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La contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif

Par Denys Lamontagne , le 21 mai 2007 | Dernière mise à jour de l'article le 31 décembre 2010

Publié en avril 2007, le rapport « La contribution des nouvelles technologies à la modernisation du système éducatif» remis au Ministère de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, laisse perplexe tant le chantier paraît immense.

Par rapport à d’autres pays où l’éducation est une responsabilité décentralisée dans les régions, le système éducatif français est fortement concentré et peine à conserver sa cohérence devant les milliers de possibilités offertes par les nouvelles technologies.

«La convergence des efforts de l’État et des collectivités territoriales est décisive pour un développement des TICE. Au vu de quelques expérimentations et pratiques très locales, on perçoit l’enjeu majeur que ce développement représente pour l’ensemble du système éducatif.

Si l’organisation actuelle des relations entre l’État et les collectivités territoriales l’empêchait de s’en saisir pleinement, la question d’un réexamen des compétences, pour concilier définition des objectifs et des moyens de financement, ne manquerait pas alors de se poser, avec toutes les conséquences qu’une telle remise en cause impliquerait.»

Ceci semble bien compris mais les réponses proposées semblent ne pas considérer les effets objectifs d’Internet qui sont une spécialisation des institutions et un collaboration diffuse, et non une concentration. À ce titre, l’objectif d’un portail unique pour les contenus conformes à un guide relève d’une pensée d’une autre époque. Le défi de la cohérence est bien réel.

«La mission s’est attachée à clarifier, dans la mesure du possible, les responsabilités et à établir ce cadre d’action qui rend possible un réel partenariat entre l’État et les collectivités territoriales, sur la base d’orientations nationales et de référentiels bien établis.

L’association des collectivités territoriales aux objectifs de l’éducation nationale est en effet indispensable : celle-ci ne peut plus prétendre définir dans un isolement complet à quoi doivent servir et comment seront utilisés des équipements financés par celles-là.»

Bref un pas en avant, mais on peut être certains que ce sera très insuffisant.

Dans les paragraphes suivants vous trouverez le résumé du rapport et les recommandations.

«Le premier axe des propositions de la mission vise à assurer que l’État joue pleinement son rôle dans la conception d’une politique d’ensemble, traitant tous les volets des usages possibles des TICE et définie en concertation avec les collectivités territoriales dans le cadre du Conseil territorial de l’éducation nationale, et qu’il fournit les référentiels nécessaires à sa mise en oeuvre.

Cela signifie, d’une part, expliciter - niveau par niveau, discipline par discipline, acteur par acteur - les attentes du système éducatif vis-à-vis des TICE, dans le cadre d’une politique éducative encadrée. Cela signifie, d’autre part, mettre son expertise technique également au service des partenaires.

Le deuxième axe vise à faire du territoire académique le lieu de concertation opérationnelle et de gestion technique des moyens. Une coopération poussée entre les services académiques et les collectivités territoriales, mais aussi entre les collectivités territoriales elles-mêmes, s’impose.

Il s’agit non seulement de garantir, par un bon niveau de mutualisation, la performance des investissements et des moyens consacrés aux TICE mais aussi, plus fondamentalement, d’éviter une « balkanisation informatique » du système scolaire. Un pilotage national plus affirmé, reposant sur des indicateurs adaptés, doit permettre de garantir une cohérence à l’échelle du territoire national.

Le troisième axe de propositions recommande à l’éducation nationale de mettre en place une gestion du changement adaptée à l’enjeu. Une demande forte, et légitime, des collectivités territoriales porte sur la « garantie de résultats » à partir du moment où elles s’engagent sur une « garantie de moyens ». Cela passe par une communication et une offre de formation adaptées au public enseignant, ainsi que la mise en place d’incitations individuelles. Dans une phase de transition, un dispositif systématisé, homogénéisé et professionnalisé d’accompagnement local est essentiel.

Pour tirer pleinement parti du changement, le système éducatif doit aussi être en mesure d’initier des expériences innovantes dans un cadre méthodologique permettant de capitaliser les connaissances sur l’impact des outils et des pratiques.

Enfin, le quatrième axe de propositions vise à favoriser la viabilisation et la structuration du marché des ressources éducatives numériques, de façon à fournir aux enseignants les ressources innovantes nécessaires à la pleine intégration des TICE à l’acte éducatif.

Propositions

Proposition n°1 : Définir les orientations considérées comme stratégiques par le système éducatif pour l’usage des TICE, aux différents niveaux d’enseignement, pour les différentes disciplines d’enseignement ainsi que pour les acteurs majeurs du système éducatif que sont les élèves et les enseignants, en concertation avec les collectivités territoriales au sein du Conseil territorial de l’éducation nationale.

Proposition n°2 : Attribuer à la DGESCO la responsabilité de définir cette politique et de l’impulser sur le terrain.

Proposition n°3 : Définir le rôle des opérateurs publics sous tutelle du MENESR dans le cadre de la politique nationale des TICE et dans la perspective d’une rationalisation des moyens pour une plus grande efficacité.

Proposition n°4 : Concevoir la politique de développement des TICE globalement en y incluant les usages à la fois scolaires et extra-scolaires.

Proposition n°5 : Prendre en compte la convergence des besoins pédagogiques et de gestion dans la politique de développement des systèmes d’information de l’éducation nationale, en assurant un usage partagé des outils mis en place.

Proposition n°6 : Consulter les collectivités territoriales sur les projets de déploiement des systèmes d’information nationaux et les projets de définition de référentiels (cf. proposition n°8).

Proposition n°7 : Assurer la coordination des développements de solutions informatiques pilotés par les rectorats en mettant en place une cartographie dynamique des projets en cours, de façon à assurer de bonnes mutualisation et diffusion inter-académiques.

Proposition n°8 : Concevoir pour les outils nécessaires à la mise en oeuvre des TICE (réseaux dans les établissements, configuration type « classes mobiles », postes de travail, logiciels, etc.) des référentiels nationaux, techniques et fonctionnels, répondant aux évolutions technologiques, à l’image de ce qui a été fait avec le SDET.

Proposition n°9 : S’appuyer sur les référentiels nationaux pour mettre en place une certification nationale des solutions déployées.

Proposition n°10 : Recentrer l’organisation et le fonctionnement des missions TICE sur le développement de l’usage pédagogique des TICE.

Proposition n°11 : Affecter des moyens humains clairement identifiés aux missions TICE, sous la responsabilité d’un conseiller TICE IA-IPR, à plein temps, en mesure d’animer le réseau TICE de l’académie, couvrant tous les niveaux d’enseignement (1er et 2nd degré).

Proposition n°12 : Susciter la mise en place de plates-formes territoriales de services, communes à l’État et aux collectivités territoriales, afin de mutualiser les moyens nécessaires à la mise en oeuvre des équipements et solutions informatique des établissements scolaires.

Proposition n°13 : Bâtir un référentiel national d’indicateurs TICE de moyens et de résultats, commun à toutes les académies et incorporé dans les RAP académiques.

Proposition n°14 : Construire des indicateurs de mesure de la qualité des équipements mis en place en se basant sur les référentiels et les certifications définis au plan national.

Proposition n°15 : Inclure dans les programmes des inspections du 2nd degré un volet de contrôle de qualité de l’ensemble de la chaîne de validation des compétences B2i.

Proposition n°16 : Inclure dans les RAP académiques le nombre d’enseignants ayant validé les compétences du C2i enseignant.45

Proposition n°17 : Rassembler les orientations stratégiques de la politique en matière de TICE (cf. proposition n°1) dans des documents de référence destinés à l’ensemble des publics concernés (enseignants, personnels administratifs, parents, collectivités territoriales, partenaires de l’éducation), sur lesquels peut se fonder une communication nationale claire et cohérente.

Proposition n°18 : Assurer que la formation en IUFM répond aux besoins de la politique en matière de TICE. Mettre en place un dispositif national de validation des compétences C2i enseignant pour les enseignants déjà en poste.

Proposition n°19 : Concevoir des formations adaptées dans leurs modalités et dans leurs contenus au public enseignant. Évaluer la qualité de ces formations. Mettre en place des plans individualisés de formation et les certifications associées.

Proposition n°20 : Homogénéiser et professionnaliser l’accompagnement au changement de proximité, en définissant les fonctions « personnes ressources TICE » à affecter dans les établissements et en les organisant dans un réseau académique d’appui garantissant leur efficacité.

Proposition n°21 : Intégrer à l’évaluation des pratiques des enseignants une dimension TICE, portant sur la maîtrise des TIC par les élèves mais aussi la mobilisation des outils TICE par l’enseignant et valorisant l’investissement personnel au service de la communauté éducative.

Proposition n°22 : Définir des cadres méthodologiques pour encourager les expériences innovantes. Organiser la mutualisation des enseignements tirés de ces expériences, y compris sur le plan européen.

Proposition n°23 : Mettre en cohérence le système d’encouragement et de soutien à la production, en réservant les crédits d’acquisition d’État aux produits qui ont reçu la marque RIP et répondent à des besoins exprimés par le Schene et en concentrant les subventions directes à la production sur des services multimédia « structurants ».

Proposition n°24 : Concevoir des portails académiques permettant la dématérialisation des achats de ressources pédagogiques par les enseignants, éventuellement rattachés aux platesformes territoriales de service (cf. proposition n°12).

Proposition n°25 : Concevoir à destination des enseignants un guide d’aide à la production de ressources pédagogiques numériques, s’appuyant sur les référentiels nationaux pour les outils TICE et les produits et solutions certifiés.

Proposition n°26 : Faire converger, vers un seul portail permettant de stocker l’ensemble des contenus établis en utilisant le guide d’aide à la production, les différents portails publics de ressources pédagogiques développées par les enseignants.

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