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Publié le 24 juin 2009 Mis à jour le 23 octobre 2020

Adieu le e-learning, et vive les technologies intégrées

Lors de la quatrième édition du Forum des TIC à l'Université du travail de Charleroi (Belgique), Pierre Dillenbourg a proposé, en visioconférence, une intervention au titre provocateur, "La fin du e-learning".

Pierre Dillenbourg est enseignant à l'EPFL (Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne) et directeur d'un laboratoire de recherche consacré aux technologies de la formation. A ce titre, il est bien placé pour analyser l'évolution de l'usage de ces technologies, leurs limites et leur potentiel.

C'est ainsi qu'il annonce "la fin du e-Learning" en tant qu'objet industriel et froid, coupé de la vie réelle. Il encourage vivement les organismes de formation et d'enseignement accueillant des étudiants dans une infrastructure physique à "ne pas concevoir des projets de e-Learning, mais des projets de formation". L'essentiel, c'est d'attirer les meilleurs étudiants et de les former de manière optimale. Pour atteindre cet objectif, l'utilisation des technologies et du e-Learning ne doivent être considérés que comme des moyens, certainement pas comme des objectifs en tant que tels.

Outil froid contre pratiques vivantes

Car la formation, c'est la vie. L'apprentissage se construit au travers des interactions, des débats, des prises de position, des travaux de groupes, bref, de tout ce qui anime une salle de classe. P. Dillenbourg fournit alors, dans cette conférence, plusieurs exemples de scénarios pédagogiques mêlant des activités individuelles, en petits groupes et en classe entière, réalisées alternativement avec ou sans ordinateurs. Le vecteur d'apprentissage en effet, ce n'est pas la disponibilité du contenu, c'est l'activité. Tous les contenus sont sur le web, mais cette disponibilité ne crée pas, en elle-même, de l'apprentissage : "Vous ne nous voyez pas dire à nos étudiants : 'Lisez tout Wikipedia, revenez dans cinq ans et vous serez ingénieurs'". Il s'agit donc de remettre les technologies d'enseignement et les contenus disciplinaires à leur juste place, et surtout de rendre la première place à l'enseignant, qui est le chef d'orchestre de la formation.

P. Dillenbourg regrette en effet que le recours croissant au e-Learning dans les universités et établissements d'enseignement ait pu laisser penser que le prof allait quitter le devant de la scène; certes, il n'est plus aujourd'hui considéré comme l'unique puits de savoir auquel l'étudiant allait s'abreuver. Mais il ne doit pourtant pas être "mis sur le côté", cantonné à un rôle de facilitateur discret. Il doit endosser le frac du chef d'orchestre qui conçoit le scénario d'apprentissage, le gère, interprète et complète les productions des étudiants, gère le rythme du cours, etc. Car sa personnalité, son enthousiasme, la passion dont il fait preuve pour sa discipline, continuent d'être plébiscités par les étudiants et constituent de solides vecteurs d'intérêt.

Des technologies intégrées aux objets familiers

Dans la seconde partie de son intervention, Dillenbourg développe la thèse selon laquelle les enseignants acceptent plus volontiers les technologies de formation quand ces dernières ne sont pas étiquetées comme telles. Il propose différents exemples d'objets hautement technologiques intégrés aux activités en classe, tels qu'une table qui indique qui parle le plus dans un groupe, un entrepôt en modèle réduit qui permet aux étudiants en logistique d'élaborer plusieurs scénarios de stockage... Certes, ces outils ne sont pas à la portée de tous; mais plus simplement, on note que le TBI par exemple trouve ses adeptes précisément parce qu'il enrichit les pratiques plutôt que de s'y substituer, et conserve un aspect familier. Dans le même ordre d'idées, Dillenbourg milite pour l'usage conservé du papier, plutôt que des fichiers numériques, qui demeure le support favori des enseignants et des élèves.

Bien entendu, ce plaidoyer pour l'intégration fluide des technologies dans l'enseignement ne peut écarter d'un revers de main l'intérêt indéniable du e-Learning dans de nombreuses circonstances. L'éloignement des centres de formation, la compatibilité du temps de formation avec une activité professionnelle, le désir d'en savoir plus sur un sujet donné sans pour cela s'inscrire dans une Université... sont autant d'excellentes raisons de faire appel à la formation à distance. Mais on conservera dans ces circonstances l'idée forte de P. Dillenbourg, à savoir la nécessité d'introduire de la vie dans la formation, notamment au travers des interactions entre étudiants, de la scénarisation des parcours d'apprentissage (adieu, les dépôts d'indigestes fichiers en pdf sans consignes d'activités...), de la complémentarité entre des activités menées dans le monde réel (enquêtes, entrevues, travail sur maquettes...) et des activités en ligne.

Alors, la mort du e-Learning ? Certainement pas. Mais un e-Learning vivant, relié au monde, nourri d'échanges, certainement.

La fin du e-Learning, visioconférence, Pierre Dillenbourg. Sur le site du Campus Numérique (Belgique).

 


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