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Quand l’école doit rendre des comptes à ses " clients "

Par Michel Berhin , le 09 juin 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

En mai 1998, Gita Steiner-Khamsi, professeur en Sciences de l’Education comparées et internationales à la Columbia University de New York, donnait une conférence à La Chaux-de-Fonds, à la demande du Syndicat des Services publics suisse. Quatre années ont passé.

Avec le temps, son propos courait le risque de subir un démenti formel puisqu’il avait l’audace de s’intituler : " Réforme scolaire centrée sur l’efficacité : scénario 2010 ".

Or, le texte s’est depuis lors colporté, y compris sur le net, et a été repris en différentes assemblées. Certes, les tendances idéologiques qui s’en font le relais, aujourd’hui encore, sont-elles orientées " pour une alter-mondialisation ". Mais la question la plus importante reste malgré tout : Gita Steiner-Khamsi avait-elle vu juste, en 1998 ?

Son analyse de l’évolution mondiale du marché de la formation signalait les travers que l’enseignement risque en centrant de façon unilatérale sa réforme sur l’efficacité. Elle stigmatisait les caractéristiques du modèle scolaire international qui allait, selon elle, émerger alors que l’état providence avouait ses limites et que les intérêts marchands se proposaient d’assumer, en les privatisant, les charges de la nation.

Selon elle, toujours,

Efficience, calcul de la rentabilité, prévisibilité et contrôle

seraient les principes d’une véritable MacDonaldisation de l’enseignement. Or, ce qui paraît peut-être le propre de sa réflexion, car elle n’est pas la seule à penser ainsi à l’époque déjà, c’est qu’elle voit dans le phénomène de dé-centralisation (développement scolaire local axé sur la diversité pédagogique) qui devrait soi-disant mener à la différentiation des établissements, la clé de voûte menant à cette uniformisation du système. Son explication, elle la situe dans le fait que les écoles, incompétentes à gérer leur dimension marketing, s’en remettent finalement à des professionnels de l’économie de marché qui ne peuvent, eux aussi, qu’appliquer cette loi implacable :

efficience, rentabilité, prévisibilité et contrôle

.

Pourquoi les choses se passent-elles ainsi ? Parce qu’il y a incompatibilité entre une approche centrée sur l’efficacité et l’action pédagogique et que cela engendre un conflit de loyauté pour les directions d’école. Voilà pourquoi, selon elle, ce sont souvent des professionnels externes que l’on charge de la tâche du développement scolaire local. Celles qui en profitent d’abord, ce sont les entreprises de formation. Mais l‘état, une fois dégagé de ses obligations, installerait un pouvoir centralisé plus fort encore, s’autorisant à distribuer désormais les points et les subventions aux collèges méritants ! On appellerait cela la Nouvelle Gestion Publique La suite, vous en prendrez connaissance, si vous le souhaitez, dans le texte même . Et il vous appartiendra de juger si ces propos étaient alarmistes ou contenaient déjà une dimension prophétique

Car enfin, 2010 n’est pas encore à notre porte, et il nous incombe de choisir les orientations que nous croyons devoir développer.

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