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L'Afrique forme ses leaders de demain

La multiplication des programmes de formation au leadership et autres écoles d'excellence en Afrique relève t-elle d'une simple mise en marché du développement, ou d'une réelle volonté de conduire les pays autrement ?

Par Philippe Menkoué , le 17 juin 2014 | Dernière mise à jour de l'article le 17 septembre 2014

Programmes de bourses de leadership, écoles d’élites, académies d’excellence... Tels de véritables « moules à leaders », les initiatives visant à « former les leaders africains de demain » se multiplient. D’ici ou d’ailleurs, elles symbolisent le désir de voir émerger sur le continent une nouvelle élite, plus à même de trouver des solutions à ses problèmes et de mener des actions efficientes en vue de son développement. Un phénomène loin d’être anodin qui mérite certainement qu’on s’y intéresse de plus près.

 

Des « pépinières d’élites » qui s’assument …

Bourses de leadership Mo Ibrahim, African Leadership Academy, Youth African Leaders Initiative (YALI) et tutti quanti, l’avenir de l’Afrique préoccupe parfois autant que les initiatives mises en place pour le préparer. Des initiatives derrière lesquelles se trouvent toujours des personnalités ou des institutions d’envergure, convaincus que l’avenir du continent dépend en grande partie du potentiel de ses futurs leaders. La nécessité de les former, afin qu’ils acquièrent connaissances et compétences indispensables à la conduite de cette lourde tâche de développer le continent qui leur incombe, s’impose donc comme un impératif et constitue la mission que se donnent ces programmes qui se présentent au final comme des sortes de « réservoirs de talents ».

Andrew England, prenant le cas spécifique de l’African Leadership Academy de Johannesburg, le dit en ces termes : l’ambition de ces « pépinière d’élites » est de « former des futurs leaders ». Une solution « au déficit de main d’œuvre qualifiée » que connait le continent et une manière de « faire ainsi naître une nouvelle génération de dirigeants africains ». Car, les objectifs des initiatives sont les mêmes : « identifier et préparer les potentiels leaders africains de demain en leur proposant un mentorat au sein de trois institutions multilatérales clés » pour le programme de bourse de leadership de la fondation Mo Ibrahim ; « soutenir les jeunes leaders africains à stimuler la croissance et la prospérité, renforcer la gouvernance démocratique, et de renforcer la paix et la sécurité à travers l'Afrique » à travers des formations en leadership notamment pour l’Initiative des Jeunes Leaders Africains (en anglais YALI) de Washington pour ne citer que ceux-ci. Des initiatives ambitieuses dont l’impact ne peut être perceptible que sur le long terme, mais dont les mobiles et la cohérence suscitent bien des interrogations.

 

… Et des interrogations qui subsistent

Les incertitudes tant sur les mobiles que sur la viabilité de ces projets sont légions et l’on peine parfois à trouver des réponses aux multiples questions qu’elles soulèvent. L’Afrique souffrirait-elle plus d’un manque de leadership et de compétences que d’une absence de volonté réelle de nombre d’africains eux-mêmes de développer leur continent ? La majorité des dirigeants actuels ne sont-ils pas déjà instruits, qualifiés et parfois passés par ces « pépinières d’élites » ? Comment admettre qu’une initiative visant entre autre à offrir une « expérience de terrain » aux futurs leaders africains, se déroule en Occident ? Le succès de ces programmes n’est-il pas symptomatique de l’échec des institutions universitaires africaines à offrir aux jeunes des formations de qualité (si tant il est vrai qu’au Nord, l’essentiel de l’élite est formée dans les universités) ? Autant de questions qui suscitent bien des débats et dont les réponses ne sont certainement pas évidentes.

Quoiqu’il en soit, la multiplication de ce type d’initiatives et l’importance du nombre de candidatures qu’elles reçoivent, montrent bien que les Africains ont compris que l’émergence à laquelle aspirent leurs pays (à des horizons différents cependant) passe certainement d’abord par l’intégration d’une certaine culture de l’excellence dans leurs pratiques. Après tout, leadership et entrepreneuriat ne vont-ils pas toujours de pair ?

 

Références :

- England, Andrew. « Afrique du Sud : African Leadership Academy, pépinière d’élite » ; Jeune Afrique, le 4 novembre 2011. Lien : http://www.jeuneafrique.com/Article/ARTJAJA2650p064-065.xml1/

- Young African Leaders Initiative (YALI) Network. Consulté le 16 juin 2014.  Lien : http://youngafricanleaders.state.gov/

- Djomo Tiogang, M. «  Programme de bourses de Washington 2014 de l’Initiative des Jeunes Leaders Africains (YALI) du président américain Obama ». Médiaterre, 31 janvier 2014. Lien : http://www.mediaterre.org/actu,20140131095323,15.html

Illustration : EDHAR, Shutterstock.com

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