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L’éducation non formelle est-elle une éducation informe ?*

Par Manuel Rulier , le 13 octobre 2004 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

De plus en plus d’individus et les communautés se tournent vers des formes alternatives d’enseignement qui peuvent être regroupées sous l’appellation plus globale d’éducation non formelle. Un concept discutable.

Eléments de définition

L’éducation formelle (réseau scolaire institutionnel) doit désormais tenir compte de l’éducation non formelle (organismes communautaires à vocation éducative) et de l’éducation informelle (famille, télévision, Internet, journaux, etc.). Naturellement, les nouvelles technologies permettent la multiplication de pôles d’éducation non formelle. Les échanges d’information sont de plus en plus rapides, les soumissions et les corrections aussi.

L’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe donne cette définition un tantinet administrative mais complète. "L’éducation non formelle fait partie intégrante de la notion d’éducation permanente qui permet aux jeunes et aux adultes d’acquérir et d’entretenir les compétences, les aptitudes et les dispositions nécessaires pour s’adapter à un environnement en mutation constante. Elle peut résulter d’une initiative individuelle et prendre la forme de diverses activités d’apprentissage menées en dehors du système éducatif formel. Une part importante de l’éducation non formelle est assurée par des organisations non gouvernementales s’intéressant au travail communautaire et aux activités de jeunesse."

Intéressant : la notion d’éducation non formelle est attachée à celle d’éducation au sens large, elle est une partie dans un tout.

On saisit également la valeur de cette éducation informelle qui relaierait l’éducation formelle en perte de vitesse par une prise en charge des élèves (qu’on appelle des apprenants) en dehors du cursus scolaire traditionnel.

"non formelle" donc "non structurée" ?

Mais ce qui fait alors la force et l’originalité du concept d’éducation non formelle en révèle aussi la faiblesse : à partir du moment où j’apprends à l’extérieur de l’école, je bénéficie d’une "éducation non formelle", autrement dit, pas formalisée du tout. Une trop grande extension du concept le vide de son sens.

Si l’on admet comme juste la définition d’une éducation informelle comme "processus par lequel une personne acquiert durant sa vie des connaissances, des aptitudes et des attitudes par l’expérience quotidienne et les relations avec le milieu", on ne peut pas faire de différence entre un acte d’apprentissage quelconque et celui qu’apporterait l’éducation informelle. On peut juste affirmer que cette éducation est présente partout où l’éducation et les programmes officiels sont absents. Or une définition par la négative n’en est pas vraiment une.

L’éducation informelle est réalisée, de manière fortruite et diffuse, à travers les principaux canaux suivants :

  • La cellule familiale
  • La communauté
  • Les groupes sociaux et les mouvements associatifs
  • Les médias et toutes formes de communication sociale.

On situe aisément le risque de dérive : l’éducation informelle diffusée en dehors de tout cadre administratif peut n’être qu’une reproduction d’erreurs, de schémas culturels ataviques, etc. Autre hypothèse : ce que l’on juge moderne dans la démarche d’éducation informelle n’est peut-être qu’un retour à un ancien schème d’enseignement : celui des savoirs empiriques transmis par les anciens.

Les détracteurs de l’éducation informelle dénoncent, on s’en doute, ce flottement définitionnel et reprochent à leurs adversaires de vouloir substituer à l’instruction une prétendue formation tout au long de la vie en remplaçant l’enseignement des connaissances par une éducation informelle où l’apprenant se forme tout seul dans les lieux de vie que sont les quartiers, les cercles municipaux, les centres commerciaux, les lieux de culte, les parcs et places publiques, les gares ferroviaires ou routières, les centres médicaux et complexes de loisirs, ainsi que les cantines des lieux de travail. L’autodidactique a ses risques et ses limites.

De leur côté, les défenseurs de l’éducation informelle soulignent l’aspect alternatif, dynamique, solidaire et citoyen de cette nouvelle manière d’apprendre.

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