, des espaces géographiques, des zones horaires et des contraintes culturelles et économiques multiples. Les décisions sont prises en visio-conférence d’un bout à l’autre de la planète, réduisant les délais et accélérant les rythmes de travail. Le salarié doit de façon permanente être capable de s’adapter au changement.

3. La gestion du stress

Les compétences attendues étant de plus en plus nombreuses et complexes tant sur le plan technique que comportemental, il est évident que le salarié devra être en mesure de gérer l’afflux de tâches et d’informations. D’autant qu’une pression accrue dans un environnement incertain peut engendrer des troubles psychosociaux et comportementaux. Reste à savoir comment détecter lors d’un entretien, la capacité des candidats à faire preuve de contrôle, et de pondération lorsqu’ils seront confrontés à la difficulté de l’exercice.

 

 Le salarié idéal n’existe pas, il faut le former

Le salarié répondant à toutes ces attentes a priori, n’existe pas. C’est le terrain qui lui donnera l’occasion de développer ses compétences. Cependant pour favoriser le développement des compétences comportementales, la formation et les Ressources humaines sont incontournables.

Les Universités d’entreprises illustrent bien cette tendance à un renforcement des compétences grâce à la formation. L’étude révèle que les dirigeants ont pris conscience de cette nécessité qui pourrait devenir une arme dans le combat que se livrent les entreprises. La formaiton en cours d'emploi est en effet considére comme un « levier prioritaire » pour 54 % des dirigeants interrogés à l’échelle mondiale, 64 % pour l’Allemagne contre seulement 32 % pour la France. Analyser le lien entre état de la formation continue et santé des économies et des secteurs d’activités serait d’ailleurs intéressant.

 

Il est nécessaire d’intégrer la formation tout au long de la vie au parcours des salariés, cette exigence étant renforcée dans un environnement toujours en mutation. Les modules doivent ponctuer les carrières et permettent une montée en puissance des compétences et des talents. L’informatique offre des possibilités intéressantes : que la formation continue soit proposée en présentiel, de façon mixte ("blended") ou intégralement à distance, la pédagogie qui articule souvent des modules courts, gagne à intégrer les outils numériques. « Plateformes collaboratives, mises en situation, kits multimédias, intranet performant » sont des propositions à retenir mais auxquelles il est utile d’ajouter MOOCs, cMOOCs, gamification et interactivité des modules, simulations, workshops ou ateliers, Fablabs… A l’instar des autres domaines, la formation aux compétences comportementales par le numérique est devenu un incontournable.

Une question reste entière : comment les salariés seront-ils récompensés de l'effort comportemental réalisé pour s'adapter aux exigences de l'entreprise ?

Références

 Advisory, Assurance, Tax, Transaction Services - EY - Global. "EY La révolution des métiers - Nouveaux métiers, nouvelles compétences : quels enjeux pour l’entreprise ? - EY - France." Date de consultation 16 juin 2014. http://www.ey.com/FR/fr/Issues/Business-environment/revolution-des-metiers.

 Mazoir, Fabrice. "Bienvenue dans l'ère du salarié caméléon - Mode(s) d’emploi." Mode(s) d’emploi. Date de publication 19 mai 2014. http://www.blog-emploi.com/employe-ideal-cameleon/

Illustration : docstockmedia, shutterstock.com

 

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