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Pourquoi et comment utiliser le téléphone cellulaire à des fins pédagogiques ?

Par Alexandre Roberge , le 04 août 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 03 octobre 2012

Du futile à l'utile

Le téléphone cellulaire a la même réputation négative qu'ont pu avoir les réseaux sociaux, les messageries instantanées ou l'Internet même dans les institutions scolaires: ce ne sont que des outils de divertissement qui vont déconcentrer les jeunes ou leur donner des moyens supplémentaires de tricher en classe.

Ainsi, le téléphone cellulaire à l'école a plus souvent vu le fond d'un casier, d'un sac à dos ou d'un tiroir où il fut confisqué que la salle de classe elle-même. Et pourtant, dernièrement, un article du Sacramento Bee s'est intéressé à des professeurs américains qui commencent à plaider pour l'utilisation pédagogique du téléphone cellulaire en classe.

Un intérêt discret, pour commencer

On peut se demander ce qui pousse des professeurs à s'afficher pour le cellulaire en classe utilisé de manière pédagogique. Déjà, Joe Jenkins, responsable de la technologie pour le Natomas Unified School District répond ceci: "Ils (les étudiants) veulent utiliser le téléphone cellulaire, ils veulent s'envoyer des messages textes. Ils sont intéressés par cela. Alors, aidons-les à apprendre de la manière dont ils veulent le faire." L'homme supervisera d'ailleurs un projet pilote dans une classe pour l'année scolaire 2009-2010 avec utilisation du cellulaire dans le curriculum. Selon les résultats, les responsables de la commission scolaire pourraient décider d'intégrer le cellulaire au curriculum l'année prochaine.

Il faut dire aussi que le milieu de l'éducation commence à bouger. Déjà quelques commissions scolaires commencent à enlever l'interdiction du cellulaire... pour des fins pédagogiques seulement, il va sans dire. Signe de temps nouveaux pour la technologie mobile: lors de la dernière conférence sur la technologie dans l'éducation nationale (National Education Computer Conference) qui s'est tenue en juin 2009 à Washington D.C., on y retrouvait 13 ateliers sur l'utilisation pédagogique du cellulaire en classe. L'année auparavant, 1 seul atelier sur le sujet...

"Normal", explique Joe Wood qui est professeur de sciences, "les téléphones cellulaires sont de mini-ordinateurs, ayant les mêmes capacités que les ordinateurs pouvaient avoir il y a 10 ans." De plus, le professeur note que cette augmentation d'intérêt pour le cellulaire est logique dans le contexte pédagogique. Ultimement, en éducation, on veut savoir comment emmener les étudiants à apprendre, dira-t-il. Pour d'autres, ils y voient des possibilités en dehors des heures de classe. En effet, avec tous les téléphones qui possèdent un appareil de photo numérique intégré, il y a possibilité pour l'étudiant de prendre une photo à l'extérieur de l'enceinte de l'établissement scolaire pour l'intégrer à un travail.

L'outil polyvalent accessible et populaire

Pour Liz Kolb, auteure du livre "Toys to Tools: Connecting Student Cell Phones to Education" et d'un blogue sur le sujet de l'utilisation de cellulaire de manière pédagogique, le cellulaire est "le couteau suisse" de l'éducation moderne. Pouvant être utilisé autant en classe qu'à l'extérieur, l'appareil permet à l'étudiant de faire des connexions entre l'apprentissage et la vie quotidienne. 

Car les exemples d'utilisation du cellulaire en classe augmentent. Par exemple, :

  • Joe Wood utilisait celui-ci pour faire des quiz auxquels les étudiants devaient répondre;
  • ils pouvaient prendre des photos pour leurs projets en classe et
  • ils créaient des fichiers de baladodiffusion sur des sujets scientifiques.
  • Dans le Wisconsin, un professeur d'espagnol donne des tests oraux à faire au cellulaire,
  • au Michigan, un professeur se sert de la fonction photographique des cellulaires pour organiser une chasse au trésor pédagogique avec ses étudiants
  • tandis qu'un professeur en Pennsylvanie demande à ses étudiants de recenser en photos toutes les fois où ils doivent calculer dans leur vie, etc.

Le cellulaire peut même servir pour répondre en classe ! Joe Wood explique une expérience qu'il a faite dans sa classe: comme d'habitude dans son cours magistral, ils posaient des questions aux élèves. Cependant, au lieu de répondre verbalement, les étudiants répondaient à partir de leur messagerie texte, envoyant leur réponse au professeur via un site Web qui récupérait les réponses des étudiants. Il a alors remarqué que 100% de ses élèves participaient et répondaient aux questions alors que seulement 25% d'entre eux le faisaient verbalement. Ce type d'interactivité anonyme permet, selon Liz Kolb, aux étudiants plus timides de répondre sans avoir peut des répercussions sociales que pourrait avoir une mauvaise réponse dite à voix haute.

Discrétion, discrétion !

Néanmoins, ces idées originales d'utilisation du cellulaire en classe inspirent, certes, mais restent encore marginales pour le moment, voire même incognito. En effet, Liz Kolb raconte que pour la rédaction de son livre, plusieurs professeurs ont demandé à ce que leurs expériences en classe soient citées anonymement, la plupart se faisant en catimini de la direction de l'établissement où ils travaillent.

Ainsi, il reste encore du chemin à faire avant que le cellulaire perde sa réputation presque démoniaque de jouet technologique qui ne sert qu'à perdre son temps ou à tricher. Il faudra appuyer davantage les expériences positives de l'utilisation du cellulaire en classe et donner des trucs sur comment utiliser l'appareil efficacement.

Il faudra également que les experts se penchent sur comment uniformiser et égaliser l'utilisation du téléphone en classe. Après tout, il existe une pléthore de téléphones et forcément, ils ne sont pas tous du même calibre, ils n'utilisent pas tous le même système d'exploitation. Sans compter que certains élèves n'ont pas de cellulaire.

Par contre, il y a là matière intéressante pour les commissions scolaires. En effet, si plusieurs cherchent à remettre pratiquement un ordinateur portable par étudiant, il y aurait peut-être là une solution moins coûteuse: pourquoi ne pas remettre un cellulaire par étudiant à la place ? Une solution à envisager éventuellement, qui sait ?

Petit à petit, le cellulaire gagne des lettres de noblesse. Il n'a pas encore atteint la réputation d'autres technologies de l'information et de la communication, mais ça ne saurait tarder.

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