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Facebook : j'y vais ou j'y vais pas ?

Par Martine Dubreucq , le 03 mai 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 18 juillet 2011

Jusqu'où peut-on aller pour être plus proches de ses étudiants et capter leur attention ?  Faut-il vraiment aller jusqu'à les rencontrer sur Facebook,  se demande le professeur.

Un billet récent de Olivier Ertzscheid, auteur du blog de référence en sciences de l'information, Affordance, le pousserait gentiment dans le dos : Pourquoi je suis "ami" avec mes étudiants.

Oui, il faut aller voir ce qui se passe sur les réseaux sociaux, oui, il faut participer à la conversation du coin machine à café,  parce que c'est la seule manière d'échanger avec ses étudiants, hors du temps de cours. Il faut donc accepter de rejoindre les étudiants sur des espaces qui ne sont pas ceux de l'école, de l'institution parce que c'est là qu'est la vie, le savoir qui se partage et plus seulement et exclusivement dans les lieux consacrés. 

Il observe que le temps des blogs est révolu, et confesse d'ailleurs que peu d'étudiants laissent et ont laissé des commentaires sur les blogs de cours qu'il a crées. Le mieux est de rejoindre la foule, sage ou pas, et de voir comment relever le niveau des échanges.

Reste que, lorsqu'on rentre dans un cercle autour d'une machine à café et que la conversation a déjà commencé, il faut trouver le bon ton et la  juste posture, que cela dépend de plusieurs facteurs, dont le style de l'enseignant, et l'âge des étudiants.  Olivier Ertzscheid est enseignant d'université, avec un public d'étudiants de 22, 23 ans qui s'intéressent aux nouveaux médias, qui ont déjà une certaine expérience dans la documentation, dans la façon de maîtriser l'information.

Bon nombre d'enseignants ne parviennent pas, ou ne souhaitent pas, se placer sur ce terrain dans la relation pédagogique qu'ils ont avec leurs classes.

La bonne posture

Cette attitude dégagée, légère, naturelle n'est pas donnée à tout le monde et elle suppose une absence de préjugés avec les nouveaux outils que n'ont pas toujours les enseignants.

Dans son blog « Si loin, si proche » Stéphane Wattier signale un exemple d'utilisation en formation professionnelle de Facebook.
Facebook : exemple d’utilisation en FP
Laurent Conil, enseignant en pâtisserie à la Commision scolaire de Laval, s'adresse à un autre type de public, de 17 à 20 ans, et parle de son expérience à la Table nationale du RÉCIT-FP le 19 novembre 2010 et la vidéo récupérée par Stéphane Wattier  est beaucoup plus intéressante que de longs discours.

Son témoignage, plein de bon sens, met en évidence le caractère convivial de la plate-forme (“ça vit même si on n’anime pas”), surtout comme outil de partage de photos. Les étudiants prennent en main l'espace qui est réalisée au nom de la classe et développent eux-mêmes des activités de groupe. Facebook est vu comme une étape vers un portfolio plus élaboré. La gestion du groupe sur Facebook ne prend pas énormément de temps parce que la dynamique est extérieure au professeur.

La plate-forme proposée par l'institution ? C'est plus long, plus compliqué, moins « social »et les élèves y vont moins volontiers mais Laurent Conil admet cependant qu'il en a besoin pour proposer des liens et des contenus plus structurés.
En tant qu'enseignant, sa position est claire : il a créé une identité de groupe pour la classe et son identité réelle reste en retrait. Il n'est pas question pour lui que ses élèves aient accès à son profil personnel.

Facebook pour aller chercher l'attention là où elle est

David Cordina est responsable du centre de langue du département Français Langue Etrangère de l’Université de Lille1 et gère la fameuse plate-forme Ning, Foreigners in Lille

Il pense que tous les outils existants ne peuvent rivaliser avec l'impact de Facebook et ajoute : « Nous avons donc fait notre deuil d’outil centralisateur qui permettrait à la fois la production écrite tutorée (apprentissage formel) et de plus des objectifs de sociabilité (apprentissage informel) ».

Il utilise Facebook pour communiquer l'actualité de la communauté d'apprentissage et créer des passerelles avec les différents sites pédagogiques du département FLE (Moodle, Elgg, Ning et surtout Twitter).

Les très récents déboires avec Ning, qui va passer à des solutions payantes, viennent cependant modifier cet équilibre précaire et relancer le débat sur l'utilisation d'outils du web 2.0, toujours tributaires de sociétés privées.

 

S'acoquiner avec réserve : est-ce possible ?

Le flirt avec Facebook comporte en effet quelques dangers que souligne le récent billet de Fred Cavaza : Facebook va- t-il révolutionner le web ?

Le temps de l'angélisme semble un peu dépassé dans la blogosphère et on commence à se poser des questions sur la pérennité et surtout sur la neutralité de bons nombres d'outils gratuits.

Facebook a fait main basse sur les médias sociaux en hypothéquant vos données personnelles”.

« Pour le moment Facebook est l’étoile la plus brillante du web et il faut en profiter tant que ça dure. La grande difficulté est de profiter des opportunités offertes par Facebook sans en devenir dépendant. » 

En tant qu'enseignant ou formateur, il n'est pas sûr que ce jeu avec le feu soit si judicieux : certes, l'enseignant n'a pas à se poser les mêmes questions qu'une institution, qui devrait être soucieuse de ne pas voir des acteurs privés envahir son champ d'action et gérer ses priorités ou qu'un blogueur indépendant qui veut pouvoir rester maître de ses données; mais n'y a-t-il vraiment aucun danger pour chacun d'entre nous à laisser un acteur aussi envahissant gérer son réseau social ?

Toutes les solutions de vérouillage, de précaution d'usage paraissent bien naïves par rapport à cette vague qui a vrai dire ne laisse guère le choix, aussi longtemps que les alternatives libres ne seront pas trouvées. Le système dans lequel nous évoluons se complexifie, nous avons des outils de communication de plus en plus souples et faciles dont le fonctionnement est de plus en plus nébuleux.

Le débat mériterait d'être plus ouvert, et c'est aussi le rôle des formateurs de lancer de bonnes controverses auprès des étudiants.

Crédit photo : assbach, Flickr, licence CC.

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