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Les enjeux cachés de l’apprentissage des langues

Par Thotediteur , le 13 septembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 29 octobre 2018

A l’instar de nombreux pays, le Maroc est depuis plusieurs décennies engagé dans un débat majeur : comment réformer efficacement un enseignement jugé défaillant ? L’arabisation des cycles primaire et secondaire, menée quelque peu hâtivement dans les années soixante, est souvent perçue comme étant à l’origine de tous les maux actuels. Jugement sans doute excessif sans être complètement faux. L’adoption de la langue arabe comme langue d’enseignement a soulevé et continue de soulever de nombreux défis dans sa mise en œuvre : formation des maitres, création et/ou adaptation des programmes, création d’outils pédagogiques, etc. Avec des réponses qui ne sont pas toujours à la hauteur des espérances.

Parmi les questions complexes qu’induit la réforme linguistique d'un système éducatif figure aussi l’imbrication entre les langues nationale, maternelle et d’enseignement, thème débattu lors d’une récente Université d’été du Centre international des études pédagogiques (CIEP) de l’Université de Nantes. C’est précisément le genre de question que se posent les responsables de l’éducation au Maroc, et au-delà dans toute la région nord-africaine. Faut-il utiliser uniquement l’arabe dit classique et courir le risque de voir de larges pans de la population – les berbérophones bien sûr mais aussi ceux qui sont beaucoup plus à l’aise avec l’arabe dit dialectal, marocain, algérien ou tunisien – décrocher de l’école ?

Autre interrogation majeure, quelle place accorder aux langues étrangères ? A la langue française en particulier qui demeure, dans tous ces pays, la langue des affaires et des branches scientifiques de l’enseignement supérieur ?

Ces questions sont certes anciennes mais pourraient se poser en des termes nouveaux avec l’irruption des nouvelles technologies. Voici pourquoi.

 

Jeter des ponts entre les langues

La traduction des langues est certainement l’un des terrains de prédilection des nouvelles technologies. Et aussi celui où les avancées sont à la fois réelles et encore potentiellement très prometteuses. La recherche en traduction automatique est très active et explore de nombreuses pistes. Les logiciels de traduction existent partout librement, avec des résultats plus ou moins heureux. D’une manière plus générale, ces traducteurs, que les principaux navigateurs intègrent désormais dans leur offre, donnent plus le sens global d’une page que les nuances de son contenu original. Le temps constitue ici un critère déterminant : on veut comprendre tout de suite sans entrer dans les détails.

La puissance des processeurs en constante progression ouvre cependant la voie à des progrès spectaculaires. Les applications professionnelles payantes tiennent à présent compte du contexte pour produire des traductions de plus en plus fidèles. Il ne fait pas de doute qu’à brève échéance, elles permettront de naviguer aisément d’un idiome à l’autre, au moins pour les plus parlés d’entre eux. Il sera alors possible de suivre un enseignement dans une langue dont on ne maitrise pas forcément toutes les finesses.

Ces dispositifs seront embarqués et individualisés grâce aux progrès de l’Internet mobile. Ils se présentent déjà sous forme d'utilitaires (widgets) à placer sur son site d’enseignement. Mais ces moyens technologiques, aussi évolués soient-ils, ne risquent-ils pas de renforcer la culture du net qui incite à survoler et butiner plus qu’à analyser ou évaluer. Ce zapping linguistique pourrait ainsi renforcer le texto, cette cyberlangue dont se servent les adolescents pour communiquer. Une langue dotée d’un corpus mais qui est à ce point utilitaire qu’elle en oublie de restituer la poésie des mots.

Alors, comment enseigner une langue en transmettant les valeurs culturelles dont elle est nécessairement le vecteur ? Une réponse possible est de prôner l’immersion comme mode d’apprentissage linguistique.  

 

Apprendre autrement

L’apprentissage des langues est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux spécialistes ! Le temps d’un enseignement académique des langues n’est certes pas révolu mais de plus en plus concurrencé par des méthodes alternatives. Sans parler des innombrables jeux disponibles gratuitement sur le net comme ici, l’apprentissage se fait par bien d’autres biais que ceux qui sont recensés dans ce tableau. Les jeunes préfèrent apprendre l’anglais en regardant des films en version originale. Ils écoutent dans leurs oreillettes les chansons et déchiffrent aisément la subtilité des textes. Bref, ils adoptent la méthode de l’immersion, la plasticité des jeunes cerveaux faisant le reste.

On doit également évoquer l'apprentissage dit "de spécialités". On parle d’anglais (ou de français) professionnel voire d’anglais des affaires ou du tourisme, etc. L’hyperspécialisation est ainsi censée faire gagner du temps.  

Cette liberté nouvelle pose cependant un nouveau défi : comment accéder à distance à des langues moins bien pourvues en sites de référence que l'anglais ? Quelles possibilités a-t-on d’apprendre l’arabe autrement par exemple ? Mis à part le très didactique webarabic.com, le riche site d’apprentissage de l’Académie de Lyon ou les très pertinentes fiches de l’Académie de Versailles, il faut l’avouer, c’est un peu le désert. On peut toujours se rabattre sur les films en version originale. Par contre, l’offre de jeux vidéo en arabe reste bien limitée.

Pour le français, sans prétendre concurrencer l’anglais, l’offre est tout de même assez conséquente. Le site de TV5 Monde comporte une méthode intéressante et complète pour tous ceux qui souhaitent maitriser la langue de Molière.

 

Cependant, quelle que soit la méthode arrêtée, l’étape initiale pour l’apprenant est de déterminer son niveau pour choisir en connaissance de cause l’outil le plus adapté. Le test proposé par le campus électronique du Centre national d’enseignement à distance (CNED) français est à cet égard particulièrement bien élaboré. Il permet de prendre le bon départ dans un processus d’apprentissage qui peut ainsi devenir le chemin le plus sûr pour explorer des cultures fascinantes mais aussi apprendre les sciences et les arts dans leur redoutable mais si enrichissante complexité. La qualité d’un enseignement se mesure aussi à la richesse de la langue dans lequel il est dispensé.

 

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